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35 Rhums, pas de gueule de bois

Publié le 06 mars 2009 par Magda

ITALY-VENICE-FILM-FESTIVAL-35 RHUMS

Alex Descas et Claire Denis

C’est très curieuse que je me suis rendue à l’avant-première allemande de 35 Rhums, le dernier film de Claire Denis, sachant qu’on m’en avait dit du bien en France, et que la réalisatrice serait présente. Claire Denis, je n’avais rien vu d’elle. Mais je la connaissais pour son travail de première assistante réalisateur sur un bon nombre de mes films cultes : Les ailes du désir et Paris-Texas de Wenders, Down by Law de Jarmusch, La Passante du Sans-Souci de Rouffio et Le Vieux fusil d’Enrico. A croire que Claire Denis a bossé avec tous les types qui me font rêver.

35 Rhums est donc une histoire d’amour entre un père d’origine africaine, conducteur de RER, et sa fille, en banlieue parisienne. La mère, allemande, morte depuis longtemps, ne sera qu’un prétexte pour traverser l’Allemagne et y rencontrer une tante oubliée. La jeune métisse doit choisir sa route, se séparer du père tant aimé et embarquer avec le prince charmant, un voisin du dessus plutôt cocasse, qui passe sa vie entre son vieux chat dégueulasse et des souvenirs affreux rapportés de voyage lointains.

Il ne se passe pas grand-chose dans ce joli film de Claire Denis, et pourquoi pas? Les contours de la relation entre le père et son enfant son esquissés avec grâce. Mais la réalisation, parfois brillante, comme dans cette scène où tous les protagonistes surpris par l’averse dansent des slows dans un troquet de banlieue, se livre parfois un peu trop au cliché du film d’auteur français. La petitesse des situations devient appuyée, le silence devient un poil lourd. A force de ne pas vouloir montrer, Claire Denis souligne son procédé de suggestion cinématographique. Un peu dommage. La photo est signée Agnès Godard, une lady qu’on ne présente plus dans le monde du cinéma, qui débuta comme assistante d’Henri Alekan sur Paris-Texas de Wenders, et qui est, depuis quelques années, la camérawoman la plus adulée de France. Dommage là aussi : un abus de gros plans, qui prétendent charger le film de puissance émotionnelle, forcent un peu le regard et rentrent l’intrigue prévisible.

Saluons le jeu subtil d’Alex Descas, qui incarne le père. Séduisant, silencieux, tranquillement imposant. Alex Descas est un grand acteur français. Et Noir, comme par hasard. Quel bien fou cela fait de voir tous ces acteurs de couleur sur notre écran, sans arrière-plan social ou politique aucun ! Merci à Claire Denis d’avoir envisagé son casting de cette manière, là où une autre réalisatrice aurait fait jouer son histoire par Mélanie Laurent et Fabrice Lucchini. On peut le dire : on ne voit pas encore assez d’acteurs noirs dans les films français. Et il serait temps de changer cela.

Applaudissements aussi pour Grégoire Colin, qui interprète de manière décalée un personnage loin de ceux qu’on attribue généralement à cet acteur un peu “dandy”.  Avec sa fine moustache de mec de banlieue, son jogging en nylon à bandes, ses claquettes de piscine et ses chaînes vulgos, il est plus vrai que nature. On découvre un comédien hilarant, à la voix particulièrement intéressante, capable de se transformer de façon étonnante. Bravo! Quant à Ingrid Caven, qui interprète la tante allemande de Lübeck, elle fait une performance à hurler de rire en diva alcoolique et poète dans son salon petit bourgeois.

Beaucoup de moments de bonheur, donc, dans ce film de Claire Denis, qui, sans révolutionner le paysage cinématographique français, a le mérite d’être un vrai film de cinéma, avec un vrai regard sur les gens et sur la vie. Dommage tout de même (et c’est là mon dernier bémol) que Tindersticks, un groupe d’ordinaire génial, ait signé une bande-son complètement ratée à base de sifflements de pipeau. Claire Denis, après la représentation, est venue discuter avec le public berlinois. Charmante, primesautière dans une jupe très courte dévoilant de jolies jambes, un peu pompette et décoiffée, elle a répondu aux questions des spectateurs de sa voix voilée et sexy, et a prouvé que son anglais se défendait vraiment bien.


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