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Néo-conservateur, ou bonapartiste ?

Publié le 26 janvier 2009 par Roman Bernard
Avant des articles plus factuels, je réponds ici à l'invitation du Chafouin, qui m'a « tagué » dans une chaîne où il s'agit d'expliquer son propre positionnement politique. J'ai fortement hésité à répondre à cette invitation, ayant déjà participé à une chaîne similaire récemment. Si j'y réponds, c'est parce que le Chafouin me demande d'expliquer ce que, pour moi, « néo-conservateur » veut dire, insinuant ainsi que je le suis. Je crois qu'il faut ici distinguer identités objective et subjective : si la plupart des blogueurs qui me lisent me considèrent comme un néo-conservateur, ce n'est pas exactement comme cela que je me définis. Aussi, bien que ne refusant pas cette étiquette, qui n'a pour moi rien de déshonorant, je vais plutôt esquiver la question du Chafouin - je ne suis pas la personne la mieux placée pour définir le néo-conservatisme - pour dire quel me semble être mon positionnement politique. Avant cela, je tiens à dire que si je suis considéré comme un néo-conservateur, c'est avant tout pour des raisons sociologiques.
Comme je l'ai déjà expliqué ici à plusieurs reprises, je suis issu de la gauche, voire de l'extrême-gauche. Si je rejoins depuis quelques années, pour l'essentiel, les positions des libéraux et des conservateurs de droite, mon cheminement me force à avoir un regard très différent sur le politique. Il explique aussi ma volonté d'appliquer certaines des recettes de l'extrême-gauche pour la concurrencer sur son terrain, « celui de la prédication, du prosélytisme et de la conversion ».
Par ailleurs, mon occidentalisme et mon rejet du fondamentalisme islamique réitérés se trouvent entrer en résonance avec le discours des néo-conservateurs sur ces questions.
Je ne sais si cela témoigne d'un néo-conservatisme de ma part, ou, tout simplement, d'une lucidité sur les choses qui n'est heureusement pas l'apanage des « néo-cons ».
La nécessité d'une synthèse idéologique
Dans la chaîne précédente, j'ai défini ma ligne politique comme suit : une « improbable synthèse entre mon idéalisme républicain originel, mon réalisme occidentaliste médité et mon utilitarisme libéral logique ». Je dis « improbable » car je doute qu'en France, ces trois courants idéologiques puissent s'entendre durablement. Ce devrait être le rôle de l'UMP, mais sa nullité intellectuelle et doctrinale, qu'incarne bien son inculte chef élyséen, l'interdit de pouvoir fédérer des pôles voués, sans un consensus fort, à se mésentendre et se séparer en factions rivales. La fracture qui s'opère entre les députés de la majorité et le gouvernement l'illustre bien : les rares libéraux de l'UMP reprochent, à juste titre, à Sarkozy d'avoir trahi ses promesses de rupture pour perpétuer l'immobilisme chiraquien en matière économique : fiscalité confiscatoire, redistribution forcée, déficit public.
Les conservateurs de la majorité, plus nombreux, reprochent à tout aussi juste titre au président sa compromission avec les thèses du politiquement correct, notamment concernant les « discriminations » et la « diversité ». Reniant ses engagements de campagne, Nicolas Sarkozy se fait ainsi le petit télégraphiste de la HALDE, dont le but manifeste est d'imposer le multiculturalisme à une société qui n'en veut pas.
Les républicains, enfin, n'ont pas encore compris que leur place n'est pas aux côtés d'une gauche anti-française et donc anti-républicaine, mais, par défaut, de la droite.
Seule une synthèse idéologique et, pourquoi pas, un homme providentiel pour l'opérer, seront à même de créer un vaste rassemblement allant du centre, voire du centre-gauche, aux confins de la droite nationale. Cette synthèse étant impossible en temps de paix, il faut donc aux hommes de bonne volonté attendre patiemment la montée des périls. Lorsque les républicains, les libéraux et les conservateurs auront compris que leurs ennemis idéologiques - la gauche, les islamistes et l'extrême-droite - sont les mêmes, et que seule leur union de raison pourra les écraser, cette synthèse adviendra.
