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Michel Vaujour: une force de vie incroyable après 27 ans de prison

Publié le 10 février 2009 par Nobletc
Michel Vaujour, le MacGiver réel d’une génération, celui dont les braquages mais surtout les évasions de prison défrayaient épisodiquement la chronique, est de passage à Berlin à l’occasion du documentaire de Fabienne Godet « Ne me libérez pas je m’en charge ». J'ai eu la chance de pouvoir le rencontrer.
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« JE CROIS QU'ON PEUT TOUT REUSSIR, VRAIMENT TOUT, SI ON EST PRET A TOUT SACRIFIER, MEME ET SURTOUT CE QUE L'ON CROIT ETRE »

Lorsque Fabienne Godet vous a soumis son projet, vous avez mis combien de temps avant de lui donner réponse ?
Michel Vaujour - Je lui ai répondu oui tout de suite. J’avais déjà eu plusieurs propositions mais à chaque fois, on voulait m’enfermer dans un rôle, genre c’est un bandit, c’est du spectaculaire, de l’exploit, du fait divers. Et ça ne me correspond pas du tout. Je pratique l’hygiène mentale, alors m’enfermer dans le passé, c’est pas mon truc ! La seule chose qui m’intéresse éventuellement de communiquer, c’est la relation à la vie que j’ai recueillie au cours de cette expérience, sur le chemin du banditisme, de l’adversité de la prison. C’est tout un cheminement humain. Et Fabienne, justement, je l’avais déjà rencontrée plusieurs fois lors de son documentaire sur Dominique Loiseau (*), avec lequel j’étais à la prison du Bois d’Arcy. Elle m’avait alors parlé de son expérience d’accompagnement des mourants en tant que psychologue et dès le début on avait bien discuté, bien accroché. Je savais que je pouvais lui faire confiance.
Le grand public connait avant tout les multiples évasions de prison de Michel Vaujour. Dans le documentaire, on vous découvre doué d’une force intérieure incroyable. Êtes-vous conscient de cet aplomb, de cette confiance en la vie, que vous dégagez ?
Michel Vaujour - Ça peut pareil bizarre, mais je ne me pose même pas la question. Je crois tout simplement qu’on peut tout dépasser et même qu’on a tout à y gagner, à tout dépasser. C’est dans l’épreuve que je me suis transformé, sur ce chemin qui m’a forcé à descendre toujours plus profond, au plus profond de moi, de ce que je pensais ne pas être. Et plus le chemin est dur et plus on finit par découvrir des forces au fond de soi, des forces dont on ignorait la présence, des forces qu’on ignorerait d’ailleurs peut-être toujours, si on n’était pas obligé d’aller plus loin. Pour moi, ça c’est passé dans ces conditions-là, mais ça aurait pu se dérouler dans d’autres conditions extrêmes. J’ai juste eu la chance d’être obligé d’aller plus loin que la norme. C’est cette expérience, qui fait que je devenu ce que je suis devenu. C’est ce cheminement qui me donne cette relation à la vie si particulière, ce que vous appelez ma force intérieure. Mais vous savez, je crois qu’on peut tout réussir, vraiment tout, si on est prêt à tout sacrifier, même et surtout ce que l’on croit être. Et la bonne surprise, c’est la réaction des gens à la fin des projections. Je pensais que mon expérience, ce qui fonde mes relations à la vie, ça me laissait loin loin loin des gens. Et bien non, les gens sont touchés par le film et ça, c’est une bonne surprise. Ils trouvent une résonance dans l’expérience que j’ai tiré de ces années. Quelque part, ça veut dire qu’ils portent ces choses là aussi en eux. Ça veut dire qu’ils sont plus proches de moi qu’ils n’auraient pu le penser et surtout, que moi-même je n’aurais pu le penser. Et si je m’étais laissé enfermer dans un film sur les conneries du banditisme, ils n’auraient vu que ça !
Après 27 ans au trou dont 17 en cellule d’isolement, vous ne vous faites pas l’apôtre de « l’anti-prison » dans le documentaire. Comment considérez-vous le système pénitentiaire ?
Michel Vaujour - La pénitentiaire a été pendant des années mon ennemi. Et quand je dis mon ennemi, c’est mon ennemi. Avec la répression, c’était même devenu mon ennemi naturel. La pénitentiaire assurait sa mission de sécurité avec tellement de zèle que j’étais comme enterré vivant. Toutefois, dans la dernière phase, je suis tombé sur un directeur de prison qui a osé assumer sa mission de réinsertion. Au début, ça m’a posé de gros problèmes, je devais accepter qu’il n’était pas exactement comme je pouvais le penser, qu’il ne correspondait pas à l’étiquette « ennemi » dans laquelle mes structures mentales l’enfermaient. Et avoir un ennemi qui commençait à m’aider dans le sens où je voulais aller, je trouvais ça un peu... C’est que je ne voulais pas qu’ils me vendent de l’espoir pendant des années !
Mais avec les nouvelles lois, celles qui sont passées en 2000, ça changeait tout. Ce n’était plus l’administration pénitentiaire qui décidait arbitrairement de votre sort, mais des juges qui s’appuyaient sur un dossier fondé. En quelque sorte, on retrouvait là le principe de la présomption d’innocence dans le domaine de l’application des peines. La pénitentiaire devait donner un avis à la fin. Je me disais que, de toute façon, je verrai bien un jour sur papier ce qu’ils font. Un jour, le surveillant en chef m’a appelé dans son bureau : il avait fait le rapport de synthèse et me lire ce que qu’il avait écrit : avis de tel service, favorable, avis de tel service, favorable, favorable, favorable, etc. Tous les avis étaient favorables. Alors que pour un dossier comme le mien , franchement, c’était pas gagné du tout ! Et en conclusion du rapport, c’était marqué : si Monsieur Vaujour doit être libéré, c’est maintenant ou jamais. Quand on lit ça sous la plume d’un homme qui pouvait être un de mes ennemis les plus implacables, ça fait drôle. Ils avaient réussi à dépasser eux-mêmes les cases dans lesquelles ils m’enfermaient. Ce fut un long chemin, vraiment, un long et dur travail pour moi. Le combat le plus dur de ma vie. Et certainement aussi le combat le plus gratifiant.
Le fait que ceux de la pénitentiaire assument leurs responsabilités, leur mission de réinsertion comme ils avaient assumé leur mission de sécurité, c’était vachement important. Sinon je serai peut-être sorti - si j’étais sorti - en gardant énormément de haine et ça m’aurait empêché d’avoir les relations à la vie que je peux avoir aujourd’hui.
(*) L’affaire Loiseau -le sixième Homme, 2005
Séances Berlinale de Ne me libérez pas je m’en charge
Sortie en France: 8 avril 2009.

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