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Oseriez-vous traduire vos coups-de-foudre littéraires? “On ne naît pas traducteur, on n’en finit pas de le devenir”…

Publié le 16 mars 2009 par Chantalserriere

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et Jean-Yves Masson ,

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tous deux présentés, d’abord comme écrivains, puis comme grands traducteurs (mais n’est-ce pas la même réalité?), du monde germanique et de nombreuses autres langues, ont de quoi irriter leurs collègues cantonnés à une seule “langue source”  aboutissant à leur “langue cible”, c’est-à-dire, leur langue maternelle. Ils prétendent en effet tous deux avoir traduit leurs coups-de-foudre littéraires sans avoir eu besoin de posséder la langue de leurs auteurs, qu’ils soient philippins, italiens, indonésiens, chinois etc…

Pierre Assouline s’était moqué de Dauzat. “Dauzat serait-il deTarascon?” écrivait-il, dans l’un de ses billets, tout en reconnaissant que l’affirmation du traducteur recouvrait d’autres réalités plus complexes. Car lorsque Jean Yves Masson à son tour, raconte comment il s’est engagé dans la traduction de Mario Luzi, sans connaître l’italien -Parce que la poésie de ce dernier lui était curieusement accessible et qu’il la trouvait admirable. Parce qu’elle n’avait pas été traduite. Parce que les références sous-jacentes renvoyaient à des poètes latins ou grecs dont lui-même était pétri- lorsque Jean-Yves Masson explique ce parcours menant à la découverte de l’Autre , l’autre poète, l’autre texte, l’autre langage, l’autre culture, on voit bien que le socle linguistique est partagé entre l’auteur n°1 et l’auteur n°2 (comme il dit). Le grec et le latin font émerger l’italien moderne que le traducteur reçoit et comprend.

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Dauzat parle également de son travail de copiste. Tout d’abord, quel que soit le texte, il le recopie. Il s’en imprègne, se l’approprie. Comme le copiste du Moyen-Age: “J’ai appris les langues en les recopiant. Je ne pensais pas qu’il y avait autre chose que des langues mortes, donc les premières langues que j’ai apprises sont le latin et le grec. J’avais des frères et sœurs qui lisaient des choses en grec et en latin. Je me suis donc mis à traduire pour recopier, pour m’approprier les choses.” Puis, s’il le faut, il demande à un tiers de lui livrer sa propre compréhension. Alors, il revient au texte. Il emprunte les pas de l’autre pour se trouver lui-même, un instant ,dans le texte traduit.

Car la traduction n’est jamais finie. “On ne naît pas traducteur, on n’en finit pas de le devenir”. La traduction est celle qui convient au moment où la contrainte impose qu’elle existe. Elle n’est pas figée. Elle sera reprise à l’infini si le support l’exige. Par exemple, s’il faut passer d’une édition d’art à un format de poche.

L’histoire de la traduction dont Jean-Yves Masson est spécialiste, renvoie aux origines de la civilisation du livre. L’Occident permet l’écriture en plusieurs langues. Il rejoint en cela les recherches de Pierre-Emmanuel Dauzat qui a longuement écrit sur les racines du christianisme et ses prolongations dans les concepts implicites, fondateurs de notre société contemporaine.

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