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117° A quoi bon se compliquer à faire simple lorsqu'il est si facile de faire compliqué?

Publié le 30 août 2007 par Jacques De Brethmas

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Je disais un jour mon étonnement de voir notre multiprésident faire un si grand écart avec de si petites jambes. L’impétrant semble vouloir améliorer son record. Mais jusqu’où ira-t-il donc ?

Soucieux de ménager la chèvre et le chou, notre couteau suisse vivant se trouve devant un dilemme : à force d’avoir favorisé les nantis en adoucissant l’impôt sur la fortune et en créant de nouvelles niches fiscales dans la tradition inaugurée jadis par Giscard et feu Raymond Barre, il voit enfler une bronca issue des classes laborieuses, furieuses devant ce défilé d’avantages dont elles ne profitent jamais.

La raison voudrait qu’il stoppe la confection sur mesure d’avantages fiscaux et autres cadeaux faits aux nantis, se souvenant que tous les Français doivent être égaux en toutes choses et notamment devant l’impôt, et qu’on a inventé pour cela un impôt proportionnel sur le revenu qui, s’il n’est affligé d’aucun passe-droit, assure une participation équitable de chaque citoyen à l’effort national.

Mais ce retour à la raison et à la justice serait pour lui un renoncement, lui qui doit tant, et même tout à une classe sociale qui l’a fait élire pour qu’il lui renvoie l’ascenseur.

Alors, il se met en devoir de détricoter par un bout ce qu’il continue de tricoter par l’autre : après l’impôt maximal, un impôt minimal. Une couvée de crâne d’œufs travaille d’ores et déjà sur un projet de loi, -encore un-, qui devrait atténuer l’effet recherché par les niches fiscales, -on est en plein Ubu roi-, et empêcher les classes supérieures de bénéficier outrageusement des avantages qu’on leur a soigneusement concoctés.

Si les niches fiscales et autres cadeaux pécuniers ont des effets pervers sur l’égalité des citoyens devant l’impôt, et même sur sa crédibilité, cela ne l’émeut guère tant son potentiel populiste est encore intact. C’est Bercy qui a tiré la sonnette d’alarme en observant que ces petits cadeaux représentaient un manque à gagner de 45% sur le produit espéré de l’impôt sur le revenu. Quand il n’y a plus que les pauvres qui paient l’impôt, forcément, même s’ils sont de plus en plus nombreux, les recettes s’en ressentent. Alors, faire des cadeaux aux copains, oui, mais à condition que ça ne coûte pas trop cher. Le voilà obligé de trahir des deux côtés. Compromission, quand tu nous tiens…


Quand une mesure donne de mauvais résultats, on la rapporte. Mais ce serait couper le cordon ombilical qui le relie à sa matrice nourricière : la grande bourgeoisie, le patronat et les milieux boursiers. Alors, on va fumer la cigarette par les deux bouts, en espérant que chacune des deux parties sera assez myope pour ne pas voir qu’on défait à l’autre extrémité de l’écheveau ce qu’on a fait de son côté pour lui complaire.

A quoi bon se compliquer à faire simple lorsqu’il est si facile de faire compliqué ? Ou en termes plus pragmatiques : A quoi bon essayer d’être honnête si l’esbroufe et la démagogie ont les meilleurs chances de faire avaler la pilule ?

Jusqu’où peut-il prendre le risque de rajouter des étages à son château de cartes avant que tout ne s’écroule ?

Il me fait penser à ces créatures cyniques qui moissonnent sans vergogne les bienfaits d’un nombre d’amants toujours grandissant sans imaginer qu’un jour, la lumière éclairera l’imposture, fera fuir les purs et les laissera en seule compagnie de ceux dont le cynisme a égalé le leur.

Le système fiscal français doit-il être équitable ou hypocrite ? That is the question.

Dans le même ordre d’idée, notre président aux pneus increvables (jusqu’ici) assiste en ce moment à l’université d’été du Medef. (J’ai réussi ! Je vous avoue, j’ai un toc : spontanément, j’écris merdef. Mais là, j’ai fait bien attention et j’ai écrit merdef, pardon medef du premier coup ! ) Le Medef, donc, ne représente pas la totalité du patronat français. Seulement la frange la plus luxueuse. Il y a d’autres syndicats de petites et moyennes entreprises qui font aussi des universités d’été et des congrès. Ira-t-il, n’ira-t-il pas ?

Et à l’autre bout de l’écheveau, -et de l’électorat-, il existe aussi des organisations syndicales de travailleurs-travailleuses, qui représentent une masse de braves gens qui est loin d’être négligeable puisque c’est sur elle qu’on fait peser, par TVA interposée, l’essentiel des recettes de l’état. Le prince de l’ubiquité s’invitera-t-il aux congrès de ces syndicats de pouilleux ?

Il y a des détails qui ne trompent pas et qui valent les prévisions astrologiques : au lieu de prince de l’ubiquité, mon logiciel de dictée a écrit « prince de l’iniquité ». Il est vrai que l’icône de ce programme scélérat est un petit dragon rouge…

Bref, il semblerait que notre horizon politique soit plus prometteur pour les humoristes que pour les citoyens lambda.

Maintenant que Raymond Barre est enterré et qu’un autre ancien premier ministre lui succède déjà sous la brosse à reluire médiatique, il semble bon de rappeler quelques valeurs du grand homme que nous avons perdu.

Dans une interview du 1° mars 2007 sur France Culture ;

http://www.dailymotion.com/video/x1ckjp_barre

l’ex-premier ministre faisait le portrait élogieux de Maurice Papon et de Bruno Gollnish, et estimait la France affligée « d’un lobby juif qui se compromettait dans des opérations indignes ».

Grand partisan de la privatisation de la sécurité sociale et des assédics, Raymond Barre était aussi l’auteur d’une injure qui a pesé et pèse encore sur des millions de français. C’est lui qui a introduit le vocable « d’assisté » pour désigner les chômeurs, qualificatif insultant repris depuis sa création dans toutes les conversations de comptoir de France et de Navarre pour qualifier celui qui n’a pas su retrouver en huit jours l’emploi que ses admirateurs, pour ne pas perdre le leur, ont délocalisé dans des contrées exotiques.

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