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Désillusion Web 2.0 (2): l’intelligence économique affective

Publié le 26 janvier 2009 par Jérémy Dumont

Image : portrait Facebook par l’artiste Albertine Meunier (avec Touchgraph)

Suite de la série de billets : “Le Web nous appartient”-il encore?” par Artank.

“Je pense que nous allons voir les gens se désengager de ces médias pour cause de sur-information. Je pense aussi que nous verrons beaucoup de gens les utiliser de façon incorrecte, entraînant d’autres gens à les utiliser mal. Et enfin, nous verrons ceux qui auront développé une connaissance très fine de ces outils et méthodologies tirer parti de ces flux d’information à leur avantage. »

Howard Rheingold

De nouvelles normes sociales sont en train de naître. InternertActu Propos recueillis par Cyril Fievet 15/01/04

Howard Rheingold est considéré comme l’un des fondateurs du concept de “communautés virtuelles” Les communautés virtuelles Traduit de l’anglais par Lionel Lumbroso © Addison-Wesley France, Paris, 1995

L’intelligence économique affective

Tout le monde s’est trouvé un peu stupide en envoyant un ours en peluche à 250 personnes sans trop savoir pourquoi, tout le monde a rempli deux lignes pour dire qu’elle « rêvasse devant une tasse de café » ou qu’il est de « retour à Lyon ce soir » ou autre insignifiante déclaration. Ce qui menace, justement c’est l’insignifiance. Sensées nous permettre de mieux gérer notre cercle relationnel, ces interfaces en appauvrissent sans doute l’authenticité. Et surtout nous n’en faisons pas l’usage attendu, qui prendrait trop de temps ou de compétences nouvelles à acquérir. Au début il fallait être sur Orkut, ou myspace pour les juniors puis viadeo, LinkedIn, ning et enfin Facebook vint. Pourquoi son succès? Parce qu’il est plus “addictif” : “on y passe bien plus de temps que sur les réseaux car, interactifs, ils proposent de nombreuses fonctionnalités et un renouvellement permanent qui incite à se connecter.. En gros on toujours une chance qu’il se soit passé quelque chose depuis la dernière connexion”. commente dans AnousParis (20 ocobre2008) Thomas Delorme, responsable “stratégie interactive” chez TMPNEO, agence de publicité pour les ressources humaines. A tel point que Facebook est maintenant utilisé par les recruteurs. Mais comme le fait remarquer Olivier Erzatty qui analyse l’impact du marketing viral sur son blog « opinions libres » « une très faible proportion d’utilisateurs de Facebook sont de véritables utilisateurs qui en tirent un quelconque bénéfice. » L’abandon du mél personnalisé au profit du microblogging, brèves destinées à tous - sur twitter, les messages ou envois d’images sur le mur de Facebook, les « feeds » qui s’accumulent en « push » sur l’interface, peuvent ravir dans un premier temps, et agacer très rapidement.

Ce qu’on sème ainsi à tout vent, c’est notre intelligence économique affective, c’est un précieux capital, celui qui a forgé notre identité au fil des rencontres, au fil des choix, au fil des ans. Ce qui nous identifie comme unique, comme différent, comme humain. Cette dispersion du soi, dans ce grand élan des réseaux sociaux, s’opère au risque une dépréciation de la sphère privée. Facebook serait alors un formidable tremplin préparant à d’autres formes d’incursion. Le lien, symbole d’une nouvelle architecture et d’une écriture née avec Internet est aujourd’hui synonyme de clic mécanique vers une adresse URL pour dire un oui ou non précipité à telle ou telle sollicitation telle ou telle application ou proposition commerciale ou relationnelle qui finissent par se confondre dans une avalanche de tentations : événements, promotions, invitations, participation. Tout n’est pas négatif dans cette épuisante posture de maintien dans la cour des “participants”. Dominique Cardon sociologue d’Orange et l’un des initiatieurs de l’enquête-jeu sociogeek pose la question “Pourquoi sommes-nous impudiques?” et répertorie les points positifs de cette nouvelle blogosphère. “Les social network sites (SNS) exploitent une double dynamique des processus d’individualisation des sociétés contemporaines: un processus de subjectivation qui conduit les personnes à extérioriser leur identité dans des signes qui témoignent moins d’un statut incorporé et acquis que d’une capacité à faire (écrire, photographier, créer…).” Ainsi se dévoiler dans les réseaux sociaux irait au-delà du simple désir de s’exposer qui a prévalu dans les blogs. C’est aussi, au-delà du contenu vrai ou faux, le témoignage d’un véritable savoir-faire et d’une nouvelle compétence : avoir sa place dans les réseaux et la réflexion qui accompagne le phénomène. Etre “coopté”. En théorie, tout le monde peut faire partie de Facebook et des SNS, en réalité le maniement optimum des interfaces et des widgets est quand même réservé aux happy few. «Loin d’être une contrainte, l’exposition de soi apparaît alors comme une ressource permettant de signaler une certaine forme d’aisance sociale, une attitude «cool», transparente et ouverte et une capacité à jouer avec les codes qui séparent habituellement les espaces familiaux, professionnels et amicaux. L’impudeur apparaît alors comme une compétence - très inégalement distribuée - indispensable à ceux qui veulent «réussir» dans les SNS.” Et l’intelligence affective devient une intelligence économique affective.


Écrit par : Janique Laudouar

Posté par : Jérôme Lavillat

Publié sur : Le vide poches / connexion


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