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Gaza : la paix est-elle soluble dans le sang ?

Publié le 07 janvier 2009 par Petiterepublique

Ce que nous montrent nos écrans TV, des images implacables, sang, terreur, enfants déchirés, hurlements de douleur, cadavres déjà souillés que l’on traîne à l’hôpital. Bref, une cohorte d’horreurs jetées à nos visages, celles d’une guerre semblable à toutes les guerres suscitant pour nos esprits l’incompréhension, le dégoût et le désir que cela cesse. Alors on se tourne sans conviction vers les protagonistes. D’un côté, le gouvernement israélien expliquant que cette opération militaire vise l’éradication du Hamas, “mouvement terroriste”, suivant ainsi la doctrine officielle des diplomaties du monde occidental, et faisant donc œuvre utile.

Puis ce que disent en écho les dirigeants de cette organisation palestinienne avec son crédo : en vrac, la trahison des pays arabes et du Fatah, la lutte contre l’oppression et le piétinement par Israël et les grandes puissances, Etats-Unis en tête, des droits légitimes d’un peuple à l’existence. Sans oublier les déclarations de l’administration américaine actuelle qui vient de bloquer encore une fois une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU visant à un arrêt des combats, et les péroraisons du président Sarkozy, dont la tendance est d’exploiter sans cesse toute situation pouvant l’auréoler de gloire télévisuelle.

Si cela s’impose comme des vérités immédiates, rien ne peut susciter l’espoir de la fin du martyre des Palestiniens et l’on reste médusé sur ce qui est présenté comme une évidence de tout temps : on ne discute pas avec une organisation terroriste.

Et pourtant la logique et la seule intelligence voudraient que l’on donne un sens à ces morts, que l’on réfléchisse à l’histoire commune de ces deux peuples, ce que l’inconscience, la domination par les passions et les intérêts ponctuels, électoraux ou autres ne permettent malheureusement pas.

- Hamas, organisation terroriste : Elle l’est puisqu’on nous le dit, reconnue comme telle par les États-Unis, l’Union européenne et bien entendu Israël. Elle l’est sans doute puisqu’elle s’est fait connaître auprès de l’opinion publique internationale par ses attentats contre des civils israéliens mais aussi à l’encontre des Palestiniens considérés des traîtres à la cause. Mais un peu de recul nous apprend qu’elle appartient à un mouvement bien ancien du monde arabe, petits-cousins des frères musulmans qui furent historiquement un casse-tête pour les dirigeants égyptiens, avant et après l’indépendance du pays. Légitimité historique donc, même si cela n’est pas un blanc-seing, mais reconnaissance de celle-ci lorsque fut concrètement constitué le Hamas dans la bande de Gaza par le cheikh Ahmed Yassine et que le gouvernement israélien de l’époque, avec d’autres puissances régionales finança pour contrebalancer l’influence du Fatah et son leader Yasser Arafat ! Cruelle ironie pour ceux habitués à la politique du pire qui se transforme souvent en celle de l’arroseur arrosé ou de l’apprenti sorcier. Mais il existe une autre légitimité, celle des paradoxes et des traditions régionales. Il suffit de se projeter dans la Palestine du siècle dernier et de regarder. C’est alors une situation bien complexe. Un mandat britannique, des jeux d’alliances entre les Anglais, les Américains et les divers mouvements sionistes face à une population arabe déchirée, avec ce projet tellement légitime après l’holocauste de créer un État juif. Il n’est pas nécessaire de reprendre point par point la chronologie des faits depuis les années trente jusqu’à la création effective d’Israël en 1948 pour souligner une évidence. Sans la mobilisation de Juifs de Palestine, mais aussi de ceux venant d’Europe depuis le début du siècle fuyant les persécutions, il n’y aurait pas eu d’Etat hébreu. On peut pour s’en convaincre évoquer la politique en 1945 du gouvernement travailliste en Grande-Bretagne qui, malgré ses promesses d’accroître l’émigration juive, fit le contraire, ce qui eut pour conséquence ce qu’on appellerait aujourd’hui le terrorisme. Les dirigeants d’Irgoun, organisation armée sioniste, considérant cette trahison et l’absence de reconnaissance de droits légitimes des juifs à un État se lancèrent alors dans une campagne d’assassinats et de terreur à l’encontre d’officiels anglais mais aussi de civils arabes. Leurs bombes pulvérisèrent des trains, des lieux publics et des clubs fréquentés par des Anglais, certains d’entre eux furent enlevés et exécutés. Dans les années trente, des civils arabes palestiniens furent aussi victimes de leurs attentats et l’on peut évoquer celui du marché arable d’Haïfa le 25 juillet 1938 où l’on dénombra 70 morts…L’Irgoun (dont l’un des chefs était un dénommé Begin qui devint bien des années tard Premier ministre) rentrait tout à fait dans les critères d’une organisation terroriste avec laquelle on ne pouvait négocier et était considérée comme telle.… Puis celle-ci donna naissance au Likoud, parti politique de droite considéré comme acquis aux principes de la démocratie.

