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Mafia et écologie : cette Campanie qu’on assassine

Publié le 17 janvier 2009 par Infoguerre

Une fumée pestilentielle s’élève au dessus de Santa Lucia, ce sont les montagnes d’ordures que la population napolitaine, exaspérée et abandonnée à son sort, brûle au risque d’en être asphyxiée. Jusqu’à l’année dernière ce genre d’image aurait eu sa place dans un mauvais roman d’anticipation, mais en 2008 ce fut la triste réalité. Retour un an après sur cette terrible crise qui a terni pour longtemps l’image d’une cité qui n’avait pas besoin de çà.

L’explicite roman de Roberto Saviano, Gomorra, nous montre bien comment et pourquoi la Camorra, la puissante organisation mafieuse napolitaine, s’intéresse à ce champ particulier qu’est le retraitement des déchets. Infiltrant depuis 1994 le conseil municipal de la ville, les camorristes ont réussi depuis des années à obtenir l’adjudication des marchés publics de la ville pour l’enlèvement et le retraitement des déchets. Toutefois, fin 2007 le système s’effondre et la population se retrouve vite désemparée face aux tas d’ordures s’accumulant dans les rues.

La situation prend une telle ampleur que les gouvernements Prodi puis Berlusconi sont obligés d’envoyer l’armée pour nettoyer de fond en comble une ville de plus de d’un million d’habitants qui produit 5 tonnes d’ordures à la minute. Aujourd’hui, après assainissement tant des rues que de la municipalité, le problème semble en passe de se résoudre. Néanmoins l’atteinte portée à l’image d’une ville comptant beaucoup sur ses atouts touristiques semble elle irrémédiable.

Hors de la ville, les dégâts aussi sont importants. Utilisant la campagne napolitaine et presque toute la Campanie comme dépotoir sauvage, c’est ainsi qu’ils garantissaient des prix « imbattables », les camorristes ont réalisé un véritable génocide écologique dans les environs de la cité parthénopéenne. L’on ne sait pas aujourd’hui combien de lacs sont empoisonnés, combien de plaines sont stérilisées, combien de plages sont contaminées. Après l’épisode de la dioxine dans la mozzarella, on se demande quelle va être la prochaine révélation sur l’état écologique de la Campanie ?

Dans ce chaos environnemental il est un silence qui gêne plus que les autres, c’est celui des ONG spécialistes de la nature. Où étaient Greenpeace et le WWF lorsque Naples menaçait de disparaître sous les ordures ? Où étaient-ils pendant quatorze ans de décharge sauvage des ordures en pleine campagne napolitaine ? Qu’ont-ils fait pour empêcher cela ? La réponse à toutes ces questions est chaque fois la même : personne n’était là.  Aujourd’hui ces derniers essaient de redorer leur blason en proposant des actions de sensibilisation au tri sélectif, mais il aura fallu attendre que le problème prenne cette ampleur, et surtout finisse par être sous les yeux des caméras du monde pour voir enfin Greenpeace et le WWF réagir.

Cette réaction timide arrive bien tard lorsqu’on connaît l’ampleur du problème, mais il semble que le courage soit plus affirmé quand il s’agit de bloquer la rade de Toulon en zodiac que de s’opposer à une organisation criminelle pour la défense tant des hommes que de la nature.

Nicolas Mazzucchi


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