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Gaza : Israël veut faire main basse sur les ressources énergétiques des Palestiniens

Publié le 27 janvier 2009 par Theatrum Belli @TheatrumBelli

La destruction de Ghaza par l’armée israélienne n’obéissait pas uniquement à l’objectif d’annihiler la menace des roquettes sur le sud d’Israël. Affaiblir Hamas n’était pas non plus un but exclusif. L’opération militaire «Plomb Durci», préalablement préparée, s’inscrivait dans une vision géopolitique incluant le gaz comme paramètre stratégique. L’invasion militaire de la bande de Ghaza a ainsi un lien direct avec la possession et le contrôle de réserves stratégiques de gaz offshore, propriété du peuple palestinien. Il existe en effet un rapport de concomitance entre la préparation de l’offensive militaire et la relance de discussions sur le gaz palestinien au large de Ghaza. Alors que le plan d’attaque de la Bande a été mis en branle en juin 2008, selon des sources militaires israéliennes, ce même mois, les autorités de Tel-Aviv ont repris contact avec British Gas (BG), codétenteur des droits d’exploitation pétrolière et gazière, signés en 1999 avec l’Autorité palestinienne. L’idée était donc de reprendre des négociations cruciales sur l’achat de gaz naturel de Ghaza.

En voulant accélérer les négociations avec l’opérateur britannique, les Israéliens semblaient soucieux de parvenir à une entente avec BG avant l’invasion qui était déjà à un stade de préparation avancée. Selon la presse israélienne, les négociations avec British Gas étaient déjà en cours au mois d’octobre 2008. Elles devaient porter notamment sur un «accord d’après-guerre». Le gouvernement d’Ehud Olmert, qui avait préparé un arrangement «politico-militaire» après l’application du plan «Plomb Durci», a ordonné à l’entreprise Israël Electric Corporation (IEC) d’approuver dans les meilleurs délais des propositions cadres en vue d’accélérer le calendrier des négociations.


Transfert de souveraineté

L’invasion de la bande de Ghaza et l’engagement simultané de négociations avec British Gas avaient manifestement pour but le transfert de souveraineté des gisements gaziers à Israël, en violation flagrante du droit international. Après la destruction de Ghaza, on peut légitimement se demander si le prochain gouvernement issu des élections législatives du 10 février ne procéderait pas à la militarisation de la totalité du littoral de Ghaza en le décrétant zone d’exclusion stratégique. En procédant ainsi, le nouveau cabinet faciliterait la confiscation pure et simple des gisements gaziers palestiniens. Dans cette perspective, une déclaration unilatérale de la souveraineté israélienne sur les zones maritimes de la bande de Ghaza où patrouillent en permanence des unités navales israéliennes, ne serait guère surprenante.

Selon les experts, si cela devait survenir, les gisements gaziers de Ghaza seraient intégrés aux installations off-shore israéliennes, qui sont attenantes. Ces diverses installations off-shore sont également reliées au couloir de transport énergétique d’Israël qui va du port maritime terminal d’Eilat sur la mer Rouge au terminal du pipeline à Ashkelon, puis vers Haïfa. Ce couloir stratégique pourrait rejoindre à terme le port turc de Ceyhan au moyen d’un gazoduc israélo-turc en projet. Pour rappel, Ceyhan est le terminal de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC). L’objectif serait de connecter BTC au système transisraélien Eilat-Ashkelon, connu aussi sous le nom de Tipline d’Israël.

Le gaz appartient aux Palestiniens

La question de la souveraineté sur les gisements gaziers au large de la bande de Ghaza est capitale. D’un point de vue juridique, ils appartiennent aux Palestiniens. Ils relèvent de droit et de fait de l’Autorité palestinienne qui a accordé en novembre 1999 des droits d’exploitation pour 25 ans à BG Group et à son partenaire athénien Consolidated Contractors international Company (CCC), propriété des familles libanaises Sabbagh et Khoury.

La mort de Yasser Arafat dans des conditions jamais élucidées, la victoire électorale de Hamas et la défaite consécutive de l’Autorité palestinienne confinée à Ramallah, ont permis à Israël de contrôler de facto les réserves offshore de Ghaza. Le gouvernement de Hamas à Ghaza a été donc court-circuité et déchu de fait de ses droits d’exploitation et d’exploration sur les gisements.

La souveraineté des Palestiniens sur leurs ressources gazières fut même contestée à la Cour suprême israélienne sous le gouvernement d’Ariel Sharon en 2001.

En 2003, l’ancien Premier ministre opposa son veto à un premier accord qui aurait permis à BG d’alimenter Israël en gaz naturel provenant des réserves offshore de Ghaza (The Independant, 19 août 2003). En mai 2007, le cabinet d’Ehud Olmert a approuvé finalement un accord d’achat de gaz à l’Autorité palestinienne sur la base d’un contrat global de 4 milliards de dollars.

Précisément, avec des bénéfices de 2 milliards de dollars, dont 1 milliard pour les Palestiniens. Promesse de Gascon car Tel-Aviv n’a en fait jamais eu l’intention de partager les revenus avec les Palestiniens. Sur le principe, les Israéliens parlent de payer les Palestiniens en biens et services mais jamais en argent. Ils insistent sur le fait qu’aucun argent ne doit aller à Hamas, d’où le souci de rendre caduc le contrat signé en 1999 par Yasser Arafat. Conséquence immédiate, BG s’est retiré des négociations avec Israël en décembre 2007, et, en janvier 2008, il a fermé son bureau en Israël, selon le site Internet de BG.

L’Egypte, fournisseur généreux

Conformément à cet accord, les droits se montent respectivement à 60% pour BG, 30% pour CCC et 10% pour le Fonds d’investissement de l’Autorité palestinienne, selon le quotidien israélien Haaretz du 21 octobre 2007. L’accord AP-BG-CCC inclut l’exploitation des gisements et la construction d’un pipeline. La licence couvre la totalité de la zone maritime au large de Ghaza. BG Group a foré 2 puits en 2000, Ghaza Marine1 et Ghaza Marine2. British Gas estime les réserves en question à plus de 39 milliards de m3, évaluées à quelque 4 milliards de dollars (chiffres de BG). Des experts indépendants estiment toutefois que ces réserves seraient beaucoup plus importantes. Dans la géopolitique gazière de Ghaza, il y a aussi la problématique des relations énergétiques israélo-égyptiennes. L’Egypte, qui ne fournit pas d’énergie aux Palestiniens à Ghaza, assure, en revanche, à des prix avantageux, des approvisionnements gaziers représentant le 1/5ème de l’électricité d’Israël au cours de la prochaine décennie.

En vertu d’un mémorandum signé en 2005, l’Egypte fournit les centrales de Tel-Aviv et d’Ashdod, ce qui a permis à l’entreprise d’Etat israélienne d’augmenter sa production de 20%. Le gazoduc, long de 100 km, transportant le gaz depuis El Arish dans le nord du Sinaï jusqu’au port d’Ashkelon, a été intégré au réseau israélien en mai 2008, selon la presse israélienne.

Le gaz est fourni par le consortium israélo-égyptien East Mediterranean Gas (EMG), basé au Caire. Il comprend l’homme d’affaires égyptien Hussein Salem et le patron de l’entreprise israélienne Merhav Yossi Maïm pendant 15 ans. L’accord, qui stipule la fourniture de 1,7 milliard de m3 pendant 15 ans, pour un montant total de 2,5 milliards de dollars, fait d’EMG le 2ème plus important fournisseur de gaz à Israël après le consortium israélien Yam Thétis.

Source du texte : LA TRIBUNE


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