Magazine Environnement

la crise et le mensonge

Publié le 12 février 2009 par Valabregue

Chacun le sent bien et Jean-Louis Lesquins le résume magnifiquement dans un texte à venir :

« Finalement, le traitement de la crise actuelle, c’est le traitement de trois choses simultanées : une réduction massive des inégalités, l’éradication des pratiques financières aberrantes et la mise en mouvement d’une véritable économie de développement durable. Il est impossible, ou dangereux, de traiter l’une sans traiter les autres. Par exemple : on ne créera pas la société de développement durable si on ne réduit pas les inégalités. Traiter la question environnementale, c’est imposer des limitations et des sacrifices, des moindres développements ou interdire certains types de développements ou des développements dans certaines directions et donc, il va y avoir des limitations qui vont devoir être réparties. On ne pourra faire accepter des limitations que si on répartit correctement le fardeau. Or, répartir correctement le fardeau, c’est clairement exiger plus de ceux qui ont déjà beaucoup prélevé sur le stock que de ceux qui ont encore peu puisé. C’est tout le problème des pays en développement. On ne peut pas avoir un traitement global des questions environnementales si on ne rétablit pas un certain degré d’égalité entre les pays développés et les pays non développés. A l’intérieur des pays développés eux-mêmes, c’est le même problème…

Traiter la crise économique, c’est tuer le rentier. C’est redonner des chances à l’investissement et à la consommation, c’est donc faciliter l’accès au crédit et baisser les taux d’intérêts. Mais si, de manière indifférenciée, on ramène l’argent à des taux à un coût extrêmement bas, ce qui est en train de se faire, on recrée les conditions d’investissements que l’on ne contrôle pas et qui peuvent être des investissements extrêmement dévastateurs pour l’environnement.

Donc, il faut simultanément rendre l’argent bon marché pour des investissements écologiquement favorables et le rendre très onéreux pour des investissements écologiquement désastreux. Il y a un problème de réglage fin extrêmement délicat, qui appelle l’intervention d’une instance tenant entre ses mains l’ensemble des leviers. »

La crise est aussi une crise de transition, de la société de production vers la société d’information.
Sachant, bien entendu, que la régulation de la production peut prendre des siècles.
Les règles décrivant le paysage de cette société d’information n’existent tout simplement pas et sont à découvrir

Prenons deux exemples :

1-Lors de son intervention, jeudi 5 février 2009 sur TF1, Sarkozy a prononcé exactement ces deux phrases:

"Nous avons mobilisé des moyens importants pour sauver les banques et, pour l'instant, ça n'a pas coûté un centime d'euro".

«J’ai mobilisé potentiellement 320 milliards d’euros pour aider les banques, nous en avons utilisé 25 milliards. A la fin de l’année 2009, l’argent que nous avons prêté aux banques pour qu’elles fassent leur métier rapportera au budget de l’Etat 1,4 milliard d’euros».

Un journaliste de Libération,Nicolas Cori, montre fort bien qu’il s’agit de deux gros mensonges. Nous donnons des extraits de l’argumentation :

« Les actions ont été achetées au cours de 9,9 euros l'unité, elles valent aujourd'hui 2,3 euros. La moins-value potentielle pour l'Etat est donc de 770 millions d'euros.

Ce n'est pas 25 milliards qui ont été "utilisés" (au moment où Sarkozy parle), mais 39,1 milliards: 28,6 milliards sous forme de prêts (donc via la SFEF) et 10,5 milliards sous forme d'apport de fonds propres, donc via la SPPE.

Deuxième erreur, le chef de l'Etat a justifié son chiffre de 1,4 milliards en se fondant sur des mauvais chiffres. Sarkozy cite en effet à la fois le chiffre de 25 milliards qui aurait déjà été "utilisé" et le chiffre de 320 milliards, "mobilisé".

En fait, le plan d'aide aux banques est de 360 milliards d'euros. 320 milliards sous forme de prêt, apportés par la Société de Financement de l'Economie française (SFEF) et 40 milliards sous forme de fonds propres, apportés par la Société de prise de participation de l'Etat (SPPE), et qui devront être remboursés. »

2-Un autre mensonge de Sarkosy est aussi signifiant : il affirme péremptoirement que la recherche française ne vaut pas tripette ( or elle est au sixième rang mondial). Ce qui a le don d’agacer tout le milieu. Ce qui n’a rien à voir avec le fait qu’il y ait des choses à modifier, justement sans doute au niveau de la façon dont les grandes orientations sont prises !

Bien entendu, il ne s’agit pas de mensonges de même nature. Mais ce qui est certain c’est que le citoyen Lambda n’a que peu de pouvoir pour contrecarrer les gros mensonges entretenus par un président cette fois- là, par la presse une autre fois. Et que la désinformation est évidemment le cancer de notre époque.

Quand on essaye de déminer les mensonges, il y a de fortes pressions :

Le 11 février, le nouveau numéro du magazine "Pièces à conviction" sur France 3 a du évoquer "le scandale de la France contaminée". Pour défendre la thèse que des millions de tonnes d’uranium sont dispersées dans toute la France. Ce sujet fait polémique, le groupe Areva a fait appel au CSA car il juge que l'enquête est "contraire à la déontologie".

Les conséquences de ces mensonges peuvent mettre des années, voire des décennies, à se révéler, et c’est bien là le problème.

Les décisions qui sont à prendre pour

  • Internaliser les coûts environnementaux
  • Différentier le taux de l’argent selon la nature des activités génératrices ou non de développement durable.
  • Stopper nos modes de consommation sans avenir, et devenir plus économes sur le futur que nous ne le sommes.
  • Obtenir des consensus majoritaires.
  • Interdire les risques inutiles.
  • Juguler la barbarie possible des égoïstes incorrigibles.
  • Réduire l’influence des mafias en tous genres.

nécessitent des modes d’échanges entre les individus qui ne peuvent pas se fonder sur nos misérables petits pouvoirs.

De timides aperçus de ces modes d’échanges ont eu lieu avec les rencontres du Grenelle de l’environnement,fin 2008. Même si le gonflement des ego prenait encore trop souvent le pas sur le qualité d‘écoute des uns et des autres.
Car pour faire face, il faudrait un dispositif qui empêche le maintien au pouvoir de ceux qui dissimulent et mentent sciemment. Et l’on st loin du compte.

Il s’agit d’une véritable révolution et l’histoire a toujours montré que ceux qui étaient au pouvoir et avaient failli, s’y accrochaient fortement.

La nature de cette révolution est d’abord intérieure. Il s’agit de vivre et de trouver des postures sur lesquelles les pouvoirs en place n’ont pas de prise.

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