Convergence entre néo-conservatisme et bonapartisme
J'ai parlé d'« homme providentiel », et donc de providentialisme. C'est l'un des traits majeurs du bonapartisme, courant de pensée qui me définit davantage que le néo-conservatisme, lequel est pour l'heure quasi-inexistant dans le spectre politique français. On m'objecte souvent que le bonapartisme, et le gaullisme qui en est l'héritier, est fort peu libéral. Que le gaullisme, de surcroît, est incompatible avec l'occidentalisme qui est au cœur du projet politique que j'aimerais mettre en œuvre.
Cette vision des faits n'est pas raisonnable. Le bonapartisme comme le gaullisme visent l'intérêt supérieur de la nation. Si celui-ci implique des invariants, il oblige aussi à un certain pragmatisme en fonction du contexte. En 2009, l'intérêt supérieur de la France est évidemment, du fait de la mondialisation à laquelle elle n'a pas le poids de s'opposer, de s'insérer dans un projet qui la dépasse, qui la transcende. Certains voient dans ce projet l'Union européenne, qui est à la fois insuffisante et mal conduite. Insuffisante car, comme je crois l'avoir démontré, la culture qui réunit les pays européens, gréco-romaine et judéo-chrétienne, est aussi commune à l'Amérique du Nord. Mal conduite car elle ne repose pas, justement, sur des critères culturels, les plus importants, mais sur des frontières géographiques arbitrairement définies, comme l'Oural ou le Bosphore. Frontières qui pourraient d'ailleurs, du fait de leur inconsistance, être anéanties avec l'adhésion de la Turquie, pays de civilisation islamique, à l'Union. Un tel événement la condamnerait. Sur les ruines de cette Union européenne qui aura été une ébauche, il faudra, comme je l'ai expliqué à maintes reprises, édifier une union plus large, mais confédérale.
L'intérêt supérieur de la France, c'est aussi, avec un État qui spolie plus de la moitié de la richesse nationale, une libéralisation radicale, qui le réduise à ses quatre prérogatives « régaliennes » : la Défense, l'Intérieur, la Justice et les Affaires étrangères. L'Éducation nationale doit évidemment être privatisée, puisque c'est en son sein que la gauche forme ses cadres, mais aussi endoctrine la jeunesse française où elle lui inculque la haine de la France, du libéralisme et de l'Occident.
Toujours sur le plan de la libéralisation, la redistribution sociale contrainte (Sécurité sociale, indemnités de chômage, retraites par répartition, allocations familiales sans condition) doit également être démantelée, puisqu'elle pénalise le travail, l'épargne, l'innovation, déresponsabilise les individus et ainsi diminue leur instinct de survie. Il n'est pas interdit de voir dans la suicidaire dénatalité européenne un effet pervers de cet État-« Providence » déshumanisant.
L'intérêt supérieur de la France, c'est, enfin, et c'est un intérêt commun à tous les pays occidentaux, d'enrayer le cycle de décadence qui conduit la civilisation occidentale à sa perte : dénatalité donc, mais aussi consumérisme, obésité, pornographie, toxicomanie, hooliganisme, communautarisme, virtualisme médiatique, déculturation, etc. La réunion des pays occidentaux au sein d'une union et la déconstruction de l'État-« Providence » sont les conditions du redressement culturel et moral nécessaire à la survie de la civilisation occidentale.
Ce sont des conditions nécessaires, mais non suffisantes. La vraie Révolution conservatrice doit être intellectuelle : il faut que les esprits encore éclairés travaillent à une « Renovatio occidentalii », une renaissance des valeurs séculaires sur lesquelles l'Occident repose. Cette réforme impliquera de tirer parti des héritages du passé pour mieux se projeter dans l'avenir. Peu importe, en France, qu'elle soit inspirée tantôt par des idéaux républicains, libéraux, conservateurs, bonapartistes ou néo-conservateurs. Tous finiront par converger.
Roman Bernard
Criticus est membre du Réseau LHC.
À mon tour de « taguer » cinq blogueurs : je choisis Lomig, Rubin, L'Hérétique, Lolik et, juste pour le faire monter au classement Technorati car il le vaut bien, l'excellent Vincent Bénard.

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