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La consolidation des bourses Européennes

Publié le 27 janvier 2009 par Sia Conseil

La refonte du paysage boursier européen et plus généralement mondial a été annoncée comme une évolution majeure du monde financier. En effet, le bouleversement est tel que le sujet est au centre de l’actualité financière et politique à l’instar des lancements

des plateformes alternatives Turquoise et  Nasdaq-OMX Europe ces derniers mois. En toile de fond, la passivité des investisseurs d’origine européenne intervenant sur les places financières continentales suscite nombre d’interrogations.

Une concentration forcée…

Les bourses sont aujourd’hui devenues des entreprises de marché qui évoluent dans un contexte mondialisé et sont évaluées comme de véritables entreprises cotées. Ainsi, depuis 2003, l’indice Dow Jones Global Exchange permet de mesurer les performances boursières de 22 opérateurs de bourse cotés dans le monde.

Dans ce contexte, la MIFID, entrée en vigueur le 1er novembre 2007 est perçue, de par son champ d’action, comme un véritable texte refondateur du métier de l’intermédiation et de l’exécution des ordres. Celle ci est destinée à compléter, et au-delà, à remodeler la Directive sur les Services d’Investissement (DSI) datant de 1994. Son but est de doter l’Europe de structures performantes capable de rivaliser avec les analogues mondiales et surtout les structures américaines redéfinies dans le cadre du Reg NMS (Regulation National Market System) en juin 2005.

MIFID poursuit deux objectifs essentiels qui induisent une concurrence accrue : l’harmonisation des législations et la libéralisation des échanges de produits financiers. La principale évolution induite par le texte est la suppression de l’obligation de passer par le marché national pour l’échange d’un titre.  Désormais, une transaction peut avoir lieu sur un marché autre que le marché national rattaché à ce titre et même en dehors d’un marché réglementé. Et c’est là la seconde évolution de la directive Européenne : la reconnaissance de nouveaux acteurs alternatifs.

En parallèle, la loi Américaine SOX fixe des règles strictes en matière de reporting ou de contrôle interne qui requièrent énormément de ressources (hommes, temps, moyens, connaissances). Cela incite les entreprises, notamment chinoises à l’instar de Watson Biotech, première entreprise chinoise cotée à Paris, ou Lionax, à vouloir être cotées sur des marchés hors US. Le nombre de transactions est par conséquent amené à augmenter en Europe et de nombreuses opportunités se dessinent pour les acteurs Européens.

Leur concentration apparaît néanmoins indispensable pour rivaliser avec les plus gros concurrents mondiaux qui se sont tournés récemment vers l’Europe. A l’image du NYSE qui après avoir fusionné avec Inet a fusionné avec Euronext ou NASDAQ qui après avoir fusionné avec Archipelago a fusionné avec OMX.

…favorisant l’essor des plateformes alternatives…

MIFID a donc induit une diversification des opérateurs boursiers. Désormais leurs interventions sur le marché sont segmentées en fonction des produits et des services fournis à leurs clients. Cependant, les marchés règlementés conservent la spécificité de l’admission à la négociation des instruments financiers. Les plateformes multilatérales ou MTF (Multilateral Trade Facilities), héritières ou filiales de leurs cousines américaines les MONSTERS (Market Oriented New System for Terrifying Exchange Regulators) se sont donc considérablement et rapidement développées. Celles-ci peuvent être de véritables opérateurs financiers de type Chi-X (qui après avoir permis l’échange de 74,2 milliards d’euros au premier trimestre 2008 prévoit une forte augmentation des volumes traités par son intermédiaire) ou être le fruit d’association entre banques de type Turquoise (plateforme de négociation basée à Londres, née au début de l’année 2008, de l’association de neuf grandes banques Européennes ou Américaines).

Par ailleurs, la tendance est au désengagement des banques françaises (ou européennes) dans le capital des bourses institutionnelles au profit de nouveaux acteurs aux perspectives plus attrayantes que sont les MTF qui fonctionnent eux aussi selon un modèle de carnets d’ordres. En outre, ceux-ci ont parfois fait le choix de devenir de véritables bourses, tel Archipelago devenu Archipelago Exchange, ou ArcaEx.

Dans le même temps se sont développées des bourses électroniques de type Virt-X qui est issue d’un partenariat entre la Bourse Suisse (SWX), le groupe britannique Tradepoint Financial Networks et un consortium d’institutions financières internationales.

De leur coté, les bourses institutionnelles développent leurs propres filiales MTF comme Equiduct qui est une filiale de la bourse de Deutsch Borse ou son homologue paneuropéenne dont le lancement vient d’être annoncé par Euronext-NYSE pour le début du mois de Novembre 2008. Le projet Baikal, future plateforme issue initialement de l’association de la LSE et de la banque Lehman Brothers ne sera pour sa part pas remis en cause malgré la faillite de cette dernière.

…et laissant présager plusieurs scénarios de fusions

Le mouvement de concentration initié par les principales bourses américaines, premières bénéficiaires de l’ouverture du marché européen, est inéluctable pour résister à la pression engendrée sur les couts en atteignant une taille critique. Le point de départ de ce mouvement en Europe a été la fusion d’Euronext et de NYSE après l’échec de la fusion Euronext avec Deutsche Borse. De plus, cette fusion démontre que la prise de pouvoir d’acteurs institutionnels (ou non) non Européens ne fait pas peur aux milieux d’affaires et politiques Européens bien qu’elle suscite une attention particulière de la part des instances européennes. Dans ce contexte de nombreux mouvements sont prévisibles.

 Tout d’abord les fusions entre bourses comme le rachat de la Borse Italiana l’année dernière par le LSE devraient se poursuivre. Dans cette optique, plusieurs hypothèses de fusions de bourses institutionnelles sont envisageables à plus ou moins long termes.
 
On devrait par ailleurs assister à une augmentation du nombre de fusions entre bourses et opérateurs financiers, comme le montre la naissance de Swiss Financial Market (SFMS) issu début 2008 de la fusion de la SWX (Bourse Suisse), la société de clearing SIS et la société d’informations et de services financiers TELEKURS. Cependant, l’évolution majeure sera sans doute la multiplication des fusions entre opérateurs financiers qui se caractériseront par des montages plus complexes et des prises de participations ayant un caractère plus stratégique.

La consolidation apparait donc comme le seul moyen pour les acteurs institutionnels d’une part mais aussi pour les nouveaux opérateurs boursiers de type MTF d’assumer cette pression sur les coûts[1] qui découle de la libéralisation des marchés, elle-même induite par la directive MIFID. Ces fusions permettent en effet de réaliser de fortes économies de coûts de structures et ainsi de proposer des tarifs plus attractifs. Seuls les groupes gérant un volume de transactions considérable de par leur taille critique pourront ainsi supporter cette concurrence nouvelle et continuer pour certains ou commencer pour d’autres à être des acteurs majeurs dans le paysage boursier européen. 

Sia Conseil


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