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La salsa des cuba libre

Publié le 10 février 2009 par Christinacarrucci
Je suis assise seule à la terrasse panoramique de ce bar du port de l'île des Saintes au large de la Guadeloupe. Le soleil en chute libre me rend écrevisse.

Un sourire mi-carnassier mi-hilare me sert mon quatrième cuba libre. Je saisis au vol le clin d'oeil goguenard que le garçon lance à son collègue. Ils me connaissent mal. Je tiens la distance, surtout à l'autre bout du monde.

Véronique Sanson a remplacé la série de zouk. Mon esprit largue ses amarres. Imperceptiblement. Inexorablement. Je suis ici et ailleurs. Le temps s'estompe puis tire sa révérence sous les assauts de sa maîtresse, l'imagination. Elle me prend la main, le coeur, l'esprit, le corps entier. Je flotte. Comme les glaçons dans mon cocktail. Je tends maladroitement le bras gauche pour sauver le soleil de la noyade. Peine perdue. Plouf. J'en pouffe. Peu discrètement. Mais qu'importe ces ombres fantomatiques, pourvu que l'ivresse de l'aventure fasse danser mon esprit !
Je suis bien. La vie m'enivre. Elle chatoie de mille feux. Tout tourne autour de moi. Tout sarabande. La lune est monstrueuse. L'alizé me caresse. Le plaisir m'inonde. Les secrets de l'univers se dévoilent. Impudiques. Ils me tutoient et je les écoute avec un sourire de contentement.
Je crois vaguement me souvenir de l'heure du dernier bateau pour rejoindre la Guadeloupe et le centre UCPA où je séjourne pour un stage de randonnée. La raison vacille avec le cinquième cuba libre. Le bateau attendra sûrement. Il n'aura qu'à lire dans mes pensées et faire lui aussi le plein.
Ma vie métropolitaine se dilue dans le rhum de mon cocktail pour ressortir vêtue de foulards bariolés. Le gris a définitivement pris les voiles, chassé par les vents tropicaux. J'ai l'impression d'être le corsaire de ma vie. Je suis tellement barrée que j'en prends la barre à la barbare. L'instinct me gouverne. La passion me dirige. La réalité s'est travestie. Qu'importe, pourvu que mon cuba libre continue sa danse.
Je l'entend à peine, la sirène prétentieuse du bateau. Je le vois vaguement quitter le ponton. Je crois même que mon sixième verre se soulève pour trinquer en son honneur. Baudelaire et Rimbaud viennent me tenir compagnie. On refait le monde. Les vers virevoltent avec les verres. Miles Davis a remplacé Véronique, probablement partie se rincer le gosier. La nuit s'installe. Tout est possible.

J'allonge les jambes sur la chaise d'en face. Mes paupières se font des clins d'oeil de plus en plus appuyés. J'éprouve moins de facilité à répondre aux bruits qui sortent des bouches qui titubent autour de moi. Les lampadaires du ponton viennent tout juste de commencer à danser la salsa. Ils s'allument les uns les autres. Certains semblent même vouloir s'approcher de moi. A coup sûr, ils vont m'inviter. La nuit sera magique. C'est mon dessous de verre qui me l'a confié. En m'intimant de ne surtout pas le répéter. Quel idiot, celui-là, puisque tout le monde sait qu'une nuit sous les tropiques est toujours magique !

D'ailleurs, il est où, le garçon ? Mon verre vide cherche sa moitié pour prolonger cette salsa des cuba libre. Rhum et coca, siouplé !
La suite fut moins glorieuse, mais cette soirée est gravée à jamais dans ma mémoire...

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