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LES crises

Publié le 13 janvier 2009 par Tudry

 Nous avons encore en ces jours la preuve que l'oubli est bien l'une des vertus spécialement particulière à notre époque qui prétend tellement à la mémoire, au devoir de mémoire.

Où sont les échos de la « crise » qui continue en Grèce ? Où, ceux de la situation géorgienne ? Les journalistes ont, une fois encore, lâché l'os qu'ils rongeaient pour se jeter goulument sur un morceau plus appétissant. Morceau qu'ils remâchent depuis bien longtemps pourtant. Sans doute a-t-il un goût qui leur convient particulièrement. Ce conflit permet bien des défoulements. Et, précisément, il se trouve avoir pour fond ce problème de la mémoire et de l'oubli. Ne donne-t-il pas l'occasion aux farouches anti-antisémites de l'intérieur de se défouler en toute bonne conscience à l'extérieur ? Ne fournit-il pas à une gauche qui aimerait tellement oublier ce qu'elle renferme historiquement de ferments antisémites, la possibilité d'un exécutoire justifié par les souffrances des autres et qui, en outre, l'affranchit à bons comptes de ses vieilles velléités républicaines colonialistes en face des populations musulmanes ? A droite, la défense aveugle d'Israël, n'est-elle pas également un renversement un peu facile permettant de masquer les vieux réflexes qui ont la peau dure ? D'un côté comme de l'autre ça sent la haine et la peur. Le conformisme consensuel se divise en deux fractions et nous sommes priés de ne pas sortir de ces discours creux et pathétiques. Vieux clivages et vieux discours reprennent leur droit.

En Grèce ce sont de nouvelles émeutes sur un vieux fond, résurgence post-moderne de la prolétarisation sociologique et culturelle souhaitée par le socialisme révolutionnaire, aggravée encore par son alliance en négatif avec le libéralisme économique et social. En Palestine et en Israël deux messianismes s'affrontent mais on ne veut surtout pas le considérer ici, ou, si l'on accepte de le faire c'est pour charger unilatéralement l'un des protagonistes de tous les défauts politiques et humains qu'il est possible d'appliquer à cette conception.

Ces deux messianismes veulent forcer, politiquement et socialement, la venue du Royaume sur terre, l'un dans un territoire, une terre, aux frontières délimitées et limitées, l'autre sur la terre entière, la Palestine n'étant qu'une partie du tout. Les deux se projettent, en outre, aux deux extrémités de l'échiquier politique. Islam et socialisme-révolutionnaire d'une part, d'autre part orthopraxie judaïque et droite nationaliste.

L'homme occidental moyen des vieilles nations ne veut plus et ne peut plus comprendre la guerre. Plus il a intégré tout ce que la théorie darwinienne à de discutable plus il se fait incapable d'accepter ce que l'histoire à d'évolutif. Et encore ! Il admet la lutte de « libération », la violence des « plus pauvres » dont la colère serait justifiée (voir la Grèce et ce que l'on a, un peu vite, appelé les « émeutes de la faim »). Malgré sa lutte contre le terrorisme, il justifie moralement le recours à celui-ci comme seul recours des « opprimés », opprimés qu'il sélectionne soigneusement. Mais la guerre, il ne le peut car la guerre est « une réfutation expérimentale de la conception rationaliste de l'histoire ». (Berdiaev) Ce que veut l'homo occidentalis c'est une humanité entièrement et rationnellement pacifiée et unifiée. Les particularismes qui s'affichent et s'expriment ici heurte sa sensibilité. Le tire de son confortable conformisme et lui rappelle par trop le fond tragique de la vie humaine et sa fragilité en même temps que l'abnégation et le mépris du danger qui peuvent être encore assumés par des hommes qu'il souhaiterait ses semblables, non ses prochains mais ses identiques !

« La guerre porte des coups terribles à l'esprit, au confort et à la satisfaction « petits-bourgeois ». (Berdiaev) Et cette guerre-ci, qui nous berce « télévisuellement » depuis tant d'années, mets face à face, au-delà, des finalités politiques, deux conceptions du monde, deux conceptions religieuses du monde, quoiqu'en disent tous les experts autorisés qui voudraient bien, justement, réduire ce conflit à des affrontements strictement militaro-politiques.

Ces deux conceptions ont, identiquement et différemment, rejetés le Christ en tant que Messie et la Croix, en tant que mort-résurrection du Messie. L'Islam a rejeté le christianisme et à voulu le dépasser (par sa gauche) pour faire retour (revolvere – révolution) à un judaïsme étendu au monde (la humma internationalisée en remplacement du peuple élu). L'orthopraxie judaïque a rejeté le Christ pour attendre un Messie « vivant », politique et nationaliste, contournant (par la droite - conservatisme rétrograde)  la révélation chrétienne. En France et en Europe, par-delà, les masques « politique seulement », les soutiens se divisent bien ainsi et révèlent des fondements philosophiques bien différents des discours officiels.

Seule la Croix se tient au centre et au-dessus. Historiquement elle se tint, ne l'oublions pas, non loin de Jérusalem.

Souhaitons, pour toutes les personnes qui souffrent, la paix ! Mais n'oublions pas une question essentielle : la paix ? Pour quoi faire ? Sur cette terre, sans la transfiguration, sans la vie spirituelle parfaite, la paix ne peut être qu'un moyen, non une fin. La question lancinante est bel et bien toujours la même : quelle fin visons-nous ? Ce monde du péché dispose de moult moyens, il est le maître des moyens, même des plus contradictoires en apparence, pour arriver à sa fin (qui n'en sera jamais une) : la panvulgarité terrestre radicale ! Nous n'en avons qu'un à lui opposer : la foi, c'est-à dire, l'énergie théognosique explosive de l'eschaton : mort-résurrection !

« Vous autres, pacifistes humanistes qui vous dressez contre la guerre et qui appelez à la paix éternelle, vous ne croyez pas au sens supérieur de la vie humaine, à la vie éternelle... Vous craignez le meurtre physique bien plus que ne le font les chrétiens, lesquels connaissent la vie infinie, car tout s'achève pour vous avec la mort. Et vous ne réfléchissez pas au fait que le meurtre spirituel est mille fois plus épouvantable. Cependant notre vie pacifique est pleine d'assassinats spirituels. En dehors de toute espèce de guerre nous tuons nos proches avec nos sentiments et nos pensées. » N. Berdiaev.


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