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Crises économiques, crises sociales, crises écologiques

Publié le 17 février 2009 par Pierre

association-4d2Que faire face à la crise économique actuelle ? Sauver le système ou changer de système ? Traiter la crise économique plutôt que la crise écologique ? Ou les deux en même temps ? Les interrogations sont multiples, et le flou, énorme. Le gouvernement, qui devrait logiquement avoir une vision des choses pour gouverner, n’en a aucune : en témoigne la succession Grenelle de l’Environnement (esquisse d’un nouveau modèle de production et de consommation) / Plan de relance (plan de relance extrêmement classique, sans aucune considération ou exigence écologique).

Pour éclairer le débat, l’association 4D avait organisé lundi 9 février une table ronde autour du thème « crise économique, crise écologique : du Grenelle au plan de relance, quelle cohérence ? ». Alain Lipietz, Gus Massiah (président du CRID), Robert Lion (président de Greenpeace France) ou encore Philippe Frémeaux (directeur de la revue Alternatives Economiques) étaient invités. Dans le public, on a entendu s’exprimer Guy Cochet, Denis Baupin, Pierre Radanne.

 Premier constat partagé, la crise est systémique : les multiples crises récentes (bulle internet en 2001, crise des subprimes, crise alimentaire, crise écologique, crise de la santé / environnement / alimentation) ne sont que différentes manifestations du même effondrement d’un système (R. Lion).

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Dommage que cette idée soit un peu présentée comme un postulat de départ qui n’a même pas besoin d’être explicité tant il est évident. Devant la complexité des phénomènes évoqués, on aimerait avoir plus de clés pour comprendre. On ne pourra se contenter de l’argument d’Alain Lipietz, qui explique très naturellement que la crise actuelle est au départ une crise écologique : la hausse des coûts du carburant et de l’alimentation aurait précipité l’insolvabilité des ménages américains endettés, d’où la crise des subprimes, etc.

 Le parallèle est ensuite fait entre la crise des années 30 et la crise actuelle. Très vite, on évoque la tentation autoritaire qui pourrait surgir pour apporter des réponses rapides à des problèmes jugés insolubles par la voie démocratique.

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Mais on pointe aussitôt deux différences fondamentales avec les années 30 : 1. On était sorti de cette crise par la consommation (New Deal, puis effort de guerre), mais aujourd’hui il est évident que la crise écologique remet fondamentalement en cause ce type de relance classique ; 2. Le système économique étant mondialisé, il est par conséquent beaucoup plus fragile, et les solutions devront être coordonnées au niveau international.

Il apparaît évident que la situation semble bien plus complexe à surmonter aujourd’hui… et la tentation autoritaire d’autant plus inquiétante (en témoignent les récentes manifestations xénophobes au Royaume Uni).

 On note évidemment que, la critique étant plus facile que la proposition, les participants ont parfois du mal à proposer des solutions concrètes pour sortir de la crise actuelle. Tout de même, deux pistes intéressantes :

  • Toute relance économique n’est pas forcément contradictoire avec les enjeux écologiques: les activités «propres» sont très intensives en main d’œuvre (agriculture biologique, isolation des bâtiments, construction et entretien de transports collectifs…), et amèneront des créations d’emplois bien supérieures à celles générées par leurs équivalentes classiques ;
  • L’étranglement financier des collectivités n’est pas une fatalité: il faut inventer de nouvelles règles de régulation des investissements dans les équipements, permettant de «récompenser» les collectivités qui investissent dans les biens collectifs (au lieu de les pénaliser par de la dette). De même, la mise en place au niveau international de mécanismes de rémunération de la non-destruction d’un bien commun (la forêt tropicale, par exemple) permettrait de modifier radicalement les comportements des Etats et des acteurs économiques. Ainsi, tout n’est pas qu’affaire de milliards à investir, mais aussi, très simplement, de règles comptables à revoir.

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De ce débat riche et foisonnant, retenons aussi quelques discordances pas si négligeables que ça, qui montrent que, malgré leur proximité idéologique, tous les intervenants n’étaient pas toujours d’accord sur les solutions de sortie de crise :

  • - Demain, faudra-t-il fatalement partager des ressources naturelles moins abondantes, donc assumer une «décroissance choisie» (Y. Cochet), ou bien plutôt produire différemment et faire porter les efforts de sobriété sur ceux qui polluent le plus (A. Lipietz)?
  • Faut-il imposer une mutation rapide de nos sociétés, et notamment de l’appareil industriel (comme l’effort de guerre imposé en quelques mois à l’industrie américaine en 1942) (A. Lipietz) ou bien admettre que la crise actuelle s’inscrit dans le temps long des mutations des sociétés et des systèmes, et que vouloir hâter la sortie de crise est une illusion qui peut rapidement conduire à la dictature (G. Massiah)?
  • Le salut viendra-t-il des initiatives locales, des territoires de proximité, par opposition aux paralysies des Etats et à leurs possibles dérives autoritaires (opinion majoritaire des intervenants), ou cette posture est-elle la conséquence de trente ans de néo-libéralisme, qui ont insidieusement inscrit dans nos schémas de pensée l’équation «Etat = autoritarisme et inefficacité» (Lipietz)?

Bref, évidemment pas de réponses à toutes ces questions, mais de passionnants débats que l’on aimerait entendre plus souvent !


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