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Le comique de situation

Publié le 09 février 2009 par Scienceblog
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écupéré sur Canal C2, cette vidéo présentant une table ronde « Cultures et sciences en société : quel partage des savoirs ? » Manifestement, et ça m’a été confirmé par des gens qui y étaient présents, mis à par les invités de la table ronde, il n’y avait pas grand-monde dans le public. On pouvait y rencontrer le directeur du Vaisseau Laurent Schmitt et Anne Billot, responsable culturelle, deux ou trois autres personnes qui s’écoutaient parler, et c’était à peu près tout.

Les deux seules questions réellement intéressantes dans ce débat ont été :

  • pourquoi l’université de défend-elle pas une véritable politique culturelle ?
  • n’est ce pas le moment de définir à l’université de Strasbourg, au moment même de son unification, ce que pourrait être une culture scientifique, dont les mots sciences humaines, sciences de la nature et de la vie, etc. en seraient débarassés ?

C’étaient certes des questions intéressantes !! Après tout, il est facile de se gargariser de culture en société, de culture scientifique et technique. Après tout, il est facile de reprendre en écho les mots de Jean-Marc Levi-Leblond, ça mange pas de pain, et même si on ne comprend toujours pas trop ce qu’il veut dire, c’est un bon plan politique pour briller et se faire bien voir. Et, même et surtout à l’Université, une carrière est avant tout politique. Parlons donc de culture et de science, ça fait moderne.

Mais de politique culturelle de l’Université, sans apparemment trop savoir ce dont il s’agissait, ni Bernard Ancori, ni Vincent Dubois n’ont pu dire de quoi elle devait avoir l’air, même dans les grandes lignes. En regardant cette vidéo, et sans me concentrer trop, j’ai pu comprendre que ce n’était pas leur vocation. Allons donc !! Pourtant, pour s’inscrire dans un paysage culturel, je croyais qu’il fallait lui donner une politique, un sens qui lui permette d’être reconnu, sous peine de rester lettre morte et inutile. Tiens, exactement ce que les activités du Jardin des Sciences et de la Mission Scientifique et Technique sont aujourd’hui.

Je ne passerai pas sur les drôles de réponses de Bernard Ancori, disant qu’il était difficile de trouver des intervenants scientifiques pour participer aux activités de « culture scientifique » parce qu’ils étaient trop occupés et trop vieux. Je partage largement son opinion, mais la suite est plus intéressante : il faut former les jeunes doctorants pour qu’ils se mettent à vivre une « science en culture » et à intervenir dans la culture scientifique de Strasbourg !! Pour cela, il organise des sessions de théâtre de sciences avec des doctorants pour les former. C’est une initiative merveilleuse : outre qu’elle existe déjà depuis quinze années à Strasbourg et ce sans son consentement, il y a fort à parier que l’encadrement scientifique de ces jeunes doctorants voit tout cela d’un oeil beaucoup moins aimable : pensez-donc, pendant qu’ils font les acteurs, ils ne pensent pas à leurs manipes. Et il y a fort à parier que, sortis de ces quelques mois d’activité théâtrale, ils auront tôt fait d’oublier ce qu’est la « culture scientifique », sauf que eh bien le théâtre, même quand ça parle de science, c’est bien. On est drôlement avancé. Alors, ce théâtre de sciences, c’est bien beau, mais ça fait pas avancer le schmilblik d’un iota.

La question d’une culture scientifique débarassée de ses frontières disciplinaires est elle aussi intéressante. On apprend dans les réponses des intervenants que, en présentant un objet de science, on faisait preuve d’interdisciplinarité. On fait de la science de la nature, mais également de l’histoire, de la sémiologie, ou .. je ne sais quoi d’autre. Oh, quelle découverte !! Le simplefait de vouloir montrer quelque chose expose à entrer dans un cadre culturel général, à également exposer l’absence de neutralité de l’objet, provoque la réflexion, non seulement du public, mais également de la personne qui choisit l’objet. Quelle découverte !!! Mais fait-on confiance à n’importe qui pour exposer n’importe quelle oeuvre d’art, n’importe quelle pièce historique ? Non, les expos réussies sont justement celle créées par des personnes ayant quelque chose à dire dont les éléments objectifs sont la base, et son opinion la sauce, oserais-je dire. Ce qui est intéressant, dans une expo, c’est l’oeil du concepteur. Et là, on rentre dans la culture de plein fouet, mais Ancori et Consorts n’ont pas encore compris que, pour héberger ce genre d’expos, ou même n’importe quel acte de médiation, il était nécessaire d’effectuer des choix dans ce qu’on voulait dire, comment ou voulait l’encadrer. D’avoir une politique culturelle !!!

Les représentants du Conseil général et de la DRAC l’ont bien compris, et l’ont fait savoir, à leur manière, en guise de conclusion. Il n’est pas là, le temps où les produits issus d’une politique culturelle raisonnée, verront le jour, en partie grace aux partenariats avec les structures consulaires, Région, Département, Ville, et comme cela se fait depuis plusieurs années maitenant, dans d’autres villes (je pense à Dijon, là, parce que j’y ai des copains  …).


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