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Conscience-souffrance

Publié le 26 janvier 2009 par Tudry

Dostoïevski disait que la souffrance est l'unique raison de la conscience.

Berdiaev, à sa suite, écrivait ceci : "le conscient équivaut à un dédoublement torturant."

Il y a un double dans l'homme, un double non duel. Nous pourrions le synthétiser en "vieil homme" et "homme nouveau" mais la réduction, pour juste qu'elle soit, ne prend pas en compte les multiples réfractions de cette dualité non-duelle. Il s'agit plutôt d'une disymétrie.

L'écriture et la littérature y prennent naissance. Elles naissent dans l'aporie de cette jointure non effectuée et infaisable, constamment insatisfaisante.

Boulgakov a mis dans la bouche de Woland cette sentence : "Les manuscrits ne brûlent pas." Voulut-il "sauver" par-delà la mort le "héros" Gogol ? Voulut-il rédimer l'acte d'exténuation de l'écrivain ?

Le Maître recouvre son manuscrit, le manuscrit sur Ponce Pilate qu'il voulut réduire en cendre ... On (c'est-à-dire "nous", "le monde") a exhumé partiellement le second tome du manuscrit des "Ames mortes" de Gogol, celui-la même qu'il avait offert en auto-dafé à la Gloire qui ne s'éteint pas. La gloire du monde comme le feu du monde s'éteint. Il en est une qui brûle éternellement sans se consumer.

Si le monde fait des écivains des "auteurs", c'est-à-dire des "maîtres" puisqu'il leur reconnait une "autorité", comment donc s'adjuge-t-il le droit de passer outre leur autorité et de revenir sur la chose jugée par le maître lui-même ? Que fait-il de la souffrance de Gogol ? Celle-ci lui oterait-elle toute autorité sur son oeuvre ?

Je n'avais encore jamais mis mes yeux sur les pages carbonisées et "sauvées" par le monde de ce tome second des "Ames mortes". J'ai depuis peu cédé à la tentation. Je n'achèverais pas cette lecture. Comment puis-je lire des pages réduites en cendre ? Réduites en cendre par celui-la même qui se laissa consumer après par le feu d'une Gloire qui ne s'éteint pas ? La naissance au ciel de Nicolas Gogol, loin d'être un suicide, fut une ascèse extrême. La voie montrée aux littératueurs qui pour s'écrire tranquillement chasse des deux mains l'Esprit qui virvolte autour d'eux comme on le fait d'une vulgaire mouche ...


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