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XV de France : un autre exemple de cause désespérée

Publié le 26 février 2009 par Pierre Salviac

Nouvelle Zélande 79 (La première victoire du XV de France chez les Blacks)

“QUAND ON COMMENCE UNE HISTOIRE IL FAUT LA FINIR” Jean Pierre RIVES, capitaine du XV de France.

Nouvelle Zélande-France 24-19 (2ème test) Auckland, le 14 juillet 1979.

Le premier test une semaine plus tôt dans la très victorienne Christchurch est une humiliation pour les français. Battus 9/23, ils laissent la fâcheuse impression d’une défaite par abandon. Colomine, Haget, Béguerie ne font pas oublier Cholley, Palmié et Bastiat. Et l’essai de 70m attendu comme le Mesny est loin de faire oublier la mauvaise impression d’une partie jouée à reculons. Le moral est en berne dans la camp français. Certains joueurs ont déjà l’esprit en France où les attendent des vacances au soleil. Et comme si cette inquiétante démobilisation n’est pas suffisante, l’équipe du mercredi perd le match du milieu de semaine à Invercargill, la ville de rugby géographiquement la plus éloignée de la France sur le globe terrestre. Ce laisser-aller met le Blond dans une colère noire. "Quand on commence une histoire il faut la finir" rappelle à ses troupes capitaine Rives qui lance en forme de défit : "Il ne reste plus qu’à gagner le deuxième test !" Tu parles. Face à des All Blacks qui restent sur leur premier Grand Chelem de tous les temps contre les Iles Britanniques lors de la Tournée d’automne dans l’hémisphère nord, c’est demander l’impossible aux français. L’équipe formée pour ce deuxième test est faite de bric et de broc. Dintrans débute au talonnage. Paparemborde se dévoue à gauche pour aider Dubroca qui honore sa première sélection en pilier droit. En deuxième ligne Haget et Maleig en sont à leur deuxième match ensemble. A cause d’une plaie à la main qui s’est infectée, Béguerie déclare forfait à la dernière minute. C’est finalement Salas, mi-pilier, mi-second latte qui est retenu en 8. Il apprend sa titularisation à 11 heures 30 le matin du match. N’étant pas dans le groupe des sélectionnés pour ce second test, il vient de passer une nuit blanche à fêter avec les "costume-cravate" la fin de tournée. Et n’ose pas le dire. "C’est le Bounty. Et nous sommes les révoltés" annonce Capitaine Flamme à la presse. Avec cette équipe de fortune Rives se met en tête de prendre la Bastille ce 14 juillet à l’Eden Park d’Auckland, où les Blacks alignent les quinze titulaires du premier test. Ce deuxième test, joué à guichets fermés, est arbitré par un vert, l’irlandais Monsieur West qui parle bien le français. En ce jour de "Bastille Day", comme on dit à Auckland, il ne pleut pas mais la pelouse est un peu glissante. Certains supporters français se risquent au jeu des pronostics. Un dollar par point de différence avec une côte à 5 contre 1. Quelques fans néo-zélandais arrogants font un tour de stade en exhibant une guillotine.

C’est la France qui ouvre le score. But réussi par Aguirre à la dixième minute pour une faute de Haden en touche, 3/0. Sur pénalité, l’arrière Bev Wilson égalise à la dix neuvième minute, 3/3. Puis les Blacks prennent l’avantage grâce à un essai de l’ailier Stu Wilson sur passe de son homonyme Bev Wilson, 3/7. Passe en avant croit voir Couderc qui commente ce match pour la télévision. L’essai est malgré tout mais on ne sent pas de stress dans le camp français, Comme si ce jour de fête nationale donnait des certitudes même à l’autre bout du monde. Joinel prend une balle en fond de touche. Cette conquête déclenche une attaque française. Aguirre intercalé prend les premiers défenseurs néo-zélandais de vitesse. Il ne voit pas Coste en soutien qui appelle la balle. Une belle occasion de perdue.C’est Gallion, revenu en grâce après avoir perdu sa place de titulaire au profit de Lafarge lors du premier test, qui déclenche le feu d’artifice attendu à la trente cinquième mi-temps. A la sortie d’une mêlée pour les Blacks il tombe sur le râble de son vis à vis Donaldson qui perd le contrôle du ballon. Ce Gallion en révolte est encore là pour contrer un dégagement de Taylor. Rebond favorable, drible, et Gallion encore pour marquer l’essai qui égalise pour la France, 7/7. Quand la tentative de transformation est renvoyée par le poteau après un but raté une minute avant, et les deux tentatives de drop ratées par Caussade l’impression prévaut que ce n’est pas le jour des buteurs. Si ce n’est pas au pied, c’est à la main que les français mettent le feu au stade. Rives fait avorter une offensive néo-zélandaise et Codorniou contre-attaque. Il trouve Mesny en soutien qui croise avec Coste. En position d’ailier Aguirre hérite du ballon et tape à suivre vers l’en-but où se précipite Caussade, qui capte la balle sous le nez de Knight, le dernier défenseur All Black. Deuxième essai pour la France qui mène 11/7. C’est le score à la mi-temps.

