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Comment le PIB donne une image surévaluée de la richesse des Français

Publié le 16 mars 2009 par Cabinetal

Monsieur Blog est artisan. Lorsqu'il s'est installé, son investissement s'est composé d'un véhicule utilitaire acheté 30 000 € qu'il a financé avec son épargne. Il paie son salarié, 1500 € par mois, auxquels s'ajoutent 700 € de charges sociales. Monsieur Blog fait ses calculs. Chaque mois, une fois qu'il a réglé ses fournisseurs, il lui reste 5000 €. Ce montant représente la valeur ajoutée brute (VAB) de son entreprise, c'est à dire la richesse créée, qui est sa contribution au PIB. Il va ensuite partager entre son salarié (2200 €) et lui-même (le solde soit 2800 €). Monsieur Blog a donc estimé que c'était là son revenu et chaque mois, il dépense scrupuleusement ces 2800 €. En quoi son raisonnement pêche-t-il ?

5 ans plus tard, le véhicule de Monsieur Blog est usé et doit être changé. Hélas, il découvre qu'il n'a pas d'économie disponible pour racheter un nouvel utilitaire. Finalement, il était plus riche lors de son installation : son patrimoine s'est réduit de 30 000 €. Pourtant, il n'a utilisé que la valeur ajoutée brute mais toute la valeur ajoutée brute. Si, comme l'écrivait le Prix Nobel d'économie, John Hicks, « le revenu est ce qu'on peut dépenser sans s'appauvrir », alors Monsieur Blog a dépensé plus que son revenu ! En fait, il a « oublié » dans les charges de son entreprise de compter l'amortissement, qui représente l'usure, la dépréciation du capital productif. La valeur ajoutée brute ne prend pas en compte l'amortissement qui est (d'une façon très simplifiée) ce qui est nécessaire d'investir chaque année pour simplement maintenir l'outil en état. En fait, sur les 2800 € reçus chaque mois par Monsieur Blog, il lui faut déduire 500 €, le coût de la perte de valeur de son outil de travail. Et la valeur ajoutée nette produite par l'entreprise Blog s'élève à 4500 € par mois !

Voilà la première surévaluation des richesses mesurées par le PIB : l'amortissement n'est pas déduit. En 2007, le PIB s'est élevé à 1892 milliards d'€. Les amortissements en ont représenté 252 milliards, soit 13 %.

Mais la contribution de Monsieur Blog au PIB ne s'arrête pas à l'activité de son entreprise. Il est en effet propriétaire de sa résidence principale. Il se fournit donc à lui même un service, celui de se loger. Le loyer fictif qu'il se verse est également inclus dans le PIB. D'une façon plus générale, les Français propriétaires de leurs résidences principales augmentent le PIB d'un montant équivalent aux loyers qu'ils paieraient s'ils devaient louer. Ces loyers fictifs représentent environ 170 milliards, soit 9 % du PIB.

Au final la richesse à la disposition du pays est donc à diminuer des amortissements et des loyers virtuels. Il reste 1462 milliards.

De tout cela il ressort :

1) si comme le démontrait Thomas Picketti, la rémunération brute du capital représente aux alentours de 33 % du PIB, la rémunération réelle n'en fait plus que 20 %, puisque 13 % sont destinés à maintenir l'outil de production en l'état ;

2) le poids des prélèvements pénalise les politiques de relance ; une politique de relance par la consommation – pour autant que cette expression ait un sens – aurait des effets très limités, les revenus supplémentaires distribués terminant très vite sous forme d'impôt ; dit autrement, en raison de ce poids fiscal, une augmentation de salaire, charges « employeur » incluses, ne se retrouve que sous forme d'une demande supplémentaire bien moindre aux entreprises.

Et voilà comment s'expliquent aussi divers comportements. L'essentiel des revenus est aujourd'hui mutualisé : les prélèvements obligatoires représentent plus de 60% du Produit Intérieur Net hors loyers « virtuels Il est donc, au final, beaucoup plus rentable de s'approprier des revenus par la voie de la redistribution que par la création de richesses dont la sphère publique prélève entre la moitié et les 2/3. De même, l'Etat permet la mutualisation des pertes et la prise en charge par la collectivité de la sous productivité. C'est d'ailleurs leur seule appartenance au secteur public qui a permis la pérennité sous leur forme actuelle des entreprises du secteur public marchand comme la SNCF, La Poste et même EDF.

Il n'y a quasiment plus de marges de manoeuvre fiscale. Aussi, il serait vain de croire qu'il suffirait de « faire payer » les riches pour régler le déficit public structurel alors que l'impôt, pour rapporter, devrait être massif et frapper large, mais au prix d'un effet déflationniste fort allant à l'encontre de l'effet recherché, comme l'a démontré l'histoire économique. D'autre part, accroître les impôts ne servirait à rien quand le mal profond est d'abord une très mauvaise allocation des fonds publics.

En effet, s'il existe un problème de pauvreté structurelle en France, ce n'est pas une question de distribution des revenus primaires mais d'abord une question d'efficacité des dépenses publiques parmi lesquelles la redistribution. Certes, d'importants chantiers sont en cours concernant « l'aggiornamento » des administrations, parfois dans l'urgence ; ils se heurtent trop souvent à l'incompréhension, à « l'esprit de corps » et aux intérêts particuliers. Il demeure surtout que la France n'a toujours pas réformé véritablement ses systèmes de retraite, notamment en maintenant la permanence des régimes spéciaux à coté du régime de répartition. Enfin, il reste que la pauvreté pose également la question de la durée du temps de travail dans un pays où le coût du travail est l'un des plus élevé du monde.

Cédant aisément devant les positions purement revendicatives, les choix de l'Etat relèvent trop souvent d'une vision de court terme, ce qui aboutit à une espèce de course en avant fiscale. Et gardons bien à l'esprit que pour moraliser le capitalisme, il faut commencer par moraliser l'Etat !


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