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Stress testing, ce qui attend les banques

Publié le 24 mars 2009 par Sia Conseil

Procédures incontournables dans le monde bancaire, les exercices de stress testing voient leur mode opératoire fortement remis en cause par la crise actuelle. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le BCBS (Basel Committee on Banking Supervision) a publié en janvier 2009 une note 

‘’Principles for sound stress testing practices and supervision’’. Les premières conclusions du BCBS pointent un manque de ‘’sévérité’’ des scénarios de stress qui n’ont ainsi pas permis aux banques de bien se préparer à des conditions extrêmes.

Le BCBS rappelle également toute l’importance de la procédure de stress testing à la suite de périodes longues de prospérité économique ; périodes entraînant souvent une sous-estimation des risques et une baisse de la vigilance.

Pour autant, la crise n’étant pas fini, des leçons sont à tirer et des réajustements sont à entreprendre très rapidement. Les recommandations émises par ce comité visent à renforcer à la fois la procédure de stress testing mais aussi la surveillance par les régulateurs.

La crise a mis en évidence les limites des exercices de stress testing

D’après le BCBS, la crise a mis en évidence 4 familles de faiblesses dans les exercices de stress tests.

  • Un manque d’intégration dans la gouvernance des risques

Première et non des moindres lacunes mises en avant par le BCBS : le manque d’interaction entre les différents acteurs (risk managers, économistes, commerciaux…) dans le cadre des exercices de stress testing. En effet, cette procédure doit s’effectuer selon une approche collégiale et itérative afin de faire converger les points de vue de tous les acteurs. Or il a été observé que les exercices étaient très souvent isolés, ce qui n’a pas favorisé des débats internes entre les différentes directions. Apparaissent ainsi des barrières organisationnelles et par conséquent un manque d’intégration de la procédure de stress testing dans la gouvernance des risques. Ces aspects soulignent également le manque de flexibilité des structures en charge du stress testing dans la mesure où elles ne parviennent pas à réagir rapidement lorsqu’une crise survient et se prolonge.

  • Des lacunes dans les méthodologies

Selon le BCBS, les méthodologies des exercices actuels ont également révélé leurs limites. Après une longue période de stabilité, les procédures de stress testing se basant sur des scénarios dit historiques, c’est-à-dire basés sur des expériences passées, n’ont pas pu anticiper des événements extrêmes. Ce qui aurait pu être le cas à l’aide de scénarios dit hypothétiques, c’est-à-dire basés sur des événements jugés possibles en fonction des changements éventuels de facteurs macroéconomiques, sociologiques ou politiques. 

  • Le danger des stress tests spécifiques

Par ailleurs, le BCBS évoque la limitation aux stress tests ponctuels sur des facteurs de risque spécifiques et non globaux (crédit, financier, opérationnel…). Les stress testing s’effectuaient sur des risques insuffisamment agrégés. Seule une composante était stressée et non un agrégat, pourtant bien plus révélateur en temps de crise économique. Ainsi les scénarios utilisés étaient trop ‘’normaux’’ pour capter des risques sur des produits financiers nouveaux. 

  • Des scénarios sous-estimés 

Les responsabilités des risk managers sont également pointées dans la mesure où ils ont eu tendance à fortement sous-estimer ou juger non plausibles des scénarios dits de ‘worst case’’. En effet, en s’appuyant trop sur ses modèles statistiques et ses données historiques, le risk management n’a pas su élargir sa palette d’outils. L’application mécanique de données limitées peut être source d’erreurs, c’est pourquoi le jugement humain est nécessaire pour garantir que toutes les informations pertinentes, y compris celles sortant du champ des modèles, sont aussi prises en compte. L’œil de l’expert reste fondamental.

Des recommandations à mettre en œuvre 

La magnitude sans précédent de la crise permettra aux exercices de stress testing de gagner en crédibilité et de trouver leur place dans les banques. Dans cette optique, et à partir des conclusions de l’Institute of International Finance[1], le BCBS émet plusieurs recommandations.

  • Intégrer la procédure de stress testing dans les décisions stratégiques

Les exercices de stress testing constituant une exigence du pilier II de la réglementation bâloise, leur rôle et leur utilisation doivent être davantage renforcés. Le stress testing doit en effet devenir partie intégrante de la gouvernance des entités bancaires et doit jouer un rôle non seulement dans la politique de risques mais également dans la stratégie commerciale. Outil de communication aussi bien interne, à savoir inter-directions, qu’externe, en particulier vis-à-vis des régulateurs, le stress testing devra voir son champ d’actions élargi.

  • L’innovation au cœur de la méthodologie de stress testing

Pour contourner le danger des stress tests trop spécifiques, la prise en compte de risques agrégés devra être un leitmotiv des exercices afin d’avoir un panel plus varié de scénarios. Ces scénarios devront s’orienter beaucoup plus vers des données hypothétiques qu’historiques afin d’éviter le ‘’manque d’imagination’’ fatal dans le cas de crises majeures. L’innovation se trouve ainsi au cœur de la procédure qui nécessite plus que jamais l’implication de tous les acteurs. Stimuler le dialogue dans l’objectif de déceler des événements rares non contenus dans les données historiques, varier les horizons temporels, examiner les nouveaux produits afin d’identifier des risques potentiels, évaluer les interactions entre le risque de crédit et le risque de liquidité ou encore le risque de réputation…voici autant de défis que doivent relever les banques afin d’améliorer la couverture de leur politique de risque.

  • Intégration globale et flexibilité de la procédure de stress testing

Atteindre ces objectifs nécessite la mise en place d’une gouvernance dédiée, d’un véritable programme de stress testing. Les exercices doivent être effectués de manière régulière selon un calendrier prédéfini, les résultats ensuite analysés afin de donner lieu, le cas échéant, à un recalibrage des modèles. La flexibilité doit donc être un maître mot de la procédure, ce qui doit se traduire au niveau des acteurs mais aussi des systèmes d’informations. En effet, des données centralisées et facilement accessibles sont un pré-requis au bon déroulement des exercices. 

  • Un chapitre fondamental du dossier d’homologation Bâle II

Enfin, une exigence fondamentale à respecter concerne la documentation de la procédure. Les méthodologies doivent être correctement détaillées, c’est-à-dire tous les scénarios, leurs hypothèses, leurs résultats mais également les raisonnements ayant conduit à ces scénarios. Tous ces aspects documentaires font partie intégrante de la constitution du dossier d’homologation à présenter à la Commission Bancaire lors de son inspection.

Les événements récents ont montré que les institutions financières, principalement occupées à mettre en place et stabiliser leurs modèles de notation interne en vue de la certification, ont manqué de maturité et de pratique sur leurs exercices de stress testing. L’émergence d’une crise majeure va donner une toute autre dimension aux exercices de stress testing, et ce tant par rapport au régulateur que pour assurer la pérennité de l’établissement. Instrument à la fois réglementaire et de pilotage de la stratégie risque de la banque, le stress testing est un incontournable des projets futurs des directions des risques.

Sia Conseil


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