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Le président prend des mesures

Publié le 19 février 2009 par H16

La cocaïne, ça donne la pêche. Cependant, lorsqu'on est accro, on doit vite trouver un défouloir pour dépenser toute cette énergie nerveuse. Certains font des sprints répétés, d'autres le tour du périph' à bord de leur 2CV twin-injection tuné, la musique à fond, d'autres passent en revue chaque position du kama-sutra, un œil rivé sur le chronomètre. Certain, cependant, cumule ces trois occupations avec, en plus, l'organisation intempestive de réunions dînatoires, où la fine fleur de l'intelligentsia syndicaliste pourra grignoter des repas succulents au frais de la princesse. Et pour l'excuse, ce ne sera pas la coke, ce sera le crack krach.

Eh oui : le spumescent président français a, une nouvelle fois, décidé de faire parler de lui, d'agiter les coursives de l'Élysée, d'alourdir violemment le bilan carbone des pique-assiettes habituels "partenaires sociaux" en les faisant venir à une rencontre puis en donnant une allocution télévisuelle au sujet de la criiiiise.
Notons au passage que l'allocution aura été torchée en une dizaine de minutes. La criiiiise, c'est important, mais il ne faut pas louper le film du soir sur France 2. Et puis, 10 minutes, c'est largement suffisant pour lire la note de service que le chef de l'Etat adresse en passant aux collaborateurs citoyens. La prochaine étape sera probablement de présenter dans une notule du journal interne de l'Elysée les principales réformes engagées pour la nation. L'intendance suivra.
Dans ce rapide compte-rendu synthétique de réunion, le chef de l'État a estimé, en toute objectivité, que ses propositions constituent le "seul chemin qui vaille : celui de l'effort, de la justice, du refus de la facilité". J'entends que certains, adepte du Business Bingo, crient déjà "Foutaises !" alors que l'adresse du président à la Nation vient à peine de commencer. Allons. Un peu de sérieux.
Certes, ce "seul chemin qui vaille" est, effectivement, de la moquerie de visage de chez Demaerd Farces & Attrapes. Mais accordons quelques secondes supplémentaires à notre Obamini.
Tout d'abord, petits calculs : le montant total de la performance artistique de ce mercredi se monte donc à 2,65 milliards d'euros ; pour rappel, cela fait ½ Kerviel, 0.053 Madoff, 0.003 Paulson. D'un côté, cela fait petit zizi. De l'autre, on est rassuré : nous avions l'habitude de lire des dizaines ou des centaines accolées à des milliards. On se blase et on oublie l'importance des montants en jeu...
Ensuite, passons en revue les points principaux qui se dégagent de toute cette agitation. On en retire globalement quatre chapitres.


Sarkozy présente son plan de relance. Il y a du travail.
Chapitre I : L'action, c'est parler.
Et pour parler, ça parle. En gros, on a droit à ça :

  • La "formation professionnelle sera mobilisée" pour "prévenir l'activité partielle ou l'accompagner" : pas vague, hein. J'ai toujours trouvé étrange de mobiliser des concepts, avec, allez savoir, un appel au clairon, au petit matin. On imagine ensuite, dans les brumes froides d'une aube de février 2009, les bataillons de formation professionnelle montant à l'assaut de l'activité partielle, le couteau entre les dents.... Les dents de la formation, oui. Suivez, quoi.
  • Concernant les jeunes, Wauquiez et le Haut-Commissaire Aux Solidarités Actives, A La Pauvreté Et A La Jeunesse (HCASAALPEALJ) Martin Hirsch sont chargés de "développer des efforts ciblés de formations pour ceux qui sont sans qualification" - gosh ! je vois d'ici nos deux apôtres gouvernementaux, en bras de chemise, suer sur les efforts ciblés - et de "multiplier les formations en alternance, en particulier le contrat de professionnalisation". Ici, l'image christique n'est pas loin. Là où Il multipliait les pains, Martin et Laurent vont multiplier les "formations". Ça en jette. Entre les titres ronflants de prétention et la tournure de la phrase, on sent qu'il va surtout y avoir une multiplication des usines à gaz, des subventions dans le domaine de la formitude, du formement et des formisations. En bref, un grand brassage d'air citoyen.
  • Pour plus de justice, on a décidé de ne pas laisser moisir Jean-Philippe Cotis, ex-directeur de l'Insee. Ça va lui permettre de soulager ses vieux rhumatismes qu'une placardisation trop rapide avait déclenchés. Et puis, il faut renouveler l'air qu'il respire, il commençait à s'étioler, je suppose. Il se voit donc confier une "mission d'analyse et de concertation sur le sujet". On regrette qu'il n'ait pas été nommé Haut Commissaire A L'Etude De La Justice Sociale Et Au Partage De La Valeur Ajoutée. Laurent et Martin auraient multiplié, Jean-Philippe aurait partagé, le tableau aurait été grandiose. Et puis, ça aurait fait bisquer Hirsch.
  • La création d'un "comité d'évaluation et de suivi de la crise et des politiques économiques et sociales". Je vous assure que c'est bien le titre complet. Quelques questions : qui va-t-on dépoussiérer pour diriger ce nouveau bidule ? A quoi peut-il bien servir ? Quelle sera la couleur du rapport qui sera produit ? Livre blanc ? Cahier bleu ? Classeur Rouge ? De palpitantes aventures nous attendent.