Reprise du match. Une faute de Joinel offre une pénalité aux néo-zélandais qui reviennent à 11/10. Encore une percée de Codornbiou, décidément intenable, qui affole la défense All Black. Caussade au relais qui oublie Joinel à l’extérieur mais choisit de croiser avec Averous. Celui-ci s’arrache au placage du dernier défenseur pour marquer un troisième essai,15/10. Et ce n’est pas fini ! Sur une touche courte, Maleig capte la balle qui parvient à Caussade. Tentative de drop qui passe, 18/10. Maintenant les Blacks sont obligés de marquer deux fois. Cinquante neuvième minute, coup de tête à la Zidane de Codorniou sur Robertson qui laisse tomber la balle. Mesny botte à suivre. Averous récupère et relance. A l’intérieur, il trouve Caussade qui accélère. Et Codorniou, au départ de l’action, qui se trouve en soutien pour le bouquet final. C’est le quatirème essai de l’équipe de France que transforme Caussade, 24/10. Touchés dans leur orgueil, les Blacks se mettent en tête de remonter leur handicap. Mais il reste moins de vingt minutes à jouer. Soixante deuxième minute, sous les sifflets de dépit du public de l’Eden Park, Bev Wilson réussit un but qui amorce la remontée, 24/13. Quatre vingtième minute, superbe percée de Taylor. Et le capitaine Mourie en relais qui s’affale dans l’en-but français pour marquer un essai que transforme Bev Wilson, 24/19. La moitié du chemin est fait pour les Blacks dans le rôle du lièvre courant après la tortue. Mais on vient d’entrer dans le temps additionnel et le temps presse. Dans le camp des Bleus ce n’est pas la sérénité. Avec seulement 5 points d’avance on commence à broyer des idées noires. Robertson tente un quitte ou double. Il réussit une percée dans la défense française devenue fébrile, ajuste un coup de pied à suivre qui lobe Aguirre le dernier défenseur. Stu Wilson déboule de son aile dans l’en-but français. Va-t-il capter la balle ??? Non, car venu du Diable vaut-vert surgit Coste qui s’empare du ballon et balance à la sauve qui peut un grand coup de pied en touche. C’est le moment que choisit monsieur West pour siffler la fin du match. Sur l’air de la Marseillaise, Couderc conclue son commentaire en annonçant la première victoire française en test-match sur le sol néo-zélandais. Les "nouveaux révoltés du Bounty" entrent dans l’histoire. De retour au vestiaire il reçoivent la visite de Mourie le capitaine vaincu, le maillot de Rives sur les épaules, qui les félicite avec beaucoup d’élégance. Quand il s’efface, laissant les français à leur grand bonheur, capitaine Rives dit à ses braves : "On les a battus partout. Au rugby et à la fierté !".

L’équipe de France

JM. Aguirre - F. Costes, P. Mesny, D. Codorniou, J.L. Averous - (o) A. Caussade, (m) J. Gallion - J.L. Joinel, P. Salas, J.P. Rives (cap) - A. Maleig, F. Haget - D. Dubroca, P. Dintrans, R. Paparemborde.

Extrait du livre : "Les Grands Moments du XV de France" par Pierre SALVIAC aux éditions du Reader’s Digest.


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