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Alain Juppé, l’autre visage de la droite

Publié le 12 janvier 2009 par Hmoreigne

Le vin de Bordeaux se bonifie en vieillissant. Le maire de la capitale d’Aquitaine également. C’est dans les livres et en province qu’Alain Juppé semble avoir trouvé, après les épreuves, sagesse et sérénité. Des qualités qui tranchent avec le style présidentiel. Si Nicolas Sarkozy incarne une droite décomplexée, Alain Juppé pour le même camp présente le profil du président ancienne génération: brillant, cultivé et bien éduqué. Le contraste avec l’actuel locataire de l’Elysée est saisissant.

A trop tirer sur les moustaches du félin assoupi, on prend le risque de le réveiller. Lors de la cérémonie des vœux présidentiels du 7 janvier aux parlementaires et aux conseillers de Paris, Nicolas Sarkozy en gamin insolent a gratuitement égratigné son prédécesseur en le comparant à un roi fainéant. Injuste, inélégant, et surtout inutile sont les trois qualificatifs retenus par le Maire de Bordeaux sur son blog pour répondre au “bon mot” présidentiel.

De la province, Alain Juppé retient le bon sens paysan. La précipitation n’y a pas sa place. “Je sais par expérience qu’il faut du temps pour que les réformes produisent leurs effets bienfaisants. Il faut d’abord labourer, puis semer, puis arroser, avant de récolter. Le bon paysan sait attendre.” écrivait-il en février 2008 sur toujours sur son blog. Le temps, c’est justement ce qui semble manquer le plus au citadin Nicolas Sarkozy dont les journées de seulement 24 heures sont décidément trop courtes. Ce n’est pourtant pas en tirant sur les plantes qu’elles poussent plus vite.

Contrairement à Nicolas Sarkozy, Alain Juppé revendique sa filiation Gaulliste. Une certaine idée de la France et un sens certain de l’Etat, même écorné par les affaires des emplois fictifs de la mairie de Paris.

L’ancien Premier ministre répond au profil du Chef esquissé par le Général dans Le Fil de l’épée, un ouvrage publié en 1932. Forte capacité de réflexion et de méditation interne, parole rare et pesée. Le couple Sarkozy s’étale dans les magazines people et réforme les institutions à la hussarde, Alain Juppé est lui discrètement présent dans les bibliothèques avec un ouvrage consacré à Montesquieu.

Quand Nicolas Sarkozy veut banaliser le travail dominical, le Maire de Bordeaux, à l’occasion des fêtes de Noël, signe une tribune publiée dans six quotidiens réaffirmant les deux fondements de la pensée sociale chrétienne à savoir la priorité des pauvres sur les privilégiés et celle de l’homme sur l’économie.

Face à la crise, Alain Juppé se refuse à céder à la condamnation facile du libéralisme.  La tribune dont il est signataire apporte un éclairage à ce positionnement. “Les chrétiens ne condamnent pas l’économie de marché mais  rappellent  que ce type d’économie ne peut fonctionner que dans des sociétés basées sur  les valeurs morales que sont le respect des autres et une certaine sobriété dans l’usage des biens matériels. Il ne s’agit donc pas de récuser ni le profit, ni les investisseurs qui prennent des risques dans l’entreprise, mais d’appeler à une indispensable régulation de leur fonctionnement par les autorités publiques et par l’action de corps intermédiaires tels que les organisations non gouvernementales et les syndicats, notamment.”

Malgré toutes ces qualités, celui que Jacques Chirac qualifiait comme “le meilleur d’entre nous” réfute toute velléité de vouloir revenir sur le devant de la scène nationale. Il n’en garde pas moins un poids réel du côté des ex-RPR. L’ancien Premier ministre sera le 17 janvier l’invité du dîner débat organisé par Valérie Pécresse dans sa circonscription. A quelques semaines du vote des militants franciliens pour la candidature aux régionales en Ile-de-France, cette visite équivaut à un soutien face à Roger Karoutchi l’autre candidat de l’UMP.

Autre sujet d’agacement pour la présidence de la république, les liens entretenus avec Jean-François Copé, l’une des rares personnalités de l’UMP qui refuse de faire allégeance au président mais aussi, avec l’irréductible béarnais François Bayrou.

Face à la menace, Nicolas Sarkozy a choisi de cadenasser coûte que coûte l’UMP quitte à penser un temps faire de son fils Jean, un secrétaire général adjoint du mouvement.

A l’inverse de Nicolas Sarkozy, qui à l’image d’Aznar en Espagne a réussi à constituer un grand parti de droite populaire, Alain Juppé incarne la droite bourgeoise traditionnelle qui supporte de plus en plus mal le manque de savoir-vivre et de culture du président de la république. Nostalgique d’un général visionnaire elle se retrouve aux mains d’un sergent recruteur. Le divorce sera inévitable.


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