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Otan de l’allégeance

Publié le 17 mars 2009 par Hmoreigne

 François Fillon engage ce jour devant l’Assemblée nationale, la responsabilité de son gouvernement sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan). L’occasion d’assister à un jeu d’acteurs à front renversé où ceux  qui il y a 43 ans plus tôt étaient favorables à un retrait français de l’Alliance Atlantique sont désormais les partisans d’un retour dans le commandement intégré et ceux qui étaient pour sont désormais contre. Au delà de cet aspect folklorique, ce retour s’il ne marque pas une perte de souveraineté, témoigne de la perte d’une spécificité française. Il s’inscrit surtout à contretemps de l’histoire au moment où la question d’une Europe de la défense a toute sa pertinence.

En 1966, lorsque la  France sort de l’Otan, elle y gagne l’image d’un pays libre, indépendant vis-à-vis des Etats-Unis. Celle d’un pays qui pourrait servir de trait d’union entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud. Une singularité parfaitement résumée il y a quelques années par le discours de Dominique de Villepin devant l’ONU à propos du dossier Irakien.

Manichéiste, Nicolas Sarkozy a du mal à admettre que la notion de singularité n’est pas incompatible avec celle de solidarité. Dans ses rapports humains on est avec ou contre lui. Les relations diplomatiques sont heureusement plus subtiles.

L’autonomie de la décision, l’émancipation à l’égard de la superpuissance américaine, chef de file du camp occidental fût l’un des arguments choisis par de Gaulle pour justifier son geste et notamment le fait que la France ne doit prendre part qu’aux guerres pour lesquelles elle a choisi d’être présente.

Cette stature dépasse la seule question française. Elle interpelle sur le devenir européen. Peut-on rêver à une Europe politique si l’on n’a pas les moyens de son autonomie militaire ? Sous prétexte de pragmatisme, Nicolas Sarkozy part du postulat qu’une Europe de la défense est morte et enterrée. Il est vrai qu’à ce jour seules deux nations du vieux continent consacrent des moyens conséquents à leur défense : la Grande-Bretagne et la France. Les autres se contentent du parapluie américain.

La question est d’importance. Le traitement réservé par Nicolas Sarkozy est plus que critiquable. Un débat limité à l’Assemblée Nationale qui intervient sept jours après l’officialisation par l’Elysée d’un retour de Paris dans le commandement militaire intégré.

L’impudence française, à moins que ce ne soit de la démagogie, est parfaitement incarnée par Hervé Morin. Dimanche le ministre de la défense a déclaré sur Europe 1 que le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN lui permettra d’être à la fois “la tête et les jambes” de l’Alliance. “Nous étions les jambes de l’OTAN, mais nous n’en étions pas la tête. Nous voulons y être la tête et les jambes”. Le jeu de mot cache une utopie, celle d’”européaniser” l’Alliance.

La tentation est en fait de s’aligner sur les autres nations européennes et de réduire progressivement le sacrifice financier à l’égard d’une défense nationale autonome. Elle intervient à contretemps de l’évolution américaine. Contrairement à Georges Bush, otage du lobby militaro-industriel américain, le président Obama confronté à une crise économique et financière sans précédent souhaite tailler dans les dépenses militaires de l’oncle Sam au montant astronomique annuel de 600 milliards de dollars. Plus que des alliés au garde à vous, les USA de 2009 attendent que l’Europe se prenne un minimum en charge.

Dans ce contexte la tribune de Bernard Kouchner publiée ce jour dans Le Monde confine au ridicule. Une phrase à elle seule résume l’argumentation du ministre des affaires étrangères.L’identité de la France tient désormais moins aux soldats de l’an II qu’à ceux qui écrivirent un jour d’août 1789 les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits”. Comme si finalement les moyens militaires et l’indépendance de ceux-ci comptaient peu au regard des valeurs portées par la France. C’est oublier que dans les faits, la politique étrangère française, notamment sous Bernard Kouchner, a abdiqué son panache, fut-il illusoire, au profit d’un cynisme affairiste redoutable assumé. Surprenant Bernard Kouchner qui sort sa plume pour écrire une ode à l’OTAN et qui oublie que le vrai siège de gouvernance du monde devrait être l’ONU.

C’est finalement d’un ancien ministre des affaires étrangères qu’est venue la réponse la plus fouillée (cf vidéo). Sur Europe 1, Hubert Védrine a démonté l’argumentation du Chef de l’Etat pour prôner un retour dans le commandement intégré de l’Otan. Fin connaisseur du contexte et des acteurs internationaux, l’ancien ministre relève que même si le président Obama, aspire à un partage du fardeau, il ne saurait y avoir un partage de la décision car « le système intégré est fait pour qu’il n’y ait qu’une seule tête… »


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