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Fonds de poubelles

Publié le 02 février 2009 par Alain Hubler

Conteneur à déchets végétauxAprès un référendum populaire cantonal et un refus de la taxe au sac en 2002, c’est le grand retour de ce moyen coercitif d’appliquer le principe dit du «pollueur-payeur» à Lausanne. Un retour qui va se matérialiser mardi prochain au Conseil communal de Lausanne à l’occasion de l’étude de la motion «Elimination des déchets ménagers : l’application et l’introduction du principe du “pollueur payeur” ou principe de causalité, se fait attendre en ville de Lausanne.»

Le plus surprenant dans ce retour taxiforme est que le cadavre de 2002 est exhumé par … l’UDC et plus particulièrement le fin finaud Voiblet qui voit là l’occasion de faire payer à chacun les frais de l’élimination de ses déchets, d’alléger les finances communales et surtout de diminuer les impôts d’un montant équivalent, tout en se parant au passage d’un vernis vert.

Voilà donc le fin mot de l’histoire : pour l’UDC, la taxe au sac n’est qu’un moyen de casser la justice fiscale dans le domaine de l’élimination des ordures et de piétiner les plates-bandes vertes.

Bien entendu que les Verts, qui depuis l’échec de la taxe poubelle – ou forfaitaire – en votation populaire n’ont plus manifesté la moindre velléité de remettre le métier sur l’ouvrage et qui se trouvent dépassés par la droite sur leur autoroute politique, sont contraints d’emboîter le pas de la droite dure lausannoise pour ne pas perdre la face devant leurs électeurs. Il faut dire que pour les Verts, il n’y a pas moyen d’améliorer le bilan écologique de la ville de Lausanne sans passer par la taxe. À croire que la taxe est une fin en soi. Mais bon, quand le loup est dans la bergerie, il est normal que les moutons perdent le Nord.

En fait c’est l’ensemble des partis de droite qui voit dans la mise en place d’une taxe poubelle le moyen d’abaisser la fiscalité lausannoise et pour l’un d’entre eux au moins, la réduction de la quantité de déchets et l’optimisation des filières de traitement représentent des objectifs «annexes». C’est dire si l’on est loin des préoccupations écologiques et si ce nouveau débat consacré à la taxe poubelle est surtout l’occasion de parler de fiscalité.

Lorsque la Commission permanente de politique régionale – dont je faisais partie à l’époque – s’est penchée sur le sujet, j’ai défendu la position d’À Gauche toute ! pour qui il est exclu d’instaurer cette taxe antisociale alors qu’il y a moyen de traiter cette question des déchets autrement. C’est ainsi que j’ai suggéré d’empoigner le problème non pas sous l’angle de l’élimination des déchets, mais sous celui de la limitation de leur production. Mon propos était clairement de défendre une position qui consiste à diminuer la quantité d’emballages inutiles pour le consommateur, même s’ils sont très utile pour le marketing. Je prenais le parti de la décroissance !

J’aurais laissé échapper une bordée de jurons des plus grossiers que je n’aurais pas déclenché plus de réactions de la part des représentants des partis de droite !

Comment ? Empêcher les entreprises de suremballer leurs produits ? Interdire les sacs inutiles ? Faire décroître à la source les déchets ? S’engager dans une politique de décroissance ?

Mais … la décroissance … c’est la baisse de la production, c’est la dépression économique, c’est la récession, c’est la catastrophe assurée !

Et puis, les déchets recyclés, ça se vend, c’est une source de revenus pour la ville !

Nous y étions donc, le déchet est pour la droite un commerce comme un autre. C’est l’occasion de se faire de la thune en baissant les impôts tout en s’assurant une main d’œuvre à bon marché : le trieur bénévole. Soit le péquin comme vous et moi qui, dans son deux pièces cuisine, alignera sagement les poubelles pour trier, séparer, classer tous les contenants inutiles que l’on nous force à acheter en plus des contenus.

On connaît depuis peu les fonds pourris, la droite lausannoise veut nous faire connaître les fonds de poubelles source inestimable de richesse et de profit !

Au milieu de ce délire économico-écologique, la seule réflexion intelligente que j’aie entendu provient d’un employé du service d’assainissement de la ville, rencontré par hasard, à qui j’ai posé la question suivante :

«Comment a-t-on fait, en Suisse, pour recycler plus de 90% du verre ?»

La réponse fut limpide et simple :

«C’est une question de volonté politique, on a mis des conteneurs de tri un peu partout, on a fait de l’information et les gens se sont mis à trier.»

Le monsieur a tout compris: le traitement des déchets c’est une question de volonté politique, pas de taxe !

  • P.S. Monsieur le directeur des Travaux si vous pouviez faire vider plus souvent - voir photo - le conteneur à déchets végétaux crûs de la rue Curtat, on pourrait recycler mieux et plus. Merci d’avance.
  

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