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“C’est le temps des réformes, c’est long et c’est court”…

Publié le 24 juin 2008 par Corentin Charron

Bonjour,

Excusez d’abord la pauvreté du titre, mais c’est un champ qu’il faut impérativement remplir, même quand on est en manque d’inspiration…

Bon, le sujet  ne traite pas vraiment de liberté logicielle, mais de liberté individuelle, et aussi de confort d’utilisation, en ce sens que ce dont je vais vous parler risque de faire un beau capharnaüm sur la toile, déjà bien assez chaotique, j’espère que vous me pardonnerez le raccourci…

En effet, L’iCANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), vous connaissez sans doute, c’est la gentille association qui gère nos noms de domaines, gentillement soutenue par le département du commerce Américain, sans qu’aucun des deux partis n’en tire profit, bien sûr: l’ICANN est une association de droit californien à but non lucratif. Cet organisme, actuellement dirigé par l’australien Paul Twomey, est en charge de la gestion et de la distribution des noms de domaines, comme *.net, *.com, …. Alors que 18 directeurs de l’organisation se réunissaient hier (23/06/2008) à Paris lors de leur 32ème réunion internationale, ils ont annoncé, tenez-vous bien, la libéralisation des extensions des noms de domaines ! Nous verrons donc dès le premier trimestre 2009, fleurir dans nos barres de navigation de nouvelles extensions exotiques, comme http://mr-yann.est.libre (non, je ne compte pas souscrire…), http://www.firefox.mozilla, etc… Réjouissez-vous au moins sur un point: http://del.icio.us ou http://roland.entierement.nu n’auront plus le privilège des jeux de mots vaseux (quoique j’apprécie ce dernier blog)…

Alors que certains vantent et louent cette démarche libérale, certains, comme moi, en cherchent avant tout l’intérêt. Mais je cherche aussi pourquoi, et c’est là le point le plus pathétique, ni les acteurs d’internet, ni les utilisateurs n’ont été avisés de cette décision….

Toutefois, il fait beau aujourd’hui, Gnome m’affiche 27°C/Grand soleil (ce qui n’est pas vrai), donc il y a quand même quelques informations réjouissantes (ou pas) dans ces annonces burlesques: l’ICANN annonce que les caractères romains, ceux avec lesquels j’écrit, là, ne seront plus seuls dans nos barres d’adresses: les caractères russes, chinois ou coréens seront autorisés par l’ICANN, ceci entrant en vigueur en même temps que les autres blagues idées. Je m’en réjouis car c’est, comme le souligne Dominique Seux (rédacteur en chef des Echos et un peu trop optimiste à mon goût), c’est la fin du web occidental. C’est donc une bonne nouvelle: liberté, égalité… Mais c’est tout: pour la fraternité, j’ai peur que l’effet obtenu soit l’inverse de celui escompté: même si je ne vais que rarement me balader sur des sites sinophones, je crains que le web ne soit séparé désormais en plusieurs factions, dont la bannière serait le clavier utilisé: pensez bien que peu de gens iront chercher dans les caractères spéciaux ceux nécessaires à la composition de leur adresse… Mais cela reste très abstrait, puisque dans la pratique, nous n’irons probablement pas plus sur les sites chinois que nous n’y allons actuellement (c’est un mauvais exemple: disons… sur les sites russes ;)).

Mais je reviens à cette libéralisation des extensions… Il reste la question des litiges et des marques déposées. Pour remédier à ces deux problèmes, l’ICANN a prévu plusieurs mécanismes.

  • Les “erreurs” syntaxiques ou typographique rapprochant douteusement une extension d’une autre seront interdites: pas de *.kom ou de *.mycrosoft.
  • Un délai de trois mois sera accordé à deux parties réclamant la même extension pour régler le litige à l’amiable.
  • Passé ce délai, si aucun accord n’est dûment passé, l’ICANN met en place un système d’enchères. (?)
  • Les extensions de marques déposées reviennent de droit aux détenteurs des droits. Le plus amusants, c’est que s’agissant de la législation américaine, le dépôt de marque employant un nom commun (genre “apple”, à tout hasard) est autorisé. Donc les pomologues américains ne pourront bénéficier d’un *.apple malgré, je n’en doute pas, leur supériorité numérique…
  • … (Ça veut dire que la liste ne prétend pas à l’exhaustivité et aussi que je n’ai pas vraiment compris les autres mécanismes
    :)
    ).

Mais comme j’utilise de temps en temps mon cerveau, il m’est soudainement (pouf!) venu quelques explications à cette idée saugrenue, en tout cas, aucune ne concerne les intérêts des utilisateurs…

Premièrement, l’ICANN perçoit des intérêts sur les extensions auprès des organisations auxquelles ont été délégué la gestion d’une extension, par exemple l’AFNIC, en charge du *.fr. Ces intérêts représentent 95% du chiffre d’affaire de l’ICANN, qui était 31,6 millions d’euros en 2008 (année fiscale: du 30/06/2007 au 30/06/2008), soit 30,02 millions d’euros.

Secundo, et c’est le plus pertinent que j’ai trouvé: la libéralisation/mondialisation (sans profane-je ces termes sans en connaître vraiment le sens) d’internet amène à une augmentation surprenante (mais prévisible) des litiges sur les noms de domaines (cybersquat): 2156 en 2007, au lieu de 1497 en 2005 (+ 44%).

Je doute cependant que régler un problème par un autre soit la solution la plus efficace et la plus intelligente. En effet, ces nouvelles mesures, même si elles ont toutefois quelques point attrayants, nécessiteront des moyens largement supérieurs à ceux déployés actuellement par l’ICANN. Mettre en place les moyens adéquats en quelques mois, cela semble relevé du treizième travail d’Hercule… De plus, croyant sincèrement en la pureté de l’ICANN, j’imagine qu’aucune tractation n’a déjà été engagée en coulisse (à ceux que ma prose fatigue: c’est ironique)… Bref, ce que je crains le plus, c’est que l’argent n’est plus trop excentré de ce type de “révolution”, et qu’il y aura des mécontents, des insatisfaits et des laissé-pour-compte, et que ce seront toujours les mêmes… Sans parler du phishing contre lequel la plupart des navigateurs commence à parvenir à lutter correctement, et là, c’est une deuxième naissance que nous lui offrons…

PS: L’analyse reste personnelle et béotienne, je ne suis ni économiste, ni quoique ce soit qui me donne le droit d’avoir un avis pertinent, mais je lis la presse et j’arrive encore à m’en indigner, quelque fois…

Sources:

++


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