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Le poulo de Normandie 2 par Safi Ba

Publié le 11 janvier 2009 par Bababe

Cette photo prise il y a deux jours seulement,  (toujours dans le cadre du Front National pour la Défense de la Démocratie en Mauritanie), n’est-ce pas là un signe que dans ce qui je racontais il y a trois, quatre mois, tout n’était pas que chimères et délires ?  

Photo: For Mauritania

 2eme partie

La case et son feu ne se dégonflèrent pas face aux trois « bolcheviques ».


Et son effet se fut. Car la politique laissa vite la place à  l’histoire.
Aux noms du président et d’un député européen, succédèrent vite les noms de chefs guerriers peuls : Koli Tengalla et d’autres Almamy.
L’hôte, ayant désormais posé l’histoire du monde pour celle de son terroir,  ne pouvait  être mieux servi. Ne manquant pas d’affection pour ce conquérant païen, on pouvait redouter que ce dernier ravisse la vedette aux autres. C’est là, je crois, que le ministre conta l’histoire d’une alliance entre des soninkés  du nom de S et d’un chef peul, trahi par les siens.   Il nous évita ainsi un débat qui risquait de s’imposer, et nous permis de découvrir cette histoire de vaillants soninkés qui préfèrent tous périr au combat plutôt que de trahir leur allié,  que les siens avaient lâché.  

Ces S qui ne redoutaient ni la mort, ni le sacrifice de soi, finirent tous par être exterminés dans cette bataille. Et sans un bébé qui avait survécu, le patronyme S aurait définitivement disparu de ce lieu.

Alors, le ministre, très détendu, s’exclama : « En fait,  nous descendons d’un bébé ! » Au risque d’être encore plus naïve,  je trouvais cette phrase si magique qu’elle me délia la langue, et je lâchai : «c’est joli de descendre d’un bébé…» Je ne saurais vous dire pourquoi, mais ce constat me tira de mon isolement, sortit mon cerveau de l’ennui et ouvrit la porte à mon imagination gelée.

Retrouvant ma liberté de penser, un avantage que j’avais sur le président mauritanien qui était encore dans sa prison, je laissais mon imagination galoper avec l’élan d’un détenu libéré.

Je pensais donc à lui, (il ne faut pas être égoïste). Pour garder l’espoir, j’éliminai ce dicton peul qui dit : « ndjibingu wanaa ngartiigu » (on n’hérite pas toujours les qualités de ses parents). J’optais plutôt pour ce dicton : « nagge diwata, biyum sorra» (Si une vache passe par dessus une haie, son petit ne passera pas par dessous la haie.) Donc, ce ministre ne passera pas par dessous, il imitera ses fidèles ancêtres. Il ne lâchera donc pas son président tant qu’e ce dernier ne sera pas libéré.
 

Une photo au milieu de la nuit....


C’est ainsi encore que je reconnus sur le visage du professeur ce sentiment de gêne qu’on détecte chez des gens généreux que la générosité de l’autre trouble et paralyse. Leur plaisir est un peu étouffé par une envie discrète de rendre le Teddungal qu’on leur a accordé ou on a accordé aux leurs. 
La révélation du ministre à propos de ses ancêtres au cœur de lion qui s’étaient sacrifiés pour défendre les « siens », sembla  peser sur le professeur peul de Normandie.  Il  désirait rendre le teddungal fait il y a des siècles.  

 Le ministre n’était plus son simple camarade, mais un descendant des hommes qui à un moment de l’histoire avaient eu plus le sens de l’honneur que les « siens » partis gonfler les rangs de l’ennemi. 


 Alors quand le professeur se dirigea vers sa voiture pour ramener son camarade, cette dernière se métamorphisa en cheval blanc, et lui, en cavalier habillé de boubous noir et blanc avec un turban en indigo sur la tête. Ce n’était plus le professeur de Normandie, mais un descendant de  Koli Tengalla avec lequel il se confondait. Il ne se dirigeait plus vers un quartier de Paris, mais vers les terres de Normandie devenues subitement des saarré peuls d’avant 1776, au temps où les Peuls n’étaient pas encore islamisés. 
 J’imaginais son hospitalité pour « réparer » le passé. Elle allait être très « lourde ». Alors je m’inquiétais pour mes amis les vaches normandes.
Comme si les bovins avaient senti mon inquiétude de loin, quand le peul normand entra dans leur terre,  deux d’entre eux beuglèrent. Le professeur entendit le cri de joie de son fils que le beuglement de vache rend si heureux. Tout devint flou pour lui. Les deux cultures s’entrechoquèrent.  

La voiture reprit sa place, et le cheval blanc disparut dans un brouillard épais, lui promettant d’autres retours chargés de révélations pas toujours glorieuses.  

Safi Ba

PS : peut-être une suite sur la ronde des visites dans quelques jours.


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