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Rachida Dati instrumentalise la Journée de luttes des Femmes

Publié le 07 mars 2009 par Juan
C'était sa première intervention médiatique depuis des lustres. Rachida Dati a eu les honneurs de la nouvelle édition du samedi du "Journal du Dimanche": la couverture avec cette citation : "l'interview-vérité". Puis une triple page titrée "Le premier droits des femmes, c'est la liberté."L'entretien a été réalisé par Anne-Laure Barret (co-auteur d'un livre sur l'affaire d'Outreau), Marie-Laure Delorme et Marie-Christine Tabet (précédemment au Figaro).
1. Dati en appelle aux femmes et aux beurs
Rachida Dati conteste toutes les accusations: elle n'est "pas une intriguante", elle n'est pas colérique, et si on la critique si durement, c'est parce qu'elle est femme. Pire, elle s'estime modèle pour "les jeunes des quartiers populaires".
"Ma vie n'est pas un conte de fées. Cette caricature n'est pas vraiment gênante pour moi. Mais elle est trompeuse pour tous les jeunes des quartiers populaires qui peuvent s'identifier à moi. J'ai des comptes à rendre à cette génération, des personnes qui ont le sentiment d'avoir été abîmées, ou pas assez reconnues pour leur travail." Nul ne conteste les difficultés de la ministre. Le problème est ailleurs.
Dans cette interview, la petite Zorha est rudement mise à contribution tel un bouclier médiatique anti-critique: "l'évènement qui a été le plus marquant pour moi, c'est la naissance de ma fille." (première phrase, première réponse, à la première question). "Je reçois beaucoup de courriers (...) Les gens m'écrivent "Chère Rachida", m'appellent par mon prénom. Ils me demandent, dans la rue, des nouvelles de ma fille." Ou encore : "je n'ai jamais habité au ministère, et ma fille non plus." Et :"Mon seul échec aurait été de ne pas avoir d'enfant." Nota Bene: les trois dernières citations ne répondaient à aucune question sur sa fille ni sa situation privée.
2. L'interview parle très peu de sa politique.
En trois grandes pages d'entretien, ni les journalistes ni Rachida Dati n'évoquent les effets de la loi anti-récidive sur la surpopulation carcérale, la farce du procès Colonna et les évasions de la prison de Moulins. La suppression prochaine du juge d'instruction est évacuée en quelques mots. Sur ses réformes, elle livre un chiffrage (30 réformes en moins de deux ans !), et un commentaire laconique:
Vous avez aussi porté des lois sécuritaires, souvent dictées par l'actualité, qui ont provoqué une surpopulation carcérale jamais atteinte...
J'assume ces lois. Les peines planchers qui m'ont valu tant de critiques sont très utilisées par les magistrats. Elles ont déjà donné lieu à 22.000 décisions. Quant à la rétention de sécurité, elle aussi décriée, elle concerne 114 condamnés. Je considère qu'une loi qui permet de mettre à l'écart des gens de l'acabit d'un Michel Fourniret ou d'un Patrick Gateau, l'assassin de Nelly Crémel, se justifie.
La ministre livre 4 phrases sur les suicides en prison: Le pic de suicides date de 1999 (sous gouvernement socialiste); elle a créé un "contrôleur général des lieux de privation de libertés"; et la loi pénitentiaire va améliorer la situation. Mais pourquoi donc aucun journaliste ne lui pose les vraies questions : pourquoi tant de suicides ? Les peines planchers n'envoient-elles pas en prison trop de monde ? pourquoi sa loi pénitentiaire voulait-elle supprimer le principe de l'encellulement individuel (que le Sénat a refusée) ? Pourquoi a-t-elle attendu 18 mois pour présenter cette loi, alors que la situatiuon des prisons est catastrophiques depuis longtemps ?
3. Rachida Dati joue les fausses modestes
Lisez plutôt: "L'exposition venait de ma nomination. En me plaçant à la tête d'un ministère régalien, Nicolas Sarkozy a donné un signe fort à la société française. J'en ai accepté la contrepartie médiatique." Ou encore : "Chacun a projeté sur moi ses fantasmes mais la vérité n'est nulle part dans ce que j'ai lu jusqu'à présent." Pourtant, d'autres femmes au gouvernement, tout aussi "symboliques", n'ont pas attiré les foudres et les foules médiatiques: ni Fadela Amara ni Rama Yade n'ont eu à subir de critiques sur d'éventuels dérapages "bling bling". Nathalie Kosciusko-Morizet est restée estimée. Valérie Letard (qui ?) est restée dans l'ombre. Rachida Dati ne s'interroge pas sur sa propre responsabilité dans l'attention médiatique qui lui est consacrée. Les journalistes ne lui rappellent même pas cette séance photo, habillée en Haute Couture, dans les pages de Paris Match. Il est vrai que Match et le JDD sont voisins...
4. Les silences de Dati
Les journalistes oublient de lui reparler de son faux diplôme d'HEC. Ils restent également bien silencieux sur ces hasards du destin qui ont permis à Rachida Dati de croiser, mieux qu'un énarque ou un diplomé d'HEC des personnalités telles Albin Chalandon, Simone Veil, ou ... Nicolas Sarkozy. " J'ai travaillé dur pour réussir" justifie la ministre. Est-ce à dire que celles et ceux qui ne "réussissent pas" comme elle n'ont pas travaillé suffisamment ?
Interview-vérité ?
Quelle vérité ?
La vôtre. La sienne

Projet de loi pénitentiaire : Rachida Dati essuie un revers
par politistution

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