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Soeur Sara chez les chiffonniers du Caire

Publié le 15 février 2009 par Kak94

Une religieuse égyptienne est récompensée pour son travail dans les bidonvilles de Mokattam

(la Croix du mercredi 21/05/2003)

Après s´être frayé un passage au milieu de tas d´immondices, Soeur Sara précède ses hôtes dans un couloir fraîchement carrelé, sentant encore le neuf. Nous sommes dans la clinique Princesse-Grace construite au milieu de Mokattam, un des trois camps de chiffonniers du Caire, grâce à l´aide financière de l´association monégasque Aide et Présence, et inaugurée en mars 2002. Soeur Sara explique fièrement que ce sont les chiffonniers eux-mêmes qui ont bâti cette clinique de 16 lits. Dans la salle d´opérations, on a déjà procédé à une soixantaine d´actes chirurgicaux et trois césariennes. Une vingtaine de médecins et de chirurgiens de la capitale égyptienne viennent consulter et opérer ici, après leur journée de travail. " Nous tenons à ce qu´il n´y ait que des Égyptiens à travailler ici ", insiste cette religieuse copte-orthodoxe, de la congrégation des Filles de Marie, fondée par Mgr Athanasios en 1965 et qui compte quelque 35 Soeurs. Aux côtés de Soeur Emmanuelle et des 33 000 chiffonniers du Caire depuis 1975, c´est elle qui a succédé à la religieuse catholique près son départ, en 1993. Elle aussi entreprend, deux fois par an, une tournée en France (lire encadré), afin de récolter de l´argent et aider les chiffonniers. Des tournées organisées, depuis trente ans, par Jean Sage : c´est en 1974 que " l´ami Jean ", comme on l´appelle ici, rencontre Soeur Emmanuelle pour la première fois, alors qu´il travaille sur le barrage d´Assouan en tant que géographe. Bouleversé de voir l´ancienne enseignante de philo ramasser des ordures, il lui promet de " faire et d´apporter tout ce qu´elle demanderait " (1). Il lance alors, dans l´Isère où il habite, l´opération Orange, répondant au voeu de Soeur Emmanuelle d´offrir une orange par semaine à chaque enfant de Mokattam.

Cinq lycéennes ont pu s´inscrire à l´université

L´ami Jean ne cesse de s´émerveiller de tout ce qui a été entrepris ici : " En 1975, les femmes subissaient 18 à 20 maternités, accouchaient accroupies dans la boue et coupaient le cordon ombilical avec un couvercle de boîte de conserve ; les bébés couverts de mouches étaient couchés à même la terre. " Aujourd´hui, les femmes n´ont guère plus de trois enfants, et devraient bientôt disposer - c´est l´objectif des prochains investissements - d´une maternité et d´un appareil pour échographie. Derrière la clinique, un autre bâtiment est en projet avec une crèche, un jardin d´enfants, deux classes pour enfants handicapés et un club de femmes. Depuis le toit en terrasse de la clinique, la vue plonge sur une bauge à cochons. " Jusqu´en 1982, raconte Jean Sage, les bêtes couraient partout. " Peu à peu, elles ont été parquées,et sont désormais engraissées pour être vendues aux charcutiers du Caire. Dans un pays musulman, les habitants de Mokattam, à 95 % coptes, restent les seuls éleveurs de porcs de la région. Ce qui leur valait, il y a peu, le mépris de leurs voisins. " Avant, il y avait des jets de pierre entre les enfants musulmans et les enfants des éleveurs de cochons, sourit Soeur Sara. Mais aujourd´hui, il n´y a plus de problèmes. On célèbre même certaines de nos fêtes ensemble. " Autre effet positif : les trois-quarts des 16 000 enfants de 6 à 16 ans de Mokattam sont scolarisés, et 90 adolescentes suivent les classes du lycée Basma (Sourire) inauguré en 1995. Depuis, cinq bachelières ont même pu s´inscrire à l´université. Quant aux enfants non scolarisés (parce qu´ils n´ont pas de papiers d´identité), ils peuvent suivre des cours d´alphabétisation. " Nous avons été les premiers, ici, à scolariser les petits dès 4 ans ", insiste Jean Sage. Ces chiffonniers du Caire, dont le revenu mensuel ne dépasse pas 500 lires égyptiennes (environ 75 Euro), sont parvenus peu à peu, grâce au soutien éducatif de Soeur Emmanuelle et de Soeur Sara, à devenir propriétaires de leur charrette, puis à remplacer leurs vieilles carrioles par des camionnettes d´occasion. S´ils continuent de se spécialiser dans le tri du carton, du plastique ou de l´aluminium, les chiffonniers d´Azbet-El-Nakhl, de Mokattam et de Meadi Tora, ne sont pas les plus malheureux d´Égypte. D´ailleurs, des entreprises italiennes et espagnoles sont en cours de négociation avec la ville du Caire pour obtenir le marché de la récupération et du tri des ordures. " Quand ces entreprises vont arriver ici, explique Jean Sage, même si celles-ci ont promis d´embaucher une personne par famille, les trois quarts des chiffonniers vont perdre leur travail. " Mais de telles difficultés ne sont pas d´ordre à décourager l´ami Jean et Soeur Sara.

(1) Jean Sage a raconté cette histoire dans Histoire d´un pari, publié en 2002. Ce livre est vendu 20 Euro dont 10 Euro pour les enfants du Soudan et 10 Euro pour les enfants de Mokattam.

Soeur Sara récompensée par le Lion´s Club de France

Présente en France du 14 au 28 mai, Soeur Sara donnera plusieurs conférences, le plus souvent avec Soeur Emmanuelle. Du 15 au 20 mai, elle sera dans la région Rhône-Alpes (Nyons, Annecy, Romans.), et du 21 au 26 mai dans la région des Pays de la Loire et en Bretagne (Cholet, Fougères, Saint-Brieuc, Argentan.). Le 24 mai, à Nantes, Soeur Sara et Soeur Emmanuelle se verront remettre le prix de l´humanisme du Lion´s Club de France (doté d´un premier chèque de 2 300 Euro), pour récompenser leur travail auprès des orphelins et des chiffonniers du Caire. Rens. : Jean Sage : 04.74.20.24.40 ou 06.85.23.51.28.

source : http://www.croire.com/article/index.jsp?docId=419907&rubId=189


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