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Conseils aux jeunes cadres

Publié le 13 janvier 2009 par Mandemoil


Source : Effectif, volume 10, numéro 5, novembre/décembre 2007

Ayez toujours l’air absorbé et légèrement soucieux : seuls les imbéciles et les subalternes ont l’air détendu pendant les heures de travail.

Ayez toujours l’air pressé : courez dans les couloirs, même si vous allez vous promener. Vous serez classé parmi les gens « dynamiques », ce qui constitue un label des plus estimés.

Réapprenez au plus vite tout ce que votre mère vous a défendu pendant votre enfance : claquez les portes, jurez le plus possible quand il est nécessaire de paraître en colère.

Ne vous déplacez jamais sans un porte-documents bien rempli, c’est essentiel. Au besoin, bourrez-le avec des vieux journaux. À noter, l’aspect « performant » de la mallette.

À propos de journaux, pour le standing, Le Devoir est recommandé. L’ennui est que vous serez obligé de le parcourir afin de pouvoir dire : « J’ai lu Le Devoir ». Rien ne vous empêche de dévorer un journal à potins, pourvu que ce soit à huis clos et sans témoin.

Comme il est bien vu d’avoir des idées originales, ayez-en quelques-unes. Mais attention, que ce soit bien les mêmes que celles de vos supérieurs. Sans quoi, vous passeriez pour un dangereux idéaliste.

Travailler, c’est bien, le faire savoir, c’est mieux. La mode étant aux rapports concis, présentés de façon claire, vous devez rédiger les vôtres en style télégraphique. Affirmez péremptoirement ce qui vous passe par la tête et vous aurez l’esprit de synthèse. Si vous rédigez une étude sérieuse et approfondie, vous démontrerez seulement l’esprit d’analyse et, sachez-le, ça fait rétrograde.

Ne quittez jamais le bureau à l’heure de la sortie. Vous devez partir au moins une demi-heure après et faites en sorte que votre départ coïncide avec celui du patron, sinon à quoi cela servirait-il?

Ne vous étonnez jamais de rien. Quoique l’on vous annonce, vous le saviez déjà : y compris et surtout ce que vous ne devriez pas savoir… et que vous avez appris par cette méthode.

Il est utile de jeter au hasard des discussions : « Cette nuit, j’ai pensé à la standardisation des bons de commande… » Naturellement, c’est faux, mais qui peut le vérifier?

Organisez beaucoup de réunions. On n’y fait généralement pas grand-chose, mais cela permet d’être assis un moment et c’est d’un excellent effet psychologique.

Émaillez votre conversation de locutions techniques incompréhensibles, même si elles n’ont aucun rapport avec le sujet. L’important est que personne ne comprenne. Les termes abstraits forcent le respect.

Lorsque vous prenez congé, dites bien que c’est pour votre santé, ça fait sérieux. Il faut éviter de donner à penser que vous préférez le ski, la plongée sous-marine ou la chaise longue au travail.

Et si, au bout d’un certain temps, cette politique ne vous a pas fait progresser, c’est que vous avez affaire à des patrons intelligents. Alors, changez d’entreprise et recommencez…


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