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Merci JRR

Publié le 05 mars 2009 par Francisbf
Il est des bouquins dont l'influence sur le monde est indéniable. Parmi eux, on trouve des trucs comme la Bible, le Coran, et d'autres machins dangereux. Mais il en est un autre, dont les prosélytes sont plus pacifiques, si pas moins ardents : je veux parler non pas du Kama Sutra, mais bien du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien. Personnellement, il m'a quand même vachement plus plu que la Bible, même s'il y a nettement moins de sexe. Même que c'est le premier bouquin que je me suis promis de pas rouvrir avant un an, alors que j'avais pour habitude de relire une douzaine de fois de suite les bouquins qui me plaisaient, jusqu'à les connaître à peu près par cœur. J'avais douze ans à l'époque, alors un an, c'était l'éternité, ou pas loin.

Ça fait beaucoup d'amour, quand même, pour ce qui n'est somme toute qu'un livre. Et un livre bourré de défauts, en plus : une histoire qui met loooongtemps à démarrer, un héros de cinquante balais, des chansons ridicules et insupportables à lire (hey, ho, Tom Bombadillo), un langage pas toujours simple à comprendre, du manichéisme en veux-tu en voilà avec ses héros tous plus bourrés de qualités les uns que les autres et ses méchants super méchants sans rien pour les rattraper... Si au moins il avait voulu faire passer un message ! Mais que dalle, il le dit lui-même, il voulait juste donner un background mythologique aux langues elfiques qu'il avait créé. Autant pour les tenants d'une interprétation symbolique de la guerre mondiale, des hobbits anglais et tout ça (en plus, les grands blonds sont les gentils, ici). Mais bon, reste que J.R.R. a été bien dépassé par son œuvre, qu'il a lancé toute une littérature (hélas, dans de nombreux cas, mais wouhou pour pas mal d'autres aussi), et qu'il est responsable de tout un imaginaire qui a bien dépassé la littérature. Donjon et Dragons aurait-il existé sans Tolkien ?

Nous pouvons l'en remercier, mais personnellement, ce n'est pas pour ça que j'aime le Seigneur des Anneaux. Non, non, non.

Si j'aime le Seigneur des Anneaux, c'est pour la faculté qu'a ce bouquin de me ramener en enfance, lorsque, allongé sur le ventre sur le parquet de chêne ciré, le menton dans les coudes reposant sur le tapis en laine afghan, devant l'âtre où mijotait une bonne soupe au pois dans la marmite, tandis que dehors, la pluie battait les murs de pierre et les vitres embuées, j'étais bien content d'être au chaud, tandis que mon père fumait la pipe dans son fauteuil en cuir imprégné de l'odeur de tabac, que ma mère tricotait et que mes frère et sœurs jouaient au Monopoly au fond du salon, se disputant avec des cris aussitôt étouffés.

Évidemment, je n'ai jamais connu cette enfance : mon père ne fumait pas, ma mère ne tricotait pas, je lisais plutôt sous le lit de ma grand-mère ou tête en bas sur un canapé que devant la cheminée où on n'a jamais rien fait cuire, et on ne jouait pas au Monopoly mais plutôt à Lemmings. Tout ça ne rend cette fausse enfance que plus précieuse. Et les bouquins qui me permettent de retrouver ce genre de sensations ne sont pas nombreux. En fait, à part le seigneur des Anneaux, je ne vois que le Club des Cinq en vacances, et peut-être les contes de l'Oriel (de la fantasy fromagère par James P. Blaylock).

Merci, Johnny. Je t'en veux pas pour les chansons.

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