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Secteurs de l'économie informationnelle de la recherche

Publié le 23 février 2009 par Pierre Mounier

Lisant un document de travaillant préfigurant un projet de digital humanities, j'y note l'opposition que font ses auteurs entre données primaires, données secondaires et données éphémères. Les données primaires sont les sources de la recherche : archives, enquêtes orales, relevés de fouilles archéologiques, enquêtes statistiques, systèmes d'information géographiques, etc. Les données secondaires sont les publications : articles, ouvrages, chapitres. Les données "éphémères" sont les actualités et les carnets de recherches. Il me semble que cette vision révèle notre difficulté à penser le travail scientifique comme un tout. On mesure, bien entendu, la noblesse de la publication, et la confusion dans laquelle se situe, dans nos représentations, l'infra.

Pourtant, les données d'actualité scientifique (représentées en SHS par Calenda, Fabula, Liens-socio, notamment) sont fondamentales pour comprendre le présent d'une discipline. Elles sont encore plus importantes pour comprendre et distinguer son histoire, ses errances, ses dynamiques, ses fractures.

Il me semble également que les carnets de recherches, ces témoins de la recherche en train de se faire, sont fondamentaux, non seulement en tant que traces utiles à l'histoire des sciences, mais aussi, et surtout, comme dispositif heuristique, puisant sa fertilité dans un certain nombre de caractéristiques croisant celles des solutions existant dans le monde analogique et propriétés nouvelles, favorisées par la mise en réseau [1].

L'approche binaire gagnerait à se transformer en approche tertiaire. Par exemple :

1. données primaires : le corpus de matière première utilisés par les chercheurs.

2. données secondaires : le premier jus de ces données, la science en train de se faire, actualités, hypothèses, carnets de recherches, séminaires, discussions privées à l'intérieur des comités de sélection divers et variés, listes de discussions. Il me semble qu'entrent également ici la littérature grise, d'une part, et les archives ouvertes, d'autre part. On comprend bien qu'il ne s'agit nullement de données éphémères. Il semble évident que, pour l'instant, cette catégorie reste encore faiblement structuré, et qu'il faudra y travailler. J'imagine que les épistémologues et les historiens des sciences pourront apporter leurs éclairages.

3. données tertiaires : les publications, sélectionnées, éditées et composées.

Cette approche en trois temps donne à voir un pan entier de la recherche, qui ne se résume pas à une opposition entre matériau collecté et publication. Elle a un autre avantage : elle reprend la notion primaire / secondaire / tertiaire relative aux trois secteurs de l'économie. La terre, l'industrie, les services.

Qu'en pensez-vous ? Faut-il adopter une approche quaternaire, permettant de dissocier les données secondaires en deux ensembles ? Les effets de boucle d'enrichissement entre les secteurs ne sont-ils pas minorés par une telle approche ? Bref, il manque flux et processus...


[1] Lire sur ce sujet, ce qu'en écrit Antoine Blanchard, membre du Conseil scientifique d'Hypothèses :

-
Science en train de se faire ou science inachevée ?
-
Ce que le blog apporte à la science

Crédits photographiques : "Mon Oeil", licence CC, http://flickr.com/photos/claveirole/537701278/.

Légende : "Au milieu XVIIIe siècle, le comte de Buffon, illustre naturaliste français, fit fabriquer par un artisant un miroir à foyer variable. Il était composé de 16 miroirs plans mobiles . A l'aide de miroirs plans bien orientés, Buffon est parvenu à enflammer des substances combustibles au moyen de la chaleur solaire, à une distance de 67 m environ."


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