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Sarkozy débordé par la crise sociale

Publié le 18 février 2009 par Juan
Sarkozy débordé par la crise socialePour la seconde fois ce mois-ci, Nicolas Sarkozy est intervenu à la télévision. Une grosse dizaine de minutes pour tenter de masquer l'irréparable : le chef de l'Etat est débordé par la crise sociale. Idéologiquement, politiquement, sociologiquement. Il a dû céder sur le fonds, mais à aucun moment, il n'a voulu reconnaître sa défaite.
Il est 20 heures ...
Sarkozy apparaît à l'écran, costume sombre, chemise blanche, cravate noire. Qui enterre-t-on ce soir ? Il lâche un soupir avant de démarrer son allocution: "nous sommes au milieu de la crise." Visiblement, il a des informations que nous n'avons pas. Sarkozy s'abrite derrière une belle excuse, "la France résiste plutôt mieux qu'ailleurs". Il omet de dire qu'il n'a pas eu le temps de détruire, en 19 mois de présidence, tous les filets qui nous protègent encore. Pendant quelques minutes à peine, Sarkozy tente de faire oublier sa capitulation. Il récuse toute "politique de facilité" et pense à "nos p'tites entreprises". Pourquoi faut-il que l'ex-maire de Neuilly avale ses syllabes pour faire "populo" ? Quelques minutes plus tard, il lâche sa première contradiction, en parlant de cette "crise mondiale dont personne ne peut prévoir jusqu'à quand elle durera". On croyait en être à la moitié...
Exercice difficile pour celui qui voulait botter les fesses des fainéants et remettre la France au travail, il a dû lâcher. Le voici qui égrène ses mesures sociales et parle de "l'esprit de justice".
Sarkozy cède...
Le chef de l'Etat chiffre donc ses mesures à 2,6 milliards d'euros. Près de deux fois plus que le Revenu de Solidarité Active de Martin Hirsch. A peine un tiers du soutien quasi-bancaire accordé à Renault et PSA, la veille de l'annonce par ce dernier de 6 à 7 000 suppressions de postes en France cette année...
Nicolas Sarkozy s'est mis en première ligne. Point de fusible. Par ses annonces, il court-circuite tantôt le Parlement, tantôt les partenaires sociaux, tantôt le gouvernement. Faut-il que le roi soit nu... ou narcissique !
  • Sarkozy remplace le Parlement, quand il décide la suppression des deux tiers restants de l'impôt sur le revenu restant à acquitter pour 4 millions de foyers fiscaux imposables dans la première tranche d'imposition. La belle annonce ! La justice fiscale de ce pays repose (principalement) sur la progressivité de l'impôt sur le revenu. Sarkozy aurait pu décider une baisse de la TVA ciblée sur les biens vitaux, comme la nourriture ou le chauffage.
  • Sarkozy remplace encore le Parlement quand il promet que les syndicats seront désormais associés aux contrôles des aides publiques aux entreprises en difficultés.
  • Sarkozy remplace son gouvernement quand il annonce le versement d'une prime exceptionnelle de 500 euros à tous les chômeurs ayant travaillé seulement deux mois, et d'une prime de 150 euros pour les 3 millions de familles bénéficiant de l'allocation de rentrée scolaire; ou l'octroi de bons d'achat pour 200 euros de services à la personne pour 1,3 millions de ménages modestes (bénéficiaires d'aide à domicile, chômeurs retrouvant un emploi, etc); ou la création d'un obscur fonds d'investissement social doté jusqu'à 3 milliards d'euros pour financer des actions d'"emploi et de formation" pour les salariés en difficulté.
  • Sarkozy remplace les partenaires sociaux quand il décide de porter à 75% du salaire brut l'indemnisation des salariés au chômage partiel.
  • Sarkozy a enfin eu la"révélation", celle de l'"esprit de justice", 5 mois après avoir distribué ou garanti des centaines de milliards d'euros à tout ce compte le pays de grandes entreprises en difficulté... Les dirigeants de sociétés bénéficiant de soutien public devront renoncer à leur bonus et s'engager à former et recruter... Amen !
Le président botte cependant en touche sur certains sujets qui fâchent : il joue au gauchiste en déclarant qu'une "partie" des "50 milliards d'euros de dividendes des entreprises du CAC 40" pour 2008 doit revenir aux salariés. Et il demande aux partenaires sociaux d'en discuter, sinon,"l'Etat prendra ses responsabilités", sans préciser lesquelles.
"La justice, ce doit être une priorité en ce moment". Une vraie révélation... non ?
7 minutes se sont écoulées, NS n'a pas parlé de la Guadeloupe
... mais masque.
Le président préfère recouvrir ces mesures, si contraires à son programme, d'un traditionnel vernis de campagne : il pense "à ceux qui travaillent dur pour faire vivre leurs familles" ; il ajoute qu'"il faut continuer à revaloriser le travail". Il clame encore que remettre "la valeur travail au cœur de notre économie est une nécessité". Le voici même qui rappelle et menace : "les réformes doivent continuer", et notamment celles de l'hôpital, des lycées, des universités, de la formation professionnelle. Pire, l'Etat est "devenu trop lourd". Tel un fauve blessé, il crie encore qu'il nous propose "le seul chemin qui vaille", "celui de l'effort, de la justice, du refus de la facilité."
La messe est dite. Sarkozy est le Chirac autiste de décembre 1995.
Il est bientôt 20h10, Nicolas Sarkozy n'a pas parlé de la Guadeloupe. C'est normal, "aujourd'hui c'était ma réponse" aux inquiétudes sociales, prévient-il. Les Antilles, c'est demain. Jusqu'au bout, il veut montrer qu'il maitrise l'agenda, qu'on ne lui impose rien. Les Antillais attendront bien 24 heures de plus.
La crise économique a donc sonné le glas du programme présidentiel idéologique. Élu sur le thème fameux "travailler plus pour gagner plus", Nicolas Sarkozy avait déjà battu retraite il y a un an, un jour de janvier 2008 quand il avouait devant des journalistes souriants que "les caisses étaient vides". Il y a 5 mois, quasiment jour pour jour, la banque Lehman Brothers disparaissait. On a attendu Nicolas Sarkozy 10 jours durant, avant qu'il ne réagisse à Toulon fin septembre. Le monarque était tétanisé par une crise qu'il le dépasse et qu'il a aggravé. Depuis 5 mois, il résiste. Il avait fait la réponse traditionnelle de la droite face à la crise : il faut sauver les entreprises pour sauver vos emplois. C'était "le plan de relance par l'investissement". Mercredi 18 février, il a cédé. Il a dû jouer "social" et mettre un genou à terre.
Un genou seulement.
Lire aussi:
  • le dossier de presse de l'Elysée sur la rencontre du 18 février (Elysee.fr)
  • Sarkozy face à la crise: impuissance ou inconscience ? (Sylvain Lapoix, Marianne2)
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