Chapitre II : La Banque, c'est l'Etat
Dans ce chapitre, on découvre que l'Etat peut décider unilatéralement d'aller fouiller invasivement les parties arrières des banques.

  • GastonChristine Lagarde va demander aux banquiers de "moduler les échéances des salariés en activité partielle" pour le remboursement de leurs éventuels emprunts immobiliers : en effet, les contrats bilatéraux entre adultes consentants, c'est de la crotte. Il faut que Maman-Etat intervienne. Le calcul est, je suppose, qu'un débiteur mort paye moins qu'un débiteur mourant. Sauf qu'à ce petit jeu, le créancier risque lui aussi de claboter en attendant les débiteurs. Ah, non, j'oubliais : l'Etat-Maman va aussi venir border les créanciers avec l'argent du contribuable. Qui est très souvent débiteur. On sent ici toute la solidité de l'édifice.
  • Les dirigeants des banques qui bénéficient d'aides publiques sont "appelés à renoncer à leur rémunération variable". Voilà qui est couillu et qui, dans ce pays où tout ce qui est couillu est très vite oublié, ne sera suivi d'aucun effet. Et puis tiens, tant que j'y suis, moi, je demande que les dirigeants d'état et de gouvernement de pays en déficit abyssaux et qui creusent la dette renoncent à leurs émoluments. Après tout, c'est une mesure d'exemplarité ! Sarkozy, zou, au pain sec ! Après tout, ce n'est pas normal qu'en bas de l'échelle, on souffre, et qu'en haut, alors qu'on a des responsabilités éminentes, rien ne change.


Chapitre III : L'État, c'est la Banque
... Où l'on découvre que finalement, les soussous, y'en a :

  • Une prime exceptionnelle de 500 euros sera versée à "tous les salariés pouvant justifier" de deux à quatre mois de travail et qui n'ont pas droit à une indemnisation de l'UNEDIC. Chouette, des sous. Ça tombe bien, il y en a plein les caisses du Trésor. Si si, c'est Nicolas qui vous le dit.
  • Une prime supplémentaire de 150 euros est prévue pour les 3 millions de familles ayant des enfants scolarisés : chouette, encore des sous ! Je ne savais pas l'Etat si riche, surtout en cette période de crise. Mais puisque c'est Nicolas qui le dit, hein ...
  • Attribution de "bons d'achat de services à la personne", pour une valeur de 200 euros, à plus d'un million de personnes ou foyers selon conditions. Chouette, toujours des sous ! Vraiment, l'État semble nager dans le pognon qui arrive, en temps de crise, à gros bouillons vivifiants. Et comme Nicolas nous le dit, moi, je dis banco foutaises bingo !


Chapitre IV : L'entreprise, c'est les Syndicats
Et puis bon, l'entreprise et ses propriétaires, c'est un concept. Mieux, c'est une méta-donnée de la crise, un bout de gras plus ou moins inutile dans le biotope naturel de l'état et des syndicalistes :

  • Lorsqu'une aide directe est attribuée à une entreprise, elle fera "immédiatement l'objet d'une information-consultation du comité d'entreprise", ce qui veut dire que les syndicats hautement représentatifs viendront un peu plus fourrer leur nez dans une gestion d'entreprise à laquelle ils n'entendent rien. Et puis, la mesure est indispensable, parce que, comme chacun sait, distribuer des aides, c'est facile : deux ou trois petits coups de fil au Trésor, et hop, dans la besace les bonnes aides. Dès lors, au moment où le bon argent frais du contribuable arrive par palettes entières, il faut immédiatement savoir comment répartir équitablement le gâteau citoyen. SLuRp.
  • Un "fonds d'investissement social" , réclamé par les syndicats. Eh oui : les syndicats, évidemment représentatifs d'une très grande portion des électeurs et des contribuables, ont un mandat pour intervenir sur le budget de l'état. Si si. Et en plus, on assignera à ce fonds un objectif limpide : "coordonner les efforts en matière d'emploi et consolider différentes sources de financement". Pour le quidam moyen, c'est une nouvelle couche épaisse de transparence et de clarté ajoutée aux nombreux organismes aux objectifs eux aussi affûtés comme du beurre chaud, déjà présents pour gérer tout le fourbi social dont la France regorge.


Avec un tel florilège d'"actions" à la pertinence évidente, pas de doute, la Fraônce va vite se relever et gambader comme un cabri.
Je vous l'avais bien dit : ce pays est foutu, mais qu'est-ce qu'on rigole !


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