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«Avis de tempête» : pendant la crise, la spéculation la plus aberrante continue !

Publié le 03 mars 2009 par Kamizole

planete-terre.1236096599.jpg«1, 2, 3… Soleil ! »… - «Vert» ? Mais ce n’est plus un inoffensif jeu de cour d’école. Spéculer sur la dégradation du climat et sur les aléas climatiques… c’est possible ! Rien n’arrête les hedge funds et les spéculateurs de tout poil… De là à penser que la pollution, l’effet de serre et toutes les catastrophes prétendues «naturelles» arrangent leurs petits calculs mortifères…

Je franchis allégrement le pas et ce d’autant que j’ai toujours pensé que l’idée même de «droits à polluer» était une invention particulièrement néfaste et pour tout dire : «pousse-au crime» ! qu’ils fissent – de surcroît – l’objet d’un «marché» ne pouvait que me conforter dans cette opinion…

Pourquoi lutter le plus efficacement possible contre la pollution à l’échelle de la planète si son maintien voire son aggravation profitent aux margoulins ?

Ils n’ont pas intérêt à ce que la planète redevienne propre !

Un “hedge fund” créé à Londres pour jouer sur le marché du carbone
LE MONDE | 06.01.09 ©
Le Monde.fr

J’avais pris bonne note de cette information lue début janviers 2009 dans Le Monde, sachant que je m’en servirais. Evidemment stupéfiant ! Ces gens-là n’ont tiré à l’évidence aucune leçon de la crise financière…

Je suis persuadée depuis longtemps que la plupart des établissements financiers responsables du désastre financier, économique et social d’une ampleur formi-dable qui touche la planète toute entière sont prêts à se précipiter dans de nouvelles folies spéculatives - comme si de rien n’était - à peine la crise serait-elle jugulée… Savoir quand est un autre problème.

«La crise financière ne signifie pas la fin de l’imagination financière : le premier fonds spéculatif (hedge fund) consacré au marché du carbone devrait être lancé à la fin du mois de janvier à Londres. L’opérateur en sera la firme CF Partners, consultante sur le marché du carbone depuis 2006. Elle espère démarrer son CF Carbon Fund avec 50 millions de dollars dont elle finalise la collecte auprès de divers investisseurs. La somme est relativement modeste, mais c’est la nature des opérations visées qui fait l’originalité de la démarche : il s’agit de jouer sur les différentes valeurs des titres existant sur le marché du carbone afin d’en tirer des bénéfices - le fonds vise une rémunération annuelle de 20 %».

Or, je lis hier deux articles fort intéressants d’E24, supplément économique de «20 minutes». Le premier a trait au même sujet et met bien en évidence la suprême et indécrottable connerie dont fait preuve la Commission européenne, Climat: l’UE mise sur le marché toujours aussi ultralibérale en diable ! et incapable d’envisager les choses autrement que par le petit bout de sa lorgnette économiste.

Je n’invente rien et je me contenterais de citer deux paragraphes significatifs de l’article :

«Les entreprises qui émettent moins de CO2 que les quotas qu’elles ont reçues peuvent vendre leur surplus à une autre entreprise qui aurait des émissions de CO2 plus importantes que son quota initialement alloué. Le marché incite donc les entreprises à investir dans la réduction de pollution afin de se situer en dessous du prix du CO2 et de vendre les quotas rendus disponibles.

Pour l’entreprise qui achète, elle achète un quota qui lui coûte moins cher que dépolluer son activité. Le marché permet de minimiser le coût global de la réduction des émissions de CO2. Il fonctionne si l’offre est courte, c’est-à-dire s’il existe une contrainte de réduction des émissions au départ. Le nombre de quotas alloués doit être inférieur aux émissions des opérateurs».

Quant au second article, il ne manque pas non plus de sel ! Le risque climatique: un nouveau produit financier… Vous imaginez bien qu’en voyant un tel titre sur la newsletter d’E24, je me suis précipitée pour en savoir plus, même si j’en subodorais approximativement ce que j’y découvrirais… Autant dire que je ne fus pas déçue du voyage !

Le premier paragraphe donne le ton : «Avant de partir en voyage à l’étranger, certaines agences de tourisme proposent d’ores et déjà une assurance “beau temps” à leurs clients en leur promettant des remboursements sonnants et trébuchants. C’est là que les «dérivés climatiques» entrent en jeu».

Dès que je lis ou entends parler de «produits financiers dérivés» j’ai envie de sortir un flingue ! A défaut (je déteste les armes) je dégaine ma légitime colère. Je n’ai d’ailleurs pas attendu le 11 septembre 2008 pour en penser tout le mal possible. J’ai cité naguère un article d’Ibrahim Warde paru… en 1994 dans le Monde diploma-tique qui ne fit que renforcer ma méfiance.

Or donc, l’article explique tout à fait clairement le mécanisme de ce nouveau produit financier, précisant - si besoin était - qu’il fonctionne exactement comme n’importe quel produit dérivé…

«C’est un contrat basé sur un sous-jacent, un actif financier (actions, obligation, cours de change, matière première…) qui donne droit à l’acheteur de ce contrat de déterminer à l’avance (marché à terme) le prix de livraison du sous-jacent quel que soit le prix réel constaté. A condition bien sûr qu’il trouve une partie contractante prête à faire le pari que le risque évolue en sens inverse. La valeur de ce droit évolue avec le prix du sous-jacent».

Mieux : «Dans ce type de produit, le sous-jacent n’est plus un actif, et c’est là toute l’originalité de ces produits. Le sous-jacent est un indicateur climatique (prévision de température, gel, risque d’ouragan…)»

Ce type de produits semble promis à un bel avenir. En effet, le nombre de secteurs et d’entreprises susceptibles d’être affectées par les aléas climatiques dépasse largement le secteur touristique qui pourrait se couvrir par une assurance classique…

Autant je conçois qu’une entreprise s’assure contre les risques de catastrophes naturelles qui peuvent la ruiner ou pour le moins compromettre de façon durable la poursuite de son activité, autant je trouve formida-blement curieux et aberrant – en même temps qu’emblématique de notre époque ! – qu’un vacancier entende se prémunir contre l’absence de soleil, ou de neige s’il part en montagne… Plus on agresse la nature, plus elle devrait être conforme aux besoins les plus futiles.

Les producteurs d’énergie devraient avoir recours massivement à ce mécanisme. Soit que leur activité ne soit pas assez rentable en cas d’hiver doux : baisse de leur chiffre d’affaire alors, nous dit l’article «qu’il ne peut augmenter ses tarifs qui sont fixés contractuellement par avance» - encore heureux ! sinon gageons qu’ils n’hésiteraient pas une minute à plumer davantage leurs clients-pigeons…

Si au contraire, l’hiver est plus rigoureux qu’attendu, ils perdraient de l’argent sur les marchés des «des dérivés climatiques» mais en gagneraient en termes d’activité supplémentaire : hausse du chiffre d’affaire.

Bref : ils voudraient être gagnants à tous les coups : en exploitant les clients ou en spéculant en bourse : c’est toujours «par ici l’oseille» !

Pour l’instant, ce marché serait encore trop étroit… notamment en l’absence «d’une norme climatique universelle permettant de créer des contrats standardisés facilitant les échanges.»

Dame Nature a intérêt à filer droit et se conformer aux attentes des spéculateurs !


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