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Vichy

Publié le 11 janvier 2009 par Gérard Charbonnel @gcharbonnel

Reine des stations thermales

Parler de thermalisme à Vichy est presque un pléonasme puisque la ville doit pratiquement son existence aux sources. Depuis l'antiquité, les hommes viennent régulièrement panser leurs plaies intérieures de ces eaux tièdes, bicarbonatées, sodiques et acquises entre sédiments tertiaires et failles granitiques et des monts d'Auvergne.

La source Grande Grille - Parc des Sources

Au Moyen Age, les ducs de Bourbon s'approprient les eaux mais pour très peu de temps : leurs biens sont confisqués par François Ier. Dés lors, l'Etat assure lui-même l'exploitation des sources ou la délègue sous forme de fermage. C'est seulement au XVIIIe siècle que les eaux vichyssoises deviennent objet d'engouement, comme l'atteste la correspondance de Mme de Sévigné, curiste de la première heure avec sa fille. 

En 1853, deux entrepreneurs parisiens ( Lebobe et Callou ) s'associent pour créer la Compagnie fermière de Vichy ( CFV ), qui, au fil des années, va devenir toute-puissante. Elle va gérer les sources, l'exploitation des eaux minérales et les Etablissements thermaux.

Omniprésente, la Compagnie trouvera pourtant une résistance en la personne de Nicolas Larbaud, père du poète. Ce pharmacien vichyssois engagea contre elle, afin de pouvoir exploiter les sources qu'il détenait sur l'un de ces terrains, à Saint-Yorre, un procès qui durera 13 ans. Il sera le premier à avoir eu l'idée de la consommation d'eau minérale à domicile : les premières bouteilles porteront d'ailleurs la mention “ sources Larbaud - Saint-Yorre “.

Vichy connaît une notoriété sous le second Empire. En effet, Napoléon III, souffrant de la maladie de la pierre, se voit prescrire par erreur une cure À Vichy ( ces eaux n'ont pas la propriété de soulager les calculs rénaux ). Les séjours impériaux drainent les foules et créent un phénomène de mode autour des cures à Vichy. On se donne rendez-vous sous les grands marronniers ou dans l'allée des platanes. On valse tous les samedis au bal du casino, on change de toilette de trois à quatre fois par jour. Le tout est d'être vu et bien vu.

Le culte du corps va s'épanouir dans cette atmosphère comme une fleur au soleil : la Compagnie fermière comprend aussitôt qu'elle pourrait tirer profit de cette situation. Elle commence à développer, au début du XXe siècle, une panoplie de services annexes, qui seront essentiellement des produits d'appels. Les médecins développeront des thérapies parallèles à la cure, utilisant des techniques nouvelles comme la radiothérapie ou l'électrothérapie. Vichy sera une des premières stations thermales à installer des salles de musculation.

Vichy aime le beau et procure tous les moyens nécessaires à son entretien. Vichy se veut toujours à la mode, à la recherche du dernier cri et traverse les années avec une image de marque qui l'assimile à la ville du thermalisme par excellence et ce, en dépit des deux guerres mondiales qui ont débouché, à chaque fois, sur la réquisition de son parc hôtelier. Aujourd'hui encore, l'idée de cure fait référence à la cite bourbonnaise même si la fréquentation a régulièrement baissé depuis le début des années 60.

En 1958, près de 30 000 curistes se sont rendus sur les berges de l'Allier, 40 ans plus tard, seulement quelque 12 000 séjours sont enregistrés. La décolonisation, les progrès de la médecine et surtout ceux de la chirurgie ( ces derniers ont effacé d'un coup de scalpel les problèmes digestifs ), sont responsables de cette désaffection. Les séjours trop longs ( 21 jours ), inadaptés au rythme de vie actuelle, la vigilance de la Sécurité sociale ont également contribué à cette baisse de fréquentation.

