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Patricia Laranco : réflexions.

Par Ananda
Le poète serait-il celui qui tente de mettre l'échec des mots en échec ?
Formulé autrement : est-il vraiment du côté des mots, le poète ?


L'humain se veut humain c'est à dire qu'il prétend - en général avec bonne foi - que les lois de la jungle ne le concernent pas.
Nous enrobons tout dans le langage fleuri de notre civilisation : humanisme, respect de la vie, éducation et courtoisie, démocratie, principes, DROITS (quand ce n'est pas "égalité").
Mais qui dira que ce ne sont pas "les plus forts" qui nous gouvernent ?
Qui prétendra que ce ne sont pas les gens de pouvoir qui nous imposent leur loi ?
Qui soutiendra - sans faire preuve de mauvaise foi , d'aveuglement ou de naïveté - qu'il n'existe pas de dominants et de dominés ? Que la violence (physique, morale) ne pèse pas lourd dans les rapports humains ?
Qui dira que la PEUR ne plombe pas constamment la vie des faibles : enfants, femmes, vieillards et pauvres ?
L'humanité ne serait-elle , au fond, qu'une gigantesque hypocrisie ?


L'amour éclôt. Et comme c'est toujours quelque chose de beau, l'amour, quelque chose de beau,  de pur, un véritable coup de chance, il excite aussitôt les envies, les jalousies amères de tous ceux qui ressentent leur vie comme vide, morne, ennuyeuse, dénuée de sens.
Rien de tel pour attiser le ressentiment des frustrés qu'une belle grande histoire d'amour.
Alors ?
Alors les langues des frustrés y vont bon train, s'en donnent à coeur joie : les frustrés, qui, en la circonstance, se découvrent et se prétendent "sages" (ce qui les ennoblit) parlent carrément de "folie".
Et, en effet, l'amour est "folie", tout bonnement, parce qu'il les exclut.
L'amour est, par essence, un phénomène qui ne concerne, n'inclut que deux personnes (l'agapé mis à part, bien sûr).
L'attirance, l'aimantation que ressentent deux personnes qui s'aiment est quelque chose de si puissant, de si irrationnel, de si impulsif qu'elle est au-delà de toute raison, la raison sociale y compris.
L'amour est un cercle magique qui enclôt les deux personnes qui s'aiment. Un cercle que les gens, la société, souvent, s'ingénient à briser.
La vision de l'amour renvoie les gens à leur solitude.
Ils voudraient tellement "planer" comme le font les gens qui s'aiment !
Ils voudraient tant se sentir troublés, transportés,  remplis comme ils le sont !


L'être humain est en perpétuel êtat de tension entre Moi et l'Autre.
Il y a, d'une part, tout basiquement, l'insularité de nos corps : ces unités, ces ensembles de cellules étroitement soudées qui sécrètent une conscience de soi biologique, primaire, puissante (laquelle, par exemple, se manifeste dans le rejet par le corps d'une greffe). Secundo, il y a la conscience de soi, sur le plan mental.
Et pourtant, ainsi que le met en relief la prescience singulière, fabuleuse d' Arthur Rimbaud - l'inspiré, "Je est un autre".
Cette prescience a été confirmée ultérieurement par les scientifiques, qui isolèrent, chez l'homme, le curieux phénomène de l'empathie (fondement de toute société) et, encore bien après, purent découvrir les étranges "neurones-miroirs" qui seraient les fondement physiques, cérébraux, de ladite empathie.
Voilà qui démontre la nature profondément SOCIALE de l'homme, ce primate qui, sans doute, ne doit sa survie qu'à sa vie en groupes extrêmement soudés.
Ce qui frappe le plus, peut-être,chez l'homme, c'est de voir que le lien à l'autre est si primordial, si vital qu'il préside à la construction de l'individu même (exemples : les bébés qui se laissent mourir en refusant de s'alimenter lorsqu'ils sont privés d'attention et d'investissement affectif ou insuffisamment maternés de la façon qui convient; les gens qui, confrontés à une grande solitude, se mettent à parler tout seuls et finissent par devenir fous). Ce n'est apparemment que peu à peu, qu'après coup que l'enfant humain construit son Moi en tant qu'individu, qu'entité séparée, qu'identité propre et unique (mais qui ne se suffit jamais à elle-même !).
De tout cela, il ressort que nous avons toujours de l'Autre en nous. Que, comme le pense René Girard, nous sommes des animaux "mimétiques"
Peut-être est-ce cette porosité, cette fragilité de l'individualité qui nous rend si souvent à ce point, hostiles à l'Autre et crispés sur notre afffiramtion de nous-mêmes (avec pour corollaire les conflits, le désir d'éliminer l'altérité).
Reste que la perméabilité à l'autre, le "fusionnel" que vilipendent tant les tenants de la psychanalise, est un des traits les plus basiques, les plus ancrés de notre nature profonde.
N'y a-t-il pas de quoi réfléchir ?


P.Laranco.

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