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Les banques US résistent-elles aux contes de fée ?

Publié le 02 mars 2009 par Loïc Abadie
C'est la question que semble se poser l'équipe keynésienne en place depuis plus de 25 ans aux USA (euh pardon, je voulais bien sûr dire "la nouvelle équipe Obama qui va changer la face du monde"). Elle vient de décider de « tester » la solidité des banques US à l'aide d'un « stress test », qui consiste en théorie à vérifier leurs capacités à résister aux pires conditions économiques, pour les « consolider » si nécessaire en cas de fragilité trop grande de leur bilan.
Jusqu'ici, cela partait d'une bonne intention : il semble normal que la nouvelle majorité élue aux USA contrôle la solidité de son système bancaire pour établir son programme d'action.
De savants économistes keynésiens ont donc planché sur le sujet pour nous sortir leur vision du « pire », c'est-à-dire leurs hypothèses de « stress test ». Voici ces hypothèses
- Un taux de chômage de 10,3% en 2010

- Une chute des prix immobilier restant à faire de 22%

- Une récession de 3,3% en 2009, suivie d'une quasi- stagnation à +0,5% en 2010 (donc d'une  sortie de récession  à partir de la fin 2009)
Voyons ces points plus en détail, en se basant sur ce qui s'est passé au 4ème trimestre 2008, qui est un bon indicateur de ce que pourrait être la crise en « régime de croisière » :
 
- La récession y a finalement été de 6,2% en rythme annualisé. Il n'y a aucun argument sérieux permettant de croire que ce rythme ne sera pas maintenu, voire aggravé en 2009 et ensuite. Au contraire, la situation a continué de se dégrader en janvier, avec une chute de près de 5% de la production de biens durables par rapport au mois précédent, et la poursuite de l'effondrement des ventes de véhicules, en recul de plus de 40% par rapport à la période d'avant-crise.
Les banques US résistent-elles aux contes de fée ? Les banques US résistent-elles aux contes de fée ? Au niveau international, les exportations japonaises ont chuté de plus de 45% sur un an en janvier 2009, ce qui confirme l'effondrement en cours du commerce international.
- Le taux de chômage a progressé de 2,3% sur l'année 2008, pourtant caractérisée par une récession encore légère aux USA (à l'exception du dernier trimestre). Sur les derniers mois, la hausse se fait au rythme de 0,4% / mois, soit 4,8% en rythme annualisé.
Nous en sommes actuellement à 7,6%, ce qui donnerait un taux de chômage supérieur à 12% fin 2009 et supérieur à 16% fin 2010 si les choses se maintiennent en l'état.
Quand à l'immobilier, non seulement il n'y a aucun signe d'une fin de baisse, mais la situation continue de se dégrader rapidement. Les permis de construire et les ventes de logements neufs sont au plus bas de leur histoire, depuis plus de 45 ans, alors que dans le même temps la population américaine a doublé (ce qui signifie qu'en théorie le rythme d'activité immobilière aurait du en faire autant). La demande a tout simplement disparu.
Les banques US résistent-elles aux contes de fée ? Enfin, le taux d'épargne confirme son rebond : les ménages qui en ont encore les moyens commencent à prendre peur et à faire des réserves au lieu de consommer. Là encore, c'est une excellente chose sur le long terme, qui marque  le passage à un autre système que celui de la fuite en avant. Mais à court ou moyen terme, cela signifie  moins de consommation et plus de récession.
Dans ce contexte, le « pire » imaginé par l'équipe d'Obama n'est en fait qu'un sympathique miracle qui n'a quasiment aucune chance de se réaliser...Il nous montre simplement que nos économistes keynésiens n'ont toujours rien compris à la crise en cours, et qu'ils continuent de croire que les choses vont s'arranger d'ici 6 mois ou un an.
Ceux-ci n'ont toujours pas réalisé que : 

- La bulle de crédit à l'origine de la crise sera toujours là dans un an ou dans deux ans (sauf si des états décident d'imprimer en masse de la fausse monnaie pour ne pas payer leurs dettes, ce qui aurait des conséquences encore bien pires).

- Et surtout que la psychologie des foules à ces dates aura glissé encore un peu plus vers le rejet du modèle précédent basé sur la surconsommation à crédit, pour adopter des comportements différents, basés sur un mode de vie plus frugal (le Japon montre la voie, et ce n'est qu'un petit début).
L'aversion au risque remplacera progressivement l'euphorie qui a généré la bulle de crédit, et cette tendance constitue une lame de fond qu'aucun « plan » ou « gouvernement » ne pourra changer, et fera échouer toutes les tentatives de restaurer le modèle de fuite en avant précédent. Dans les années à venir, les consommateurs ne voudront plus pour leur nouvelle voiture qu'on leur « offre » la climatisation et le dernier "pack tuning" pour 1$ ou 1€ de plus, ils demanderont une version basique qui se contente de rouler pour 10 000€ de moins. Les dirigeants et les entrepreneurs qui n'ont pas compris cette nouvelle donne continueront d'être dépassés par les évènements.
Un "stress-test" sérieux prendrait en compte les hypothèses suivantes : 

- Une récession entre le début et le point bas de la crise (largement) supérieure à 10% du PIB, par exemple 3 ans à -6% / an.

- Un taux de chômage de 15 à 20 % au point bas de la crise.

- Une baisse restant à faire sur l'immobilier d'au moins 40% pour les USA.
Nous pouvons d'ores et déjà prévoir les conclusions des « experts » sur leur stress-test paradisiaque : Ils vont « constater » que certaines banques sont un peu fragiles, et qu'il suffira de leur injecter quelques dizaines ou quelques centaines de milliards pour que tout se passe bien.
Ensuite, à l'aide de leurs modèles mathématiques (du type de ceux qui avaient démontré qu'il était statistiquement impossible d'avoir un taux de défaillance dangereux sur les prêts subprimes), de « multiplicateurs keynésiens » et autres gadgets de pilotage monétaire, ils vont prouver que leur plan de relance est parfaitement adapté à la situation et génèrera une reprise fin 2009, et que tout ira pour le mieux ensuite.
Nous pouvons aussi prévoir que d'ici quelques mois, les économistes et les décideurs découvriront qu'en raison de circonstances économiques « impossibles à prévoir », leur « stress test » n'a pas fonctionné, et qu'il faut donc en « urgence » un nouveau « stress test » et de nouveaux « plans de relance ».




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