Depuis quelques années cependant, la ville thermale veut tourner le dos à cette période noire pour emprunter de nouveau le virage de la modernité. Premier changement visible : la construction des bains Callou, en 1990. L'asepsie des douches et des applications de boue de ce bâtiment de verre et d'acier n'a rien à envier à celles des blocs opératoires les plus performants. L'informatisation permet de calculer le temps de remplissage d'une baignoire, de tout numéroter, lister, enregistrer, ce qui renforce paradoxalement l'aspect relationnel de la cure : chaque année, le curiste est sûr de retrouver son auxiliaire favorite, son prof de gym préféré et surtout son traitement adéquat.

La Compagnie fermière de Vichy, propriétaire des termes ( et non des sources ! ) N'a pas hésité à remettre en question l'efficacité des cures. En 1992, elle s'est associée à la clinique de rhumatologie de Cochin pour mener une étude qui, au final, prouve scientifiquement l'efficacité des bulles vichyssoises sur le traitement de l'arthrose. Finalement, Vichy renoue avec ses “ services annexes “ en se préoccupant à nouveau du bien-être physique. D'ailleurs, elle a misé sur les séjours de remise en forme de courte durée. Au centre des Dômes, sont proposés des gammes de soins allant des massages sous l'eau au solarium, en passant par les applications de boue.

Etrangement, les vichyssois ont osés pousser les portes des termes pour aller jusqu'aux nouvelles salles de sport et de soins alors que, jusque-là, la cure avait créé un monde à part, parallèle au quotidien des habitants de la cité. Cet intérêt a d'ailleurs encouragé l'ouverture du centre des Célestins, qui propose des séjours de balnéothérapie dans un cadre haut de gamme ( le centre comprend un hôtel quatre étoiles ).

Vichy, à l'orée du troisième millénaire, est envahi par ses vieux démons du paraître, une recette qui semble marcher, puisqu'en 1995, les termes pouvaient afficher une hausse de fréquentation.

L'ennui, ennemi du temps libre, n'a pas droit de résidence dans la cité bourbonnaise. Langueur et flânerie occupent certes une place de choix sur l'agenda des curistes mais Vichy a toujours su accompagner ses moments de liberté en créant, bien avant l'heure, la notion de loisirs. 

Le premier casino jamais créé en France a ainsi été construit à Vichy, en 1865, par l'architecte Charles Badger. En plus des salles de jeux, une salle est alors réservée aux spectacles, opéras, concerts... Mais l'influence des curistes est telle que, en 1897, une plus grande salle d'opéra est édifiée dans le plus pur style Art nouveau, selon les plans de Charles Lecoeur. Saint-Saëns, Chaliapine, les divas de la Scala de Milan, les étoiles du ballet russe, les plus grandes têtes d'affiche du théâtre, de l'art lyrique, de la danse, se sont pressés dans les coulisses vichyssoises jusqu'au début des années 60. L'édifice se dégrade petit à petit, certaines parties sont inscrites à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1975 mais il faudra attendre la fin des années 80 pour qu'une véritable restauration soit entreprise. Le casino-opéra devient l'opéra-congrès. Les dorures de la salle de spectacles ont retrouvé le lustre d'antan. Les salles réservées au congrès ont été aménagées dans le plus grand respect de l'architecture de départ, tout en intégrant des éléments contemporains, comme le mur de lumière du sculpteur Mickael Prentice. Côté spectacle, la programmation est volontairement éclectique ( musique classique, lyrique, variétés, danse ). 

Ceux qui préfèrent se laisser transporter par la musicalité des vers, pourront alors visiter la bibliothèque personnelle de Valéry Larbaud, le poète de Vichy, reconstituée à la médiathèque qui porte son nom. La collection Larbaud regroupe 14000 livres, 170 manuscrits, 8800 lettres.

Aux activités culturelles, s'ajoute un large éventail de sports : le golf de 18 trous ( l'un des plus anciens de France ) et surtout le tennis, ont longtemps tenu la vedette. Bien évidemment, la part de l'eau est importante à Vichy, où l'on trouve entre autres, une base nautique, une rivière artificielle destinée à la pratique du kayak et un club d'aviron. Mais Vichy est aussi connu pour ses courses hippiques. Au plus fort de la saison, plus de 3000 spectateurs foulent les pelouses de l'hippodrome, un succès renforcé par l'instauration de courses en nocturne.

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