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La photo du jour : Christoph et Silvia Blocher

Publié le 27 janvier 2009 par Memoiredeurope @echternach

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Loin de moi l’envie de faire de la publicité à Christoph Blocher. Mais parmi les photographies qui figurent dans l’exposition Swiss Press Photo 08, un cliché réalisé par Charles Ellena a été distinguée. La légende est libellée ainsi : « Charles Ellena, Le Matin, L’illustré, SonntagsBlick. Berne, le samedi 6 octobre 2007: le cortège de l’UDC, qui devait se rendre sur la place Fédérale, est bloqué par des contre-manifestants dès son départ de la Fosse aux ours. Dans l’incertitude, Christoph et Silvia Blocher devisent sous bonne garde. »

Bien sûr la photographie est protégée par des droits d’auteur, mais je ne l’utilise que dans le strict cadre d’un commentaire, en relation avec l’exposition où elle est présentée et telle qu’elle est donnée à voir sur le site du Musée National Suisse de Zürich.

Le choix d’un tel cliché par le jury n’est pas innocent. Je note avec plaisir dans la liste le nom de Charles-Henri Favrod, Directeur du merveilleux Musée de l’Elysée à Lausanne. Le Président du jury était Markus Schnetzer, chef de la rédaction photo de la Schweizer illustrierte. On peut retrouver la liste complète sur le site du prix.Je suppose qu’ils ont été impressionnés par l’à propos « pictural » d’une photographie d’actualité : Men in Black ; une série de gardes du corps sont déployés, comme des mannequins à oreillette et à eux tous, balaient l’espace environnant du regard, tandis qu’un couple sympathique devise dans le parc, gentiment assis près du bruissement d’une fontaine. Ils parlent peut-être du dernier mariage dans la famille ou d’un prochain dîner entre amis. On s’attend à voir des pigeons s’approcher d’eux pour recevoir des miettes de pain. Mais la garde prétorienne les en a éloignés. Une scène de genre en quelque sorte.

Bien qu’il n’y ait aucun commentaire, ni aucun plaidoyer sur les décisions, le jury n’a pas choisi seulement un bel ensemble humain, mais un moment précis de l’histoire récente de la Suisse. « Une photo n’est jamais objective » précise Charles Ellena. En l’occurrence il s’agit d’une mise en situation du Ministre Fédéral de la Justice à l’époque, membre de l’UDC (Union Démocratique du Centre). Ce vocable calme utilisé en français pour désigner le parti est repris en allemand sous le titre Schweirische Volkspartei (SVP), en italien Unione Democratica di Centre (UDC) et en romanche Partida Populara Sviza. Comme quoi le plurilinguisme aide à décrypter les sigles.

Le Ministre a débuté sa carrière dans le Parti du Redressement National, un mouvement créé après la Seconde Guerre Mondiale et qui a su mélanger l’extrême droite à une droite plus modérée. Christoph Blocher a aujourd’hui 68 ans. En 2003, il amène son parti a un niveau jamais atteint et conduit au trépas une formule magique qui réglait dans le plus grand calme les désignations des ministres fédéraux entre les partis majoritaires. C’est ainsi qu’il prend la tête du Département fédéral de Justice et Police. 

Bien qu’en octobre 2007 il amène l’UDC à un score encore plus élevé : 29% des voix, une alliance politique le détrône le 12 décembre 2007.Sans caricaturer, on peut parler à son propos, selon que l’on est politiquement correct, d’un leader souverainiste, et si on se place du point de vue européen, d’une position isolationniste – « Alleingange » dit-on en allemand, mais pour être encore plus précis : anti-migratoire, voire carrément xénophobe. 

Un site, cliotexte, a recensé les affiches les plus aberrantes de l’UDC et les détournements qu’en ont faits les partis de gauche. Des mains avides – et colorées – s’emparent du contenu d’une boîte de chocolats suisses, une autre montre la carte d’identité suisse de Ben Laden. Dans celle du « non a Schengen » un membre de l’Union Européenne dynamite un paquet suisse. Parmi les must, le minaret crevant la carte du pays, et enfin la fameuse affiche où trois moutons blancs expulsent un mouton noir à coups de pattes avec la légende « pour plus de sécurité », mériterait un premier prix de l’horreur.

Ce sont certainement les anarchistes – il y en a en Suisse ! – qui, par le biais de la photographie, ont fait le plus fort pour répondre très froidement à la manière des ligues anti-alcoolique ou anti-drogues. On y voit un visage de femme, triste et à l’arrière, la silhouette d’un homme qui s’éloigne. La légende est ainsi rédigée : « Mon mari vote UDC ». Et en sous-titre : « les problèmes de racisme nous concernent tous. Parlons en ! »

Alors le 6 octobre 2007 à Berne ? Il vaudrait la peine de lire l’opinion de toutes les tendances politiques dans les articles du jour. J’ai choisi un seul magazine sont la version internet résume la situation (rsr.ch) : « Le clash attendu entre manifestants pro et anti-UDC s’est produit samedi à Berne. La police a dû tirer avec du gaz lacrymogène sur des manifestants qui bloquaient le cortège de l’UDC. Le parti a annulé la manifestation…Dans le même temps, une centaine d’opposants s’est placée sur le passage du cortège, à l’entrée de la vieille ville, érigeant des barricades pour l’empêcher de passer. Peu avant 14h, la police anti-émeute a donné l’assaut, soutenue par le « Hopp Schwiiz » des partisans de l’UDC. Les opposants ont tenté de répliquer avec des jets de bouteille. Après avoir envisagé de changer d’itinéraire et de longer l’Aar pour gagner la Place fédérale, la manifestation a finalement choisi de regagner la Fosse aux Ours, près de laquelle se sont finalement tenus les discours du président du parti Ueli Maurer et du conseiller fédéral Christoph Blocher. »

Comme quoi, quand on veut éloigner les oiseaux migrateurs, on doit se contenter des ours.


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