Malgré le handicap, on espère le meilleur pour son enfant

Publié le 04 septembre 2007 par Willy

Xavier Rossi/Gamma/Eyedea Presse

Cette année, ils sont près de dix mille à ne pas retrouver la cour de récré de l’école du quartier. Dix mille enfants handicapés qui, faute d’auxiliaires de vie scolaire en nombre suffisant, n’ont pas fait leur rentrée dans le système classique.



Paru le 04.09.2007, par Gaëlle Rolin du http://madame.lefigaro.fr/

Océane a 9 ans. À cet âge, elle devrait être en CM1. Pourtant, elle apprend encore à repasser sur les lettres de l’alphabet en pointillés. Après quatre ans de maternelle dans le système classique, à Marseille, où elle suivait les mêmes cours et avait le même volume horaire que ses camarades, Océane, atteinte de trisomie 21, est entrée l’an dernier en classe d’intégration scolaire (clis). Une solution qui s’est imposée après réception d’un courrier au mois de juillet. « Cette lettre nous apprenait que le poste d’AVS, l’auxiliaire de vie scolaire qui accompagnait Océane à l’école depuis quatre ans, était supprimé », explique Sandrine Matteucci, la maman de la petite fille. « J’aurais pu la maintenir dans le système classique. Mais sans AVS, il y avait de gros risques d’échec scolaire. » Et cela représentait aussi un travail supplémentaire pour l’instituteur, qui n’est pas formé à ce type de situation.
Fini donc le temps du mélange avec les autres écoliers. Direction le centre Esperanza qui compte une soixantaine d’enfants, uniquement des handicapés. « La clis est une bonne solution. Les effectifs sont réduits, Océane est encadrée par des instituteurs spécialisés, elle va à son rythme », poursuit Sandrine.


Mais l’intéressée ne l’entend pas de cette oreille. Elle qui a connu le système classique voudrait retrouver ses camarades de l’école du quartier. Et jouer à la récré avec sa sœur, Margot, qui entre en CE1. « C’est un souhait qu’elle exprime à peu près tous les jours depuis un an », reprend Sandrine, qui se souvient aussi du comportement exemplaire des autres élèves avec sa fille. « C’est un véritable apprentissage de la différence que d’avoir au sein d’une classe un enfant handicapé. Aujourd’hui, ils me demandent encore de ses nouvelles et aimeraient la voir revenir. »
Une solution qui serait également plus facile à gérer pour cette maman de trois enfants, qui doit jongler avec deux établissements scolaires : « L’école du quartier est à trois minutes de chez moi, tandis que l’école d’Océane est à une bonne demi-heure. » Alors, c’est un taxi qui va chercher la petite fille tous les matins, pour permettre à la maman de déposer son autre enfant à l’école. Un crève-cœur en ce jour de rentrée : « J’aimerais l’accompagner pour son premier jour, être là pour elle, comme je le fais pour sa sœur. »


Xavier Rossi/Gamma/Eyedea Presse
 

Pour un enseignement mixte


Si l’enseignement dispensé en clis est satisfaisant, Sandrine est pourtant incapable de faire correspondre un niveau au parcours d’Océane : « À les éloigner trop longtemps du système classique, ils risquent de décrocher totalement. Quand on sait que sa fille est capable, avec une aide, de suivre sa scolarité normalement, c’est une véritable frustration. Parce que malgré le handicap, on espère le meilleur pour ses enfants. Et cette situation, pour un simple manque de moyens mis en œuvre, nous ramène douloureusement à la réalité. » Selon l’Association pour adultes et jeunes handicapés (APAJH), on dénombre seulement un accompagnant pour dix-sept élèves en situation de handicap.
Alors, pour éviter de gaspiller ces années précieuses dans la formation d’un enfant, Sandrine serait en faveur d’un enseignement mixte : « Il couplerait du temps passé en établissement classique et du temps passé en clis. » Une solution que cette maman estime réalisable, mais qui n’est pas, pour l’heure, à l’ordre du jour.


Une inscription en clis court sur deux ans. Alors, cette année, Sandrine n’a pas cherché à redemander un auxiliaire de vie scolaire. Mais elle compte bien réessayer à la rentrée prochaine. En croisant les doigts très fort. Car malgré l’annonce des 2 700 postes débloqués cette année, Sandrine est sceptique : « Ce que j’aimerais, c’est que l’on nous allège la charge des formalités administratives, mais surtout que l’on nous donne enfin les moyens d’intégrer correctement nos enfants dans le système scolaire. À mon sens, le budget que cela représente n’est probablement pas énorme. » Des doléances que cette mère de famille s’apprête à recueillir dans une lettre qu’elle compte envoyer à Nicolas Sarkozy.
Pour cette maman, le parcours du combattant durera au moins encore sept ans, jusqu’au seizième anniversaire d’Océane.

Pour plus d’informations : www.apajh.org