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Origines d’un parcours artistique

Publié le 17 février 2009 par Pierreristic

Dans mes rêves, depuis toujours, le cheval est présent, omniprésent. Il est là dans le roulement d’orage d’un galop effréné qui fait vibrer le cœur, le souffle rauque et puissant venu du fond d’un poitrail grondant, des crins lourds, blancs, noirs, des claquements de dents sur des mors d’or et d’argent, des naseaux grand ouverts, palpitants, des sabots ailés ou frappant comme des masses, des yeux étincelants, farouches, sauvages, fous et des hennissements, des hennissements comme un cantique obsédant. J’en rêvais la nuit, le jour et je ne sais plus vraiment si je rêvais que j’avais un cheval, des chevaux, si j’étais cavalière ou si, moi-même, j’étais cheval. Je crois qu’en fait, j’étais possédée et que cette « maladie », inexhorcisable, inguérissable, me ronge encore aujourd’hui.

J’avais 4 ou 5 ans et je me souviens d’un immense cheval noir. Oui, bien sûr, à cet âge-là tout paraît immense et Prince avait pour moi la taille d’un géant. Cet animal, un lourd, attaché à un piquet, paissait sur le bord du chemin que ma mère, ma petite sœur en poussette et moi empruntions très souvent en ballade. Lorsque j’approchais de cette gigantesque masse de chair chaude, que son immense tête aux grands yeux sombres descendait vers moi pour me souffler sur le visage un air au parfum d’herbe et de foin, j’étais en extase, ravie, et je pouvais rester des minutes entières, agrippée à ses jambes, les yeux fermés, à l’écouter mâcher et respirer. Son maître, un vieux monsieur, m’avait mise une fois sur son dos et, perchée ainsi, les doigts enfouis dans la longue crinière de Prince, les jambes chauffées par sa peau, entre ciel et terre et un cœur qui bat, j’étais au paradis.
Il était hors de question de manquer une visite à Prince, avec un sac de pain dur, de carottes ou de pommes que je portais sans en laisser le soin à personne. Le vieux monsieur discutait avec maman, ma petite soeur dormait à l’ombre d’un figuier et moi, je communiais avec un cheval, assise dans les pâquerettes et les pissenlits, la tête en l’air, entre quatre jambes en voûte de cathédrale.

J’ai débuté l’équitation à l’âge de 6 ans. Un apprentissage « à la dure », sans selle sur des poneys hargneux et dressés comme des wagons, avec une monitrice aussi gueulante qu’un capitaine d’infanterie. Il n’y avait pas de place au rêve dans ces mises en selle « à la militaire », dans ces heures de tape-cul dans des carrières boueuses tous les mercredis après-midi et samedis matin. Cartouche, Magaly la terrible, Flûte la douce, Edjaz… se sont succédés sous mes fesses meurtries par leur dos en lame de scie. Chaque cours était une torture que j’endurais… avec délice !  Pour rien au monde je n’aurais manqué une seule reprise.

piola1 Origines dun parcours artistique photo chevalpiola2 Origines dun parcours artistique photo chevalpiola3 Origines dun parcours artistique photo chevalObsédée. Je l’étais. M’entourant du cheval comme d’une armure jusqu’à garder dans ma chambre mes vêtements et mes bottes d’équitation qui y distillaient leur odeur, pour moi délicieuse. Que dire d’autre d’une gamine qui se levait au son d’un hennissement, qui galopait plus qu’elle ne marchait et qui, tricotant des jambes et arquant le cou, déroulait avec brio une Saint George (reprise de dressage) ? Obsédée…
A l’école, mes cahiers arboraient à chaque page leurs cheval, licorne, Pégase et au lycée, toujours aussi « malade », je me dérobais quelques semaines pour aller courir l’aventure en randonnées sauvages. Ces jours entiers passés sur le dos d’un cheval, au rythme de ses pas dans des paysages éblouissants de beauté, ces soirées de bonheur près d’un feu de camps, ces nuits sous les étoiles à écouter le vent dans les chênes, le cri terrible de l’effraie et le lugubre hululement de la hulotte, le souffle des chevaux et le son doux de leurs mâchoires lorsqu’ils mangent, m’ont définitivement fait basculer. Il est difficile d’expliquer avec des mots ce que l’on ressent après des heures de chevauchée, dans l’immensité, seul avec soi-même, avec un animal extraordinaire qui semble pouvoir vous porter jusqu’au bout du monde, qui vous réchauffe de son corps alors que le brouillard vous glace et le vent vous fait pleurer. On est transcendé, euphorique et extralucide à la fois, on vit quelque chose de puissant qui vous ébranle, vous exalte, vous rend un peu fou. La folie commence lorsque, au grand galop parmi des poulains en transhumance, vous poussez à gorge déployée un cri de Sioux en levant le poing, lorsque, au pied d’une forteresse cathare, majestueuse, vous fermez les yeux et entendez le claquement des oriflammes et le cliquetis des épées, lorsque, rassemblé autour du feu pour écouter chanter un « cow-boy de là-bas », il vous semble sentir à plein nez l’odeur des vaches et entendre, au loin, un coyote glapir à la place d’un chien… Vous avez alors l’âme emplie de légendes, comme autant de fantômes surgissant des profondeurs du temps.

