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EasyJet et l’écobricolage

Publié le 14 août 2007 par Alain Hubler
EasyJet et l’écobricolageAlors que Greenpeace installait un camp de tentes près de l’aéroport de Londres-Heathrow pour manifester contre la construction d’une nouvelle piste et pour la lutte contre le réchauffement climatique, Philippe Vignon, directeur commercial d’EasyJet, était l’invité de l’émission Mise au point de dimanche dernier.

Lors de cette émission, il a eu l’occasion de donner son avis sur l’introduction de taxes sur les carburants aéronautiques destinées à lutter contre la pollution et le réchauffement climatique.

Surprise : il est pour à condition que toutes les industries polluantes les payent ! Deuxième surprise, il est conscient que « l’ère du pétrole touche à sa fin ». Moins surprenant, il relève que l’aviation n’est responsable que pour 1,6 % des émissions de dioxyde de carbone alors que les transports routiers en sont responsables à hauteur de 10 %. Il en rajoute même une couche en faisant remarquer que sa compagnie est celle qui a le meilleur rendement énergétique en raison de la jeunesse de sa flotte – que font-ils des vieux avions ? - et du taux d’occupation optimal de ses avions.

Bref, à écouter Philippe Vignon, EasyJet serait presque écolo. Belle prestation de marketing en direct devant un journaliste, Malik Melihi, pourtant pugnace.

Il va même jusqu’à affirmer qu’un vol Genève-Nice a moins d’impact sur l’environnement que le même trajet en voiture de 2 litres …

À ce moment, notre directeur commercial se plante et commence à raconter des salades comme en témoigne l’excellente publication Consommation respectueuse de l’environnement - Décisions et acteurs clés, modèles de consommation (Référence: UW-0616-F) publiée par l’Office de l’environnement (OFEV). Ses auteurs précisent à propos d’un week-end à Paris :

Consommation d'énergie primaire non renouvelable des moyens de transports

L’avion présente l’impact écologique le plus élevé. Le train est le plus favorable au plan environnemental, et généralement aussi au plan financier. L’analyse de sensibilité montre que l’impact environnemental de la voiture est très dépendant du taux d’occupation. Ainsi, le voyage à quatre présente un bilan environnemental se rapprochant de celui d’un trajet en train, tandis que le voyage seul en voiture génère un impact environnemental environ cinq fois plus important que le voyage en train.

Les auteurs concluent ainsi le chapitre «Mobilité privée» :

Cette étude de cas montre que le comportement de l’utilisateur a une influence décisive sur l’impact environnemental de la mobilité : ne choisir l’avion qu’en dernier recours, préférer le train et augmenter le taux d’occupation d’un véhicule privé réduit considérablement cet impact.

Une conclusion s’impose donc d’elle-même, quand il s’agit de vendre une compagnie aérienne, il est difficile de ne pas raconter des histoires pour inciter les gens à monter à bord des avions.

Mais EasyJet fait encore plus fort pour se, et nous, donner bonne conscience : en montant à bord d’un avion de leur compagnie, vous pouvez donner une thune pour financer un programme de reboisement avec les Nations unies. Programme qui portera sans doute sur une vaste région d’Amérique du sud qui aura été déboisée pour planter de la canne à sucre pour produire du «bioéthanol» …

À la question de savoir si les compagnies low-cost n’ont pas créé un besoin et n’essayent pas de croître sur l’augmentation de la mobilité qu’elles encouragent, Philippe Vignon a un argument social massue «moi je suis fier que ma femme de ménage puisse elle aussi [voler sur] EasyJet et je ne pense pas que l’aviation doive être réservée à une élite». Voilà qui est imparable: pour permettre à la femme de ménage de M. Vignon d’aller voir sa famille au Portugal, ce qui est parfaitement légitime, il faut en même temps accepter que d’autres puissent aller se dorer la pilule à Nice un week-end sur deux et faire ses courses de Noël à Londres … C’est la dure loi de l’économie basée sur la croissance justifié par la justice sociale.

Allez, pour terminer ce billet, je décerne à M. Vignon le prix de l’écoclown du mois et je vous livre en citation la conclusion du chapitre consacré aux biens de consommation et services de la publication évoquée ci-dessus. Cette conclusion me semble aussi valable pour les transports :

En conclusion, on constate que dans le domaine « biens de consommation et services », le potentiel d’amélioration du bilan environnemental par le consommateur est moyennement important par rapport à l’impact environnemental total par personne. Cependant, la réduction de la quantité de biens et de services consommés, est directement positive.

Est-ce que l’OFEV inciterait à la décroissance ? Ce serait une bien belle surprise !


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