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Chasseur alpin, courageux jusqu’au bout de la vie

Publié le 16 mars 2009 par Sylvainrakotoarison
Des morts ont-elles plus de sens que d’autres ?…
Aussi étrange que ça puisse me paraître, je suis membre de l’amicale des anciens chasseurs alpins, plus précisément du 27e bataillons de chasseurs alpins d’Annecy.
Ce bataillon fait partie de la Force d’action rapide, la FAR, et est un bataillon d’élite. Je le dis en toute modestie puisque ce n’est évidemment pas grâce à moi qu’il est d’élite !
Lorrain, j’avais peu de chance d’y être affecté. Les destinations sont généralement plus communes, comme en Allemagne, à Colmar ou à Bitche. Je m’y suis trouvé d’autant plus par hasard que j’en connaissais à peine l’existence.
Certains compagnons avaient demandé de longue date cette affectation et en étaient fiers. Certains venaient même des Vosges.
Et c’est vrai qu’aux yeux des habitants d’Annecy, être chasseur alpin était très bien vu, était presque un honneur que je mesurais. C’était ce bataillon qui avait déblayé le camping du Grand-Bornand quand il y a eu cette triste coulée de boue qui a fait vint et un morts le 14 juillet 1987 et avait aidé les habitants et les touristes lors de cette brutale crue.
Moi qui regrettais de "perdre" un an pour faire le service militaire, j’y trouvais une certaine cohérence. Bataillon éthique aussi : le capitaine demandait à tout le monde de l’avertir si un petit gradé cherchait à nous humilier. Pas d’humiliation chez nous, notre réputation devait rester excellente. Cela devait être très différent à Colmar ou Bitche…
Cohérence par exemple dans l’uniforme : l’uniformité est un critère de solidarité. C’est vrai que ça a l’air peu pertinent de l’extérieur, mais ça soude à l’intérieur. Illustration : un des soldats a froid et demande à mettre son foulard rouge. Si tous ses camarades sont d’accord, alors toute la petite troupe en sortie met son foulard. Idem pour une mèche de cheveux qui dépasse : si les autres l’acceptent, on ne la lui coupe pas (il l’a donc gardée). Bref, ce n’est pas un paramètre irrationnel, c’est juste un mode de management particulier. Et d’efficacité éventuellement (en cas de combat).
Je suis resté cependant bien incapable de marcher au pas, sans doute un réel problème psychologique, mais malgré mon aversion pour les armes à feu, j’étais parmi les meilleurs en démontage/montage de Famas (fusil mitrailleur, la "kalachnikov française"), question rapidité je précise.
Finalement, ce fut une période très instructive de ma vie : malgré la vie collective dont la promiscuité et le conformisme de groupe m’étaient pénibles, ce séjour à Annecy m’a permis de faire de belles randonnées en montagne avec de beaux paysages, de faire de belles rencontres aussi (le service militaire était sans doute le meilleur lieu du brassage social, dommage pour cette raison de l’avoir supprimé sans l’avoir remplacé par un service civil ne serait-ce que de quelques semaines), et de faire du sport comme jamais je n’en ferai plus.
La patrie, ce n’est pas non plus un vain mot : je me suis recueilli sur le plateau des Glières et j’ai pris conscience des durs combats au moment de la Libération, au cours desquels le lieutenant Tom Morel (29 ans) a été tué (lors d’une opération de résistance). C’étaient des jeunes patriotes qui ont, pour beaucoup, perdu la vie pour ma liberté. Que le Président de la République ait voulu en faire un lieu symbolique pouvait être pertinent. Que Nicolas Sarkozy ait cherché à récupérer ce lieu juste avant le second tour de l’élection présidentielle, cela aurait pu être bien sûr discutable.
Tom Morel, c’était précisément le nom de la caserne où je séjournais.
Le colonel qui commandait à l’époque le 27e bataillon était absent car il était en mission au Liban. À l’époque où les troupes françaises étaient à l’arrière-garde.
On nous proposait même, sous réserve de motivation, en tant qu’appelés, d’y aller pour six mois. Pour certains, c’était le paradis : quatre mille francs par mois au lieu des très faibles deux cents francs (oui, en francs). On nous disait qu’il n’y avait pas de risque, ou que la probabilité de combat ou d’attentat était très faible.
Je me disais cependant qu’il fallait être vraiment dans l’inconnu de son devenir, sans projet professionnel, pour se jeter ainsi, sans beaucoup de préparation, dans une nasse toujours incertaine. Moins d’une décennie auparavant, le 23 octobre 1983, cinquante-huit parachutistes français y étaient victimes d’un attentat islamiste qui traumatise encore l’armée française (le même jour, deux cent cinquante-six marines américains avaient perdu la vie au cours d’un autre attentat).

Samedi dernier, 14 mars 2009, à quinze heures trente (heure de Paris), le conducteur d’un char blindé a explosé lors d’un tir de roquette antichar taliban dans la vallée d’Alassaï, en Afghanistan (au nord-est de Kaboul).
C’est le vingt-septième soldat français qui meurt en Afghanistan depuis 2002.
Et quatre soldats américains sont morts le même jour que lui.
Il était soldat au 27e bataillon de chasseurs alpins.
Il s’appelait Nicolas Belda. Il était originaire d’Albi puis avait passé sa scolarité en Auvergne. Il avait rejoint Annecy en 2004, était devenu caporal en 2006 et avait déjà effectué des missions de reconnaissance en Guyane et au Tchad.
Il avait 23 ans.

Quand on s’engage dans l’armée, on se préparerait à mourir ?
Eh bien, demandez à ses parents et à ses amis…
Silence et une pensée pour les proches.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (16 mars 2009)
Pour aller plus loin :
Mort d’un soldat français en Afghanistan.
27e soldat.
27e bataillon de chasseurs alpins.
Nicolas Sarkozy au plateau des Glières le 4 mai 2007.




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