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Anne Perry, Buckingham Palace Gardens

Publié le 24 mars 2009 par Argoul

anne-perry-buckingham-palace-gardens.1237881697.jpgUne étonnante et très dense enquête de l’inspecteur Pitt, de la Special Branch, de son supérieur Narraway et de sa bonne Gracie, envoyée spéciale. Ceci se passe à huis clos, dans le palais de Buckingham, alors que la reine Victoria est absente. Le prince de Galles poursuit le projet impérial et mirifique de faire passer une ligne de chemin de fer en Afrique, du nord au sud, du Cap au Caire. Pour cela, il réuni un aréopage de spécialistes choisis, ambitieux et industrieux, liés par des intérêts de famille et un arrivisme social tout à fait dans le ton d’époque. La brutalité du continent noir se heurte à celle de l’impérialisme anglais à son apogée.

Mais qui a tué la putain nue que le chef du projet a retrouvée égorgée dans un placard à linge du palais ? Les hommes, sous la direction du prince, avaient eu la veille au soir une fête arrosée entre gentlemen, comme cela se pratiquait couramment. Les épouses s’étaient retirées par décence, faisant comme si de rien n’était. Trois filles de joie avaient été commandées pour amuser les convives. Mais pourquoi ce mystère le lendemain sur un plat de Limoges précieux, brisé et dont on cache les débris ? Pourquoi ces draps tachés de sang dans la buanderie, marqués du monogramme de la Reine ? Pourquoi ces allées et venues discrètes de certains domestiques, portant en pleine nuit des seaux d’eau à l’étage ?

Narraway et Pitt, convoqués pour affaire d’Etat au palais, sont chargés par le prince de Galles de faire toute la lumière sur cette affaire. Rien ne sera simple dans ce milieu imbu de lui-même, confiné en famille, soucieux de paraître et de plaire. Pitt, maladroit et direct, marche sur des œufs. On le prend de haut. Leurs Altesses se font tour à tour compréhensives et inflexibles. Le lecteur soupçonne tout le monde, à commencer par le sommet…

Ce n’est qu’une fois la tension à son comble, une trentaine de pages avant la fin de ce gros livre, qu’une logique apparaît. Le coupable est enfin identifié et l’on est soulagé de voir qu’il s’agit de l’un de ceux qu’on aime le moins. Sauf que… comme les poupées russes, la haine d’un seul est doublée par la haine d’un autre. Son ambition sociale supplantée par une ambition supérieure. Qui a tenu jusque là voit se dénouer les fils de l’intrigue dans un coup de théâtre final, au cœur de l’Empire, dans la salle du Trône, devant les Princes et les ministres ! Pitt a fait passer la vérité avant la décence, ce qui est fort nouveau dans ce milieu victorien. La vie d’une pute est estimée autant que celle d’une dame. Les souverains pourront-ils un jour lui pardonner ?

Anne Perry, Buckingham Palace Gardens (même titre en anglais), 2008, 10/18 2009, 409 pages 


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