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Banderille n°287 : Guadeloupe, le Rouge et le Noir

Publié le 17 février 2009 par Toreador

On refait le match de Charlety*

Le petit jeu de la Gauche dans l’affaire de la Guadeloupe est dangereux. Sous prétexte d’exister, on instrumentalise sans vergogne une colère à l’origine motivée par des raisons économiques, puis on la détourne de son sens initial. Un peu comme en 68, du reste. Or, comme les fleuves, une grogne sociale une fois sortie de son lit n’a plus de barrières. On a connu des émeutes qui commençaient pour le prix du pain et qui ont fini avec la tête d’un gouverneur de prison sur une pique. 

Le PS a ouvert la voie en envoyant ses propres émissaires sur l’île. Vous imaginez si, en plus d’un préfet, de deux médiateurs, d’un sous-ministre et des patrons et syndicats, chaque parti envoyait ses shadow médiateurs ? La sagesse eut été d’éviter de rajouter de la confusion à une situation déjà passablement explosive. A l’incompétence des uns, nul n’est besoin d’ajouter les leçons de morale de deux bonshommes venus soit disant « écouter » mais surtout poser des jalons pour les futures élections territoriales. Le P.S prend vraiment les îliens pour des cons. 

Ami, entends-tu le vautour qui tournoie dans la plaine ?

L’extrême gauche, qui, elle, a manifesté, depuis Paris en profite pour essayer de lier antisarkozysme, crise, anticolonialisme et union de la gauche. L’odeur du sang réactive les appétits des charognards.

On aura vu cette banderole hallucinante : « C’est fini la colonisation ! », à propos d’une affaire qui, je le rappelle concernait à l’origine les prix dans la grande distribution. Clémentine Autain a même déclaré : «Cette manif de soutien est on ne peut plus normale. Il se passe des événements fondamentaux là-bas. Et le gouvernement s’en moque. Sarkozy a parlé quatre-vingt dix minutes en réussissant à faire l’impasse sur cette question. Cette attitude de mépris a vraiment des relents de colonialisme». Admirons comment un conflit social devient, pour Clémentine,  hautaine, la faute de Sarkozy. Décidément, à part le naufrage du Titanic, on lui aura tout reproché.   

Le mot est lâché « colonialisme ». Excitons le peuple et ses folliculaires en réveillant les rengaines vieilles de cent cinquante années. Coment ose-t-on parler de colonialisme, alors que les îles des Caraïbes savent très bien que sans l’aide de la métropole, elles seraient des bouts de terres abandonnées des Dieux, propices aux putshs et aux guerillas, gangrénés par la pauvreté ?  Regardons comment les Comores ont profité de leur indépendance. Regardons comment Haïti est devenu un petit enfer paradisiaque. Qui y perdra vraiment si la France se retire ?

L’impossibilité d’une île

La vérité est que toute île est fondée sur une économie naturelle de pénurie et de subsistance. Aussi, rééquilibrer par des importations l’économie a un coût, actuellement supporté par la métropole. Le taux de chômage y est élevé : les fils de Guadeloupe et de Martinique émigrent dans l’Hexagone et sont plus nombreux désormais en métropole que dans les îles. On ne niera pas que la minorité béké, où se recrutent les grands patrons, a des relents racistes, mais cela ne fait pas le fond de l’affaire. Tout le problème de l’Etat est qu’à défaut de réinstallation d’une économie administrée, on voit mal comment il pourrait contraindre les patrons à un accord. C’est avant tout un conflit inter-guadeloupéen. 

Ceux qui veulent le bonheur de la Guadeloupe chercheront à éteindre l’incendie au plus vite, à rétablir la normale et à ne pas entretenir de fausses illusions sur un Grand Soir chimérique. La chute du tourisme est en train de tuer l’économie de l’île très dépendante. Le conflit est dans l’impasse et les plus radicaux essayent d’instaurer une insurrection, voire de l’importer en métropole. Que fera-t-on quand il y aura des morts ? Pointera-t-on un doigt vengeur contre Nicolas Sarkozy ? La première responsabilité de l’Etat, c’est de protéger ses citoyens contre les violences. 

Une telle récupération politique est donc dangereuse et moralement condamnable. C’est de l’unité de la République, dont il est question. 

* En mai 1968, Mitterrand, Mendès et Rocard organisèrent un grand meeting au Stade Charlety visant à replacer la SFIO dans le jeu social et tirer les dividendes politiques de la grève générale. 
conflit socialGuadeloupeMartinique

Sujets: Banderille, Toréador critique la Gauche | 20 Comments »


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