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Sommes-nous tous des Pirates?

Publié le 24 mars 2009 par Chantal Doumont

Sommes-nous tous des PiratesSommes-nous tous des Pirates?

Hadopi est-il le mot plus utilisé ces dernières semaines sur le web? Pas un jour ne passe sans que cette nouvelle loi ne suscite déchaînements et réactions des blogs et des médias français. Et chacun y va de son initiative, dans la provocation ou dans l’humour. Il y a une semaine, Jamendo lançait en réponse le remerciement gradué; hier, un site de vins nous annonçait le lancement de la “cuvée Hadopi”, une série limitée de 1000 bouteilles à acheter sur le site Berenas. (en collaboration avec la quadrature du Net). Deux exemples parmi bien d’autres; l’imagination est au rendez -vous. Hadopi révolte les uns et insuffle une nouvelle énergie créatrice aux autres. C’est aussi avec intérêt que nous avons pu lire la réaction de la secrétaire d’État  à l’économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, dans un entretien paru dans le Figaro. Bref le sujet est au cœur de notre quotidien de surfeur et mérite un vrai débat sur la liberté des échanges sur le web, au delà simplement de l’aspect purement répressif imposé par la loi Hadopi.

Parmi toutes les initiatives en cours, j’ai voulu m’arrêter un instant sur Le réseau des pirates, mouvement créé par quelques bloggers associés, dont Mikiane, à qui j’ai souhaité offrir cet espace  pour nous présenter ce projet. Mikiane est un blogger, ardent défenseur de la “culture libre”, il est également à la direction du Studio Multimédia de France 24. Voici son article:

Le réseau des pirates, bientôt 10 000 signataires

“Je suis l’un d’entre-eux. J’ai consommé, remixé ou diffusé des œuvres culturelles. Alors, pour eux je suis un pirate.” C’est ce qu’ont déclaré 8 000 personnes en l’espace de deux semaines sur le site reseaudespirates.net!  8000, bientôt 10 000! Sur Facebook 3700 pirates on rejoint la cause du réseau et 6600 d’entre eux ont rejoint le groupe. Joli buzz pour un début, mais le réseau est loin d’avoir fait le plein.

C’est le temps du deuxième souffle. L’initiative du Pacte a été prise à l’occasion du projet de loi l’Hadopi. Le réseau des pirates refuse l’Hadopi pour elle même ; mais aussi parce qu’elle s’inscrit dans un mouvement plus large de grignotage des libertés numériques. Le réseau n’a pas vocation à s’enfermer dans le refus ou la résistance : il souhaite promouvoir une approche positive : recenser, définir, promouvoir les libertés numériques et faire entrer ces enjeux dans le débat politique. En commençant par les elections européennes.

L’anti-Hadopi, un premier pas…

Cette opération n’est qu’un premier pas. Son succès vient du fait que la société “se révolte contre une élite politico-administrative déconnectée des réalités de l’Internet : de ses usages comme de sa technique”. Après les réseaux civiques d’internautes (Quadrature du Net, April, ISOC France, ISOC Europe), les mouvements de consommateurs (l’UFC-Que Choisir, CLCV), ce sont désormais les acteurs économiques du numérique qui contestent la riposte graduée: l’Association de l’Economie Numérique (ACSEL), le Groupement des Editeurs de Services en Ