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La globalisation et les réformes universitaires par MPEP

Publié le 16 mars 2009 par Torapamavoa Torapamavoa Nicolas @torapamavoa

Vu sur: LE GRAND SOIR
13 mars 2009
La globalisation et les réformes universitaires
MPEP
La loi LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) votée le 10 août 2007, et la modification des statuts des enseignants-chercheurs prévue par un projet de décret, sont étroitement liées aux intérêts des financiers internationaux qui ont repéré, depuis les années 90, les trois secteurs les plus rentables dans l’Union européenne : l’énergie, la santé/retraite, et la formation supérieure. Ces secteurs ont été l’objet d’attaques coordonnées par des « réformes » successives.

Dans le secteur universitaire l’objectif des financiers est d’abord de récupérer les droits d’inscription universitaires dans l’Union européenne, ce qui représentent une masse colossale. A cette fin il faut créer un « marché », dit transparent au niveau européen, de la formation supérieure : ce fut l’objectif réel de la « réforme » du LMD (licence-master-doctorat). Et pour ce faire, la reconnaissance des diplômes universitaires ne doit plus être l’apanage exclusif du secteur public, d’où la reconnaissance officielle progressive, en France, de la délivrance des LMD à des institutions privées.

Pour rendre crédible la valeur de ces diplômes, il faut abaisser celle du secteur public :
1. En bloquant ou réduisant les moyens des universités publiques : budgets et personnels. Afin de rétablir leurs moyens, celles-ci élèveront les frais d’inscription des étudiants...
2. En découpant les systèmes universitaires nationaux en entités concurrentes (au nom du progrès bien sûr), afin de les affaiblir face à la concurrence américaine.
Pour y parvenir, il faut deux conditions essentielles dans le contexte français : la disparition du statut de chercheur-enseignant (contrats individualisés et variables) ; un super chef doté de tous les pouvoirs de coercition à la tête de chaque université avec des primes très substantielles.
Soutenir la loi LRU c’est être favorable à la financiarisation des activités de formation supérieure.
La loi LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) votée le 10 août 2007, et la modification des statuts des enseignants-chercheurs prévue par un projet de décret, sont à placer dans un contexte historique caractérisé par la puissance exceptionnelle de la finance internationale entraînée par les Etats-Unis d’Amérique (en particulier sous la forme fonds de pension et assurances). Cela peut paraître très éloigné des revendications immédiates des personnels concernés et des étudiants, pourtant il existe des liens directs.
Repérés par les financiers internationaux depuis les années 90, les trois secteurs les plus rentables dans l’Union européenne sont l’énergie, la santé/retraite, et la formation supérieure. On comprendra aisément que les attaques à la hussarde contre les régimes publics de retraites et de santé, puis contre les systèmes universitaires nationaux (adaptés à chaque structure économique), ont été coordonnées sur le territoire européen au même moment (surtout dans la zone Euro). Les mêmes méthodes de manipulation, à partir de réformes en apparence techniques, ont été appliquées dans ces deux domaines. Nous ne parlerons ici que de la partie universitaire.
Les réformes universitaires actuelles, dans l’Union européenne, sont la suite logique du « consensus de Washington », du pacte de Lisbonne en 2000 (sur la politique de l’innovation et de la recherche), de l’Accord Général sur le Commerce et les Services (AGCS de l’OMC), etc. Le tout dans un environnement institutionnel façonné sous la pression états-unienne qui bloque l’utilisation de l’épargne européenne par les États, d’où la stagnation des investissements depuis plus de vingt ans dans la zone Euro.
L’objectif des financiers est d’abord de récupérer les droits d’inscription universitaires dans l’Union européenne, ce qui représentent une masse colossale. Comment s’y prendre ? En créant un « marché » dit transparent au niveau européen, de la formation supérieure : ce fut l’objectif réel de la « réforme » du LMD (licence-master-doctorat). Pour aboutir à un marché, il faut que la reconnaissance des diplômes ne soit plus l’apanage exclusif du secteur public national. D’où la reconnaissance officielle progressive, en France, de la délivrance des LMD à des institutions privées (écoles de commerce, universités catholiques suite aux arrangements récents entre l’Elysée et le Vatican, depuis peu filiales d’universités anglo-saxonnes à Paris et université professionnelle montée par des firmes américaines à Nice…).
Mais cela ne suffit pas. Pour rendre crédible la valeur des diplômes des institutions privées, il convient d’abaisser celle du secteur public. Comment ? De deux façons essentiellement :
1. En bloquant ou réduisant les moyens des universités publiques : budgets et personnels. Afin de rétablir leurs moyens, la solution immédiate est alors d’élever les frais d’inscription des étudiants. Ce faisant, par calage par le haut, les institutions privées pourront ainsi commencer à devenir rentables, quitte à faire entrer les banques dans leurs locaux pour prêts individualisés aux étudiants « peu fortunés » (voire ce qui passe actuellement dans les pays de l’Est).
2. En découpant les systèmes universitaires nationaux en entités concurrentes (au nom du progrès bien sûr), afin de les affaiblir face à la concurrence américaine. Notons à cet égard le curieux suivisme des politiciens qui soutiennent les « réformes » : si l’on prend le budget d’Harvard, il correspond à peu près à celui de l’ensemble des universités françaises. Inutile d’être diplômé de l’Ecole de Guerre pour comprendre que pour faire pièce à cette institution anglo-saxonne, il faut une et une seule université française avec des « filiales » régionales très coopératives, et non pas concurrentes.
Pour faire accepter un tel système de démantèlement du secteur public, il faut deux conditions essentielles dans le contexte français :
1. La disparition des statuts publics des enseignants-chercheurs, substitués par des contrats individualisés et variables d’une personne à une autre (afin de diviser plus facilement les personnels), en CDD ou en pseudo CDI ; ces contrats seront à la discrétion de la direction de l’université.
2. Pour imposer un tel dispositif, il faut un super chef doté de tous les pouvoirs de coercition, avec des primes très substantielles pour aider les consciences à faire le sale boulot : les présidents d’université. Parallèlement, le rôle décisionnel de toutes les instances représentatives doit être marginalisé.
Telle est la substance de la loi LRU : un dispositif logique dans une politique globale de financiarisation. Ainsi, on ne peut soutenir la loi LRU sans admettre en même temps que l’on est favorable à la financiarisation des activités de formations supérieures. A chacun son choix. Pour ceux et celles qui refusent une telle situation, il est alors logique qu’ils demandent l’abrogation totale et définitive de la loi. Ceci devrait être expliqué aux étudiants.
Il est incroyable que des universitaires français, en particulier ceux en position de prendre des décisions stratégiques dans les diverses instances, se soient laisser abusés, et sont parfois devenus des militants d’une telle réforme ! Ils ont agi, sans doute par méconnaissance du contexte géostratégique, contre l’intérêt objectif de la France. On pourrait suggérer à tout universitaire prenant des responsabilités à caractère stratégique, de suivre une formation « d’intelligence économique », corpus de connaissances auquel leurs collègues anglo-saxons sont rompus depuis longtemps.
Les budgets des universités publiques
Selon les annonces gouvernementales, les moyens alloués aux universités « autonomes » vont être augmentés, non pas par des financements nouveaux en provenance du budget de l’Etat, mais par appel de fonds locaux des collectivités et des entreprises locales, d’où une dépendance essentiellement à ces dernières, tant en termes de programmes d’enseignement que de programmes de recherche. Pour appliquer cela, il faut des personnels contraints à accepter une telle démarche, d’où la possibilité d’embaucher sur des contrats CDD ou pseudo CDI, sans passer par des concours nationaux qui garantissent l’indépendance des enseignants et des chercheurs vis–à-vis des diverses pressions tout en maintenant une logique d’ensemble.
Le financement du pôle universitaire et de recherche de Lyon est un exemple caricatural de communication (source : Les Echos, 19/01/09) : « L’Université de Lyon recevra 575 millions d’euros du plan campus » titre ce quotidien. En fait, l’article nous apprend que cet argent provient de la vente d’actions d’EDF, et qu’il ne s’agit pas… d’un financement, mais d’une dotation en capital (donc interdiction de la dépenser) que l’Université devra placer dans une banque avec un taux d’intérêt espéré de 4,25 % ! Valérie Pécresse ajoute « elle vous rapportera près de 25 millions d’euros par an » : financement de l’université non par la dotation, mais par des intérêts espérés. Ces derniers serviront à rembourser sous forme de loyers les opérations immobilières effectuées (par l’ami Bouygues ?) via un partenariat public-privé (PPP) !
Ainsi le pouvoir politique actuel se sert du budget de l’Etat par l’intermédiaire de l’université pour une double opération : payer des rentes (les loyers versés) aux constructeurs de bâtiments, et financer les banques par l’intermédiaire de la dotation. C’est insupportable, à la fois sur le principe et par le double langage officiel.
Les moyens alloués aux universités seront en grande partie fonction des financements locaux, donc de la puissance économique régionale. Celle de la Bretagne peut-elle se comparer à celle de la région lyonnaise ? Risible. Et que restera-t-il de l’industrie bretonne dans quelques années ? Jusqu’ici, celle-ci reposait sur quatre secteurs essentiels : l’automobile, la construction navale, les technologies de l’information et des télécommunications (TIC), et l’industrie agroalimentaire (IAA).
Industrie/Université, une même stratégie :
Automobile : Citroën n’est plus qu’un site de production délocalisable à court terme (cf. les licenciements massifs prévus).
Construction navale : site de Saint-Nazaire (Alsthom-Marine) vendu aux Norvégiens qui ont dépouillé l’essentiel (la R&D) et ont revendu les chantiers aussitôt aux Coréens qui ne sont là que pour piller le savoir-faire des constructions des gros navires par modules exactement encastrables, méthode inventée sur place qui permet une très forte productivité.
TIC : essentiellement à Rennes, Lannion, Brest. France-Télécom, depuis sa privatisation, a métamorphosé ses chercheurs-développeurs en commerciaux ; du coup Nokia, à l’origine petite boîte finlandaise, lui taille des croupières. La nouvelle direction de F-T, consciente du désastre, a beaucoup de mal à revenir dans la course. Quant aux usines de production des trois sites (Alcatel), il paraît que c’est désuet de fabriquer : vive les groupes sans usines ! Resteront quelques centres de recherche publics, dont universitaires, mais pour peu de temps, car on ne voit pas pourquoi les industriels locaux non directement liés aux TIC continueraient à financer de telles recherches, surtout fondamentales. La réponse serait, dit-on, la création d’une Silicon Valley à Rennes. Sur quoi repose la survie de l’activité de cette célèbre vallée ? Sur le financement du système militaro-industriel états-uniens. Le CELAR (Centre électronique de l’armement) a-t-il la capacité de jouer un tel rôle à Rennes ?
Et l’IAA ? Elle est fortement pénétrée par le capital américain.
La casse des statuts des enseignants-chercheurs : un exemple probant
Il existe à Rennes au moins un exemple modèle d’asservissement par l’intermédiaire de la mise en place d’emplois précaires : le cas de l’Ecole nationale de la santé publique (aujourd’hui rebaptisée EHESP, Ecole des hautes études en santé publique : le national n’existe plus). Depuis le début des années 90, les enseignants, auparavant sous statut copié sur celui de l’université, ne sont embauchés que sur contrats individualisés éventuellement renouvelables, avec évaluation tout aussi individualisée dans le bureau du chef. Que peuvent-ils faire de neuf, ces enseignants-chercheurs, sinon suivre la voix de maîtres à penser ? Allez donc enseigner et faire des recherches sur autre chose que les techniques de démantèlement de notre Sécu, telles le Programme médicalisé du système d’information (PMSI) et la Tarification à l’activité (T2A) : vous serez remis dans le droit chemin vite fait. L’un de ces maîtres, en charge de la recherche, ancien cadre d’un groupe de pharmacie américain, a même interdit à un chercheur, l’un des meilleurs de cette institution, de faire des recherches sur le dépistage de certains cancers car il a démontré que les techniques utilisées pouvaient être dangereuses. Les résultats allaient à l’encontre des doctrines officielles fortement influencées par le secteur pharmaceutique. Cet enseignant-chercheur a même été suspendu de ses enseignements ! Quel gâchis !
Le changement de statut des enseignants s’est aussi accompagné d’un renforcement du pouvoir du directeur. Devant les protestations, quelques uns à l’époque avait trouvé un argument de choc : « mais pourquoi prendre les gens de la direction comme des machiavéliques ? ». Dernièrement, le nouveau directeur, plus américanophile que francophile, décida tout seul d’aller embaucher un économiste de la santé américain, à 80 000 euros nets par an pour 100 heures d’enseignement, tandis que les enseignants français sont alignés à 150 heures pour des salaires bien inférieurs… A ce prix, heureusement, le comptable public refusa l’embauche ! Inutile de dire qu’avec un tel dispositif, il ne sort plus grand chose de cette grande école, qui se veut pourtant former tous les cadres des structures sanitaires et sociales.
Comme quoi la « réforme », dès le début des années 90, n’avait pas pour objectif d’améliorer la formation et la recherche, mais celui de rendre malléables les enseignants chercheurs.
Le contenu idéologique de la « nouvelle gouvernance »
Ses caractéristiques :
1. Au nom d’une société « plus complexe », trop complexe pour des élus politiques, seuls les détenteurs de savoirs (les « experts » et les « élites ») peuvent décider.
2. Dès lors, logiquement, les notions de peuple et de souveraineté sont évacuées, pour être remplacées par celles de « société civile » (qui inclut les lobbies désormais officialisés) et de « partenariat ». La notion de nation est combattue, la gouvernance de l’Etat est réduite par des « contraintes » déclarées par des « experts » et des « décideurs ».
3. Tout étant « complexe », toute responsabilité sociale et territoriale des entreprises est évacuée.
4. Le libre-échange, la libre-entreprise, l’excellence individuelle sont les bases d’une société « d’acteurs » et de « projets » : la bonne gouvernance consiste alors à mettre en mouvement des acteurs et des projets dans les bornes fixées « naturellement » par le marché, celui-ci se substituant à la souveraineté populaire.
5. La hiérarchie des valeurs morales se modifie : l’équité remplace l’égalité.
Equité = aménager autant que possible des efforts défensifs pour corriger les déséquilibres naturels du marché (fondement de la charité).
Egalité = droit politique offensif historiquement acquis (fondement de « l’accès pour tous »).
PS :
Traité de Maastricht, pacte de stabilité et rôle réduit de la BCE. Ce blocage a pour effet d’obliger les Européens à transférer leur épargne vers les Etats-Unis afin de combler les déficits de ces derniers (déficits budgétaire et commerce extérieur). Cette épargne est y désormais prisonnière du fait de la manipulation du dollar, ce qui correspond à un véritable hold up.
Qu’est-ce qu’un marché ? Tout simplement le règne du plus fort.
Le rapport Belloc, télécommandé, n’est qu’une demande d’application technique, spécifique à la France, du pacte de Lisbonne et de l’AGCS. Son essence est donc ultra libérale.
M’PEP
Mouvement Pour une Education Populaire
ARTICLE ORIGINAL
http://www.m-pep.org/spip.php?article1135

http://torapamavoa.blogspot.com

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