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Cherche adventices désespérément

Publié le 03 mars 2009 par Arsobispo

Il y a près de 40 ans, des séries d’analyses sur les adventices avaient été réalisées sur plus de 150 parcelles cultivées. Elles avaient permis de déterminer le taux d’hétérogénéité de ces plantes considérées comme des « mauvaises herbes », liseron, bleuets, orlayas, coquelicots, chiendent, renoncules, achilléas, vulpins, adonis, véroniques, chardons, et autres amarantes qui s’évertuent à jouer des tours pendables aux pauvres agriculteurs, où plutôt qui s’évertuaient, car les choses ont, depuis, bien changé. En effet, les analyses de ces années 70 n’ont pas disparues. Il a donc été aisé de réaliser les mêmes études d’autant que les parcelles existent toujours, puis d’en comparer les résultats. Force est de constater que les traitements chimiques exercés pendant ces 40 années sont probants avec l’éradication de plus de la moitié des espèces d’adventices. Résultats tout bénef pour les agriculteurs qui ont ainsi augmenté le rendement de leurs terres, permettant sans doute de baisser les coûts et – pourquoi ne pas l’espérer - mettre leur production à portée des plus démunis. Ceux qui pensent que seuls les portefeuilles des propriétaires terriens en profitent sont de fieffés anarchistes. Mais ceci est une autre histoire.

Ceux qui dans l’affaire font grise mine, sont, outre les adventices elles mêmes, tous les animaux qui s’en nourrissaient. Ces plantes faisaient alors partie intégrante d’un écosystème qui réussissait à de nombreuses formes de vies. Le pollen des fleurs offrait subsistance à de nombreux insectes attirant chacun des prédateurs variés. La graine nourrissait l’oiseau, le rongeur. Toute une chaîne de vie aux formes multiples perdurait alors. Le temps a passé, lavant, sans cesse, sols et plants aux jets d’insecticides et d’engrais tout aussi toxiques. Aujourd’hui, les champs peuvent dérouler jusqu’à l’horizon un tapis uniforme, propre et… exempt de vie animale. C’est beau comme tout. Le grain sera foison, et l’ivraie, un mauvais souvenir. Le soleil éclaire de mille facettes cette conformité aux principes régissant la gestion moderne de l’entreprise, facilitant investissements, rentabilités et bonheurs des banquiers et autres administrateurs européens… Et tant mieux si les abeilles disparaissent, cela évitera quelques piqûres incommodantes et inappropriées dans ce monde sécuritaire.

Nos scientifiques n’en sont pas restés là. Cherchant à déterminer l’ampleur des impacts sur l’environnement et notamment sur les pourtours des cultures, ils ont procédé à des analyses complémentaires sur les bordures des champs, à priori préservés des traitements chimiques. Mais, même sur ces maigres bandeaux de friches naturelles, les dégâts sont vastes. Seul un tiers des espèces disparues ont pu être retrouvées. Trop maigre butin pour entretenir une variété indispensable à quelque forme de vie sauvage. Une majeure partie de la flore, et de la faune des campagnes y a donc été impitoyablement détruite, et il est peu probable, malgré les efforts de quelques irréductibles, de les voir réapparaître. Soyons réaliste et écoutons Les Technocrates de Bruxelles. Ne préconisent-ils pas de regrouper les terres, de désenclaver, de supprimer bordures, talus, chemins. Mécaniser le travail afin de rentabilité nécessite des surfaces vastes et planes. Alors qui est prêt, aujourd’hui, à se lancer dans la constitution auprès des cultures de quelques sanctuaires d’adventices, qui viendraient aussitôt « polluer »  ces champs de céréales aux épis si remarquablement semblables au maître étalon d’une industrie folle et totalitaire ?

Tiens, ce n’est pas bête ! Mais ou trouverai-je des graines variées d’adventices ?


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