piola a1 Origines dun parcours artistique photo chevalAprès l’obsession, la folie. La folie qui m’a fait tout abandonner, études et famille, pour aller m’occuper d’un troupeau de 25 chevaux lourds. Ma vie de « femme de cheval », s’il m’est permis de m’honorer de ce qualificatif noble, commença là. La vie de la ferme, ingrate, dure, épuisante mais ô combien passionnante, faite de labeurs, de labours, de fenaisons à l’ancienne, de saillies en main, de poulinages… Ha, les naissances ! Le bonheur et l’émotion sont indescriptibles lorsque, à seize ans à peine, vous mettez au monde, seule, votre tout premier poulain ! L’écurie devient autour de vous le théâtre d’un miracle.
Il y a la vie, mais aussi la mort et l’on apprend que l’une ne va pas sans l’autre. C’est ainsi.

Les chevaux sont des êtres ambigus, tour à tour doux et placides, fougueux et sauvages, violents et destructeurs, presque monstrueux. Aussi attirant qu’effrayant,  ils fascinent. Ils me fascinent.

Chevaux lourds, Pur-sang Arabes, chevaux de courses, de clubs, de cirque et de spectacle, avide, j’ai voulu tous les connaître, les sentir, les rêver. C’est auprès des Ibériques, Lusitaniens et Pure Race Espagnole et des Frisons, que je me suis ancrée. Cheval de roi, roi des chevaux, il évoque pour moi la beauté la plus pure, la plus nue, la noblesse vraie, la force et la puissance, la quintessence des fantasmes que l’homme, depuis des millénaires, s’est empli et a légendé, mythifié. Il est le cheval le plus propre à incarner la monture extraordinaire, merveilleuse. Il est Pégase ailé, la Licorne encorné, la moitié équine du Centaure, il est votre rêve et fait de vous un amoureux transis, un corps en extase et un esprit illuminé. J’ai connu avec lui mes plus fantastiques expériences de cavalière, j’ai vécu mes rêves de gosse où j’étais « l’héroïne au cheval fabuleux ».

anne piola2 Origines dun parcours artistique photo chevalSerenata. Son nom résonne dans mon cœur, brûlant. Cette jument, une lusitanienne à la carrure d’étalon, a marqué ma vie, mon âme et mon corps à tout jamais. Elle a brisé un rêve, sous ses 560 kg… Oui, je n’ai pas « fait carrière » dans l’équitation, où je me destinais ambitieusement au clinquant, à la gloire du spectacle, aux feux de la scène. Qu’à cela ne tienne, cavalière un jour, cavalière toujours. C’est plus vrai que jamais. Si pendant quelque temps je n’ai pu poser mes humbles fessiers sur le dos d’un cheval, je chevauchais Pégase. Mon œuvre a commencé réellement lors de ma convalescence. Obsession. Ce mot revient encore. Mon crayon, mes pinceaux et mes plumes obsèdent ma main et c’est un gigantesque troupeau aux yeux fous, des étalons, des juments, ailés ou non, cornus ou pas, fantastiques toujours, qui jaillit sur tous les supports possibles et imaginables. Ils ont tous le regard de Serenata, je la rends ainsi… immortelle.


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