Bref ce terrorisme, réaction face à l’intransigeance des grandes puissances, fut déterminant dans ce processus amenant à la création de l’Etat hébreu. Doit-on alors considérer que la violence servie à l’encontre de civils est une condition nécessaire ? Certainement pas mais l’histoire montre que l’on doit regarder de plus près ces mécanismes de déstructuration des êtres et de désespérance qui poussent à faire couler le sang. Il est certain que le Hamas, comme l’Irgoun au cours du siècle dernier, a quelque chose à dire et qu’il convient de l’écouter afin de rentrer dans un processus d’apaisement, de négociation et de pacification.

- Une invasion fautive : les faits sont là. Plus de six cents morts en quelques jours que certains mettent en balance avec la dizaine de victimes israéliennes dues aux roquettes lancées par le Hamas. Mais doit-on mettre en équivalence la souffrance ? Une victime est une victime, sans qu’il soit nécessaire d’appréhender leur nombre en additions comparées. Le problème n’est pas là. La décision du gouvernement israélien de lancer ses avions et ses chars sur une population en proie aux pires difficultés depuis le blocus et sur les troupes du Hamas dépourvues de vrais moyens militaires de défense, apparaît bien sûr démesurée et choquante, mais c’est surtout une faute politique majeure. Cette volonté proclamée d’anéantissement du Hamas, la recherche d’une victoire militaire facile comme s’il fallait gommer la défaite contre le Hezbollah en septembre 2006, va  transformer celui-ci en victime et lui donner toute l’aura nécessaire, balayant ainsi sa mauvaise image dans les consciences internationales et assurant son assise dans le peuple palestinien.

Est-ce là le calcul de ses dirigeants en rompant la trêve pour reprendre ses tirs de roquettes ? En toute hypothèse, c’est un piège et qu’il ait été posé par le Hamas ou par l’absence de vision et de courage politique de l’actuel gouvernement israélien n’a plus d’importance.

- La mobilisation de tous : Israël a été et sera toujours une promesse. Et il convient de le défendre contre ses mauvais génies. Sa ressource est son peuple qu’il ne faut pas confondre avec ses dirigeants. Son aspiration à la paix et à l’amitié entre les peuples est réelle, suffisante pour imposer ce qui peut paraître le bon sens : laisser le peuple palestinien décider de son avenir par la création d’un État viable et solide dans des frontières reconnues. De tous temps, ce furent ces aspirations-là qui portèrent les coups fatals aux plus cruels conflits et à l’oppression car l’on peut dire qu’il n’y aurait pas eu en France de général de Gaulle imposant l’indépendance et la paix en Algérie sans la conscience libératrice du peuple français. Il ne faut donc pas craindre d’être pro-peuple israélien, défendre son esprit d’émancipation dont on sait qu’il fut aussi porté par ce terrorisme du siècle dernier, se battre dans le même temps pour que les organisations comme le Hamas dont s’est doté le peuple palestinien, quelque soit le regard porté sur son idéologie mais l’histoire a montré que ce sont souvent des cosmétiques dont on se débarrasse le temps voulu, soient reconnues comme telles et que l’on négocie avec elles sans préavis ni condition. C’est cette mobilisation-là qui est nécessaire. Un jour viendra où une paix durable lavera le sang de toutes ces victimes en donnant un sens à leur mort. Faisons en sorte que cela soit le plus tôt possible.

Jean-Philippe Demont-Pierot


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