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233° Les joies de la privatisation

Publié le 17 février 2009 par Jacques De Brethmas

On avait pu admirer la vague de déraillements meurtriers des chemins de fer anglais à la suite de la privatisation de British Railways.

Les Français peuvent constater la différence du prix de l'eau suivant qu'elle est distribuée par une société privée ou par une régie municipale. De nombreuses villes qui avaient privatisé leur eau reprennent aujourd'hui possession de leur réseau, ce qui occasionne une baisse considérable du prix du mètre-cube. (Bordeaux, Lyon, Toulouse, Lille, Saint Dizier, Annecy, Chambéry, Clermont-Ferrand, Grenoble, Paris fin 2009...)

Les pannes phénoménales d'électricité qui avaient affecté les Etats Unis il y a quelques années avaient été, après enquête, attribuées aux conséquences de l'absence d'une administration fédérale de l'énergie dans le pays. Les compagnies électriques américaines, privées et libres de l'ensemble de leur politique, ont toujours préféré gâter leurs actionnaires et accroître leurs bénefs que d'assurer une fiabilité convenable. Elles ont même négligé de passer, comme le reste du monde il y a cinquante ans, du 110v au 220v, ce qui leur pose des problèmes de transport d'énergie qui sont justement une des causes de la fragilité de leurs prestations.

En France et en matière de police, on n'en est pas vraiment à la privatisation, même si le nombre de policiers municipaux et de vigiles de toutes sortes pourrait le laisser croire, mais on introduit la notion de « chiffre et de rentabilité » dans les opérations de maintien de l'ordre, ce qui nous vaut une explosion du nombre des gardes à vue forcément injustifiées, et des verbalisations tous azimuts pour des motifs parfois tirés par les cheveux qui ne contribuent pas à l'amélioration des relations entre les policiers et le contribuable.

Avant, on jugeait le maintien de l'ordre à la qualité de l'ordre obtenu; maintenant on le mesure au nombre de personnes interpellées, ce qui est aberrant puisqu'il pousse les forces de l'ordre à interpeller les proies faciles pour faire du chiffre plutôt que des méchants plus difficiles à attraper qui sont les vrais responsables de l'insécutité.

Dans les prisons aussi, on privatise. Les gardiens appartiennent toujours aux services de l'administration pénitentiaire, mais tout le reste de la prison est géré par des sociétés privées. C'est ainsi qu'avant, on ne pouvait pas avoir de plaques de cuisson dans une cellule. Maintenant, on peut à condition de « cantiner » le modèle réglementaire vendu trois fois le prix du marchand. La télévision revient à plus d'un euro par jour et le moindre poste à transistor est au prix d'une chaîne stéréo du commerce.

Ces relations compliquées entre le privé et le public expliquent sans doute le cafouillage de déclarations à la suite de l'évasion de la centrale de Moulins des deux zigotos qu'on vient de reprendre derrière chez moi dans le tunnel de Nogent sur Marne. Pendant que l'administration pénitentiaire affirmait à la presse que cette prison était une des mieux surveillées de la terre et que les fouilles y étaient nombreuses, un délégué syndical des gardiens se lamentait à la télévision de ce que les faibles moyens en matériel et en effectif ne permettaient pas de prendre toutes les mesures qui auraient pu empêcher l'évasion. Ce qu'on croit volontiers quand on voit le monde en marche en général, et la justice de madame Dati en particulier.

Toujours à la pointe du progrès, les Etats Unis viennent d'innover en introduisant la privatisation dans la justice. Il existe en Pennsylvanie une maison pénitentiaire pour mineurs entièrement aux mains du privé, gérée par une « association », la « P.A. Child Care » qui obtenait des fonds gouvernementaux pour chaque nouvel enfant incarcéré.

Le mécanisme de la corruption était en place, il ne manquait plus que deux juges pour l'animer. On a eu vite fait de les trouver: D'après une dépêche AFP,

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5h1prCS_vYBAIpPBH6-CF5Q1LPwWg

les deux juges, Ciavarella et Cohahan, ont touché près de 1,9 millions d'euros pour remplir la maison d'arrêt d'innocents et toucher un pourcentage des prébendes que ces incarcérations occasionnaient. Plus de deux milles jeunes gens de 13 à 18 ans auraient été ainsi condamnés pour rien, contre l'avis des procureurs.

On cite l'exemple d'un qui a écopé de plusieurs mois ferme pour s'être promené dans un bâtiment désaffecté et un autre pour un larcin de 4 euros chez un épicier. Depuis le début de la magouille, le quota d'incarcération était passé à 25%, contre moins de 1% en temps normal.

C'est dire à quel point la défense du service public qui nous occupe en France n'est pas « un combat d'arrière garde » comme le prétendent quelques séides du " tout privé ".

Rayons des affaires gay, le turboprésident a annoncé vendredi dernier qu'un texte allait être voté, qui reconnaîtrait le statut de « beau parent ».

Texte très attendu de toutes parts, les familles monoparentales ou recomposées se trouvant souvent dans des vides juridiques pour gérer leur vie quotidienne, la personne la mieux placée pour élever un enfant pouvant dans un tel contexte, ne pas être son parent « légitime » et ne posséder à ce titre aucune autorité légale.

Mais les problèmes inhérents aux familles recomposées se posent de la même manière aux familles homoparentales, qui persistent à exister en l'absence de toute reconnaissance, et dont les associations estiment le nombre en France à plus de trente mille.

Les UMPédés de GayLib assurent que le texte les prendra en compte, mais ils sont bien les seuls à être si optimistes, car le projet qu'on a pu

en voir en juin 2008 parlait de « père » et de « mère » et non pas de parent, ce qui n'est pas de bon augure.

Enfin, au chapitre du fichage des homosexuels, la CNIL vient d'être saisie d'une affaire très délicate: l'Etablissement Français du Sang tiendrait un fichier des donneurs dont l'offre a été rejetée pour cause d'homosexualité. Sachant que tous les dons du sang sont contrôlés avant d'être livrés aux hôpitaux, un tel fichage relèverait de l'homophobie la plus perfide. On attend la suite.

Enfin, Strasbourg est le lieu d'effervescence où se prépare la Gay Pride de Moscou, jusqu'ici toujours interdite par le maire pour cause de satanisme (authentique...) et les militants viennent, grâce à la pression internationale, d'enregistrer une petite victoire: pour la première fois sans le recours de la justice, une organisation de défense des droits des homosexuels a pu être enregistrée. C'est à Saint Petersbourg.

Et pendant ce temps, la Guadeloupe... en est aux affrontements.

A voir l'attitude du gouvernement dans cette crise, je me demande si ce n'est pas ce qu'il souhaite.

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