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Une remarque sur la crise

Publié le 23 mars 2009 par Marc Gauthier

billet20E.jpgJ'ai assisté il y a quelques jours à une conférence intéressante sur la crise économique actuelle. L'interlocuteur principal était l'actuel dirigeant de la société de réassurance SCOR, et à la fin de son discours il a indiqué une idée qui m'a plût parce qu'elle me semblait sortir un peu des sentiers battus et des discours tout faits.

Lorsque l'on évoque aujourd'hui les solutions de sortie de crise, une des idées réflexes que l'on entend souvent exprimées est que nous avons besoin d'un retour de la confiance de la part des acteurs économiques. Confiance des investisseurs dans la viabilité de leurs projets, confiance des entreprises quant-à leur avenir, confiance des ménages pour leur paniers, etc. Mais quand on a dit ça, au final on n'a pas dit grand chose. Car se pose alors la question : et comment fait-on pour rétablir cette confiance ? Ce qui nous fait revenir au point de départ.

Dire qu'il est nécessaire de retrouver confiance en l'économie et ses perspectives n'apporte donc pas grand chose à mon avis. M.Kessler, puisqu'il s'agit de lui, nous a indiqué une autre idée qui donc a retenu mon attention. Ce dont nous avons besoin ce n'est pas réellement d'un retour de la confiance, mais d'un retour de divergence d'anticipation des acteurs économiques.

Il se place ici dans la peau d'un investisseur en bourse. Le marché, d'une façon générale, s'équilibre par l'intervention de ses acteurs qui agissent les uns les autres dans des sens divergents. Les uns anticipent une hausse d'un produit, d'autres anticipent une baisse, et c'est par ce jeu que le prix du produit trouve un niveau d'équilibre. Si tous les acteurs anticipent dans le même sens, alors il n'y a tout simplement pas de prix pour le produit en question puisque personne n'est prêt à acheter, ou à vendre.

En temps de crise, la difficulté est que les anticipations se mettent soudain à converger. Tout le monde prédit la même chose : le désastre. On entre alors dans un schéma qui ne permet plus d'équilibre et le marché s'en trouve bloqué. Il est donc nécessaire de retrouver une divergence d'anticipation de la part des acteurs économiques. Sans cette divergence, il n'y a pas de marché.

En sortant de cette conférence j'étais ravi d'avoir entendu cette intervention et j'avais bien notée cette remarque finale que je trouvais très éclairante. Elle a pourtant un défaut. Voire deux.

Le premier défaut m'a en fait sauté aux yeux assez vite. En effet une fois qu'on a dit qu'il fallait retrouver une divergence d'anticipation que fait-on ? Se pose alors la question : comment retrouver une divergence d'anticipation ? Et patatra, on n'a pas plus avancé que dans le premier cas. Et deuxièmement, il suffit de réfléchir un chouya pour comprendre que retrouver cette divergence d'anticipation ne signifie rien d'autre qu'il est nécessaire que certains acteurs redeviennent haussiers, c'est-à-dire, roulement de tambour, qu'ils retrouvent confiance dans les perspectives économiques ! On en revient donc bien au même point que précédemment.

Il y a tout de même un gagnant dans cette histoire : notre conférencier qui est sorti de là avec l'admiration du public présent, et un commentaire de l'animateur de la réunion sur sa faculté à "penser par lui-même". J'indique cela avec un brin d'ironie exagérée car son intervention était tout de même très intéressante, mais je garde à l'esprit qu'il est très facile de se faire berner ou de se berner soi-même si l'on est pas attentif au fond des arguments.


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