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Les délicates relations de la France avec la Chine

Publié le 12 décembre 2008 par Infoguerre

Pourquoi la Chine est-elle si menaçante avec la France ?  

Cette question renvoie à plusieurs facettes de nos relations avec l’empire du milieu. De façon très cartésienne, les Européens résonnent en termes économiques et délaissent l’aspect politique de ces échanges. Dans le cadre des relations tendues engendrées par les visites du Dalaï Lama, la Chine joue, à l’égard de la France, un jeu politique bien spécifique qui ne s’adresse qu’à elle. Cette attitude dépasse très probablement la seule présidence européenne et ses reproches la visent indépendamment de son rôle européen. Pour preuve : l’Allemagne et la Grande Bretagne ont aussi reçu le Dalaï Lama et ne sont pourtant pas les cibles de mises en garde aussi fermes.

La rencontre polonaise entre le Président de l’UE et le Dalaï Lama suscite un inquiétant mouvement anti-français en Chine, qui n’est toutefois pas aussi important qu’au printemps dernier. Les hésitations de Nicolas Sarkozy concernant sa venue aux Jeux Olympiques et son entrevue avec la Dalaï Lama avaient très fortement irrité la Chine et sa population, donnant lieu à des boycotts et attaques virulentes.

Quelles sont les raisons de cette amertume particulière à l’encontre de la France ? Il est probablement trop tôt pour pouvoir se prononcer de façon catégorique mais quelques pistes peuvent éclairer cette difficile question.  

La France, un ami qui trahit ?

En premier lieu, il faut revenir à la crise du printemps 2008. Les violents remous provoqués par le passage de la flamme à Paris avaient amené le Président français à annuler sa présence aux Jeux Olympiques ; Position plusieurs fois modifiée par la suite. Cette oscillation avait abouti au choix de faire le voyage en tant que Président de l’Union européenne. Le même scénario s’était joué à propos du séjour hexagonal du Dalaï Lama.

Dans ces évènements, deux éléments, semble-t-il, sont à prendre en compte.

C’est au Général de Gaulle qu’il faut remonter pour expliquer la relation particulière que la France entretient avec la République Populaire de Chine : en lui offrant en premier la reconnaissance interétatique, Paris a entériné son existence légitime sur la scène internationale. Cet acte a toujours fait de la France un ami convenu de la Chine. Une France qui ne s’était d’ailleurs jamais offusquée de la gestion de la question tibétaine.  A cet égard, les discours assez durs tenus par le gouvernement français à l’encontre de ses agissements au Tibet ont certainement vexé le vieil ami. De plus, empreints de moral, ils renvoient à une sorte de « doctrine universaliste », les Droits de l’Homme, qu’un pays au modèle si différent rejette dans le fond tout autant que dans la forme. C’est  donc le premier ami occidental, celui de toujours, qui a en quelques sortes trahi la Chine. Cette déception peut expliquer en partie le traitement particulier qu’elle réserve à la France.  

Une France trop faible ?

Au même titre, les changements d’opinion du Président sur sa venue ou non à Pékin et sur sa rencontre avec le chef spirituel tibétain ont montré une faiblesse de l’Etat. Les tergiversations sont de mauvais aloi. Cette faille a vite été renforcée par une grossière erreur de jugement de la France : Sentant ses relations se ternir suite au tumultueux passage de la flamme dans l’hexagone, Paris a cru bon d’envoyer Jean-Pierre Raffarin présenter des excuses au gouvernement chinois. Cette démarche relève de la vassalisation dans la culture chinoise. C’est un acte inspiré par la faiblesse. Il est dès lors aisé de comprendre que la Chine ait identifié la France comme le « maillon faible » en Europe et tente d’adopter une attitude hautaine et menaçante. De telles hésitations lui ont probablement laissé entendre  que les diplomates français pouvaient aisément se ranger à leurs raisons avec un peu de persuasion.  

Cette vulnérabilité est renforcée par le positionnement particulier de l’hexagone sur la scène économique internationale. Les entreprises françaises étant pour la plupart de gros groupes internationaux, leur visibilité est très grande, et par là leur vulnérabilité. Le type de contrats, l’espace requis par ces entreprises, les lient assez irrémédiablement aux positions diplomatiques françaises.  Et c’est pour la vente d’Airbus et de TGV que les industriels ont craint lors de la venue du Dalaï Lama à Paris. Ce sont des contrats qui nécessitent le concours diplomatique pour leur conclusion et ne peuvent faire l’économie d’une saine entente entre pays. L’Allemagne, qui a aussi reçu le pacifiste tibétain, est l’exemple opposé, et ses PME peu visibles et implantées dans des secteurs niches offrent moins de prises aux attaques politiques. Dans la logique exposée plus haut, la France représente ainsi une cible encore plus aisée : le chantage sous-jacent qui accompagne les réactions de la Chine fait craindre pour la santé économique de ces groupes.  

Une présidence européenne agaçante ?

En second lieu, il faut peut-être se pencher sur la Présidence française de l’Union européenne. A priori déjà, on peut aisément considérer que, comme le sont les Etats-Unis, la Chine est irritée par le principe même de l’Union européenne. Cette force politique et économique qui se construit n’est pas forcément vue d’un bon œil par ses potentiels concurrents. A cela il faut ajouter que la présidence française de l’UE a été particulièrement active, voire omniprésente. Vue comme une « donneuse de leçon », la voix de l’Union agace certainement en plusieurs points du globe. Ce mandat français achève, de surcroît, de positionner la France sur la scène internationale et la désigne très sûrement.   

Un bouc émissaire pour le peuple chinois ?

Cette conjonction de motifs peut représenter un début d’explication à ce… casse-tête chinois. Il est possible aussi d’ajouter, avec toutes les précautions d’usages, que l’existence d’une cible commune au peuple chinois hors de ses frontières pourrait le détourner d’une situation intérieure délicate. Dans un pays aux inégalités si criantes, où la liberté de la presse est strictement réduite, les effets de la crise ne peuvent qu’exacerber les revendications. Or, la focalisation vers l’extérieur pourrait faire oublier pendant quelques temps  les difficultés intérieures. 

S’il est probablement trop tôt pour définir infailliblement les raisons de cette attitude chinoise, on peut noter que sa politique envers la France est celle de la punition récurrente et qu’elle ne fait pas ici d’essais. Ce n’est pas un test pour jauger sa force, mais une politique pleinement assumée, dont on ne connait encore l’exacte réalité.  

Julie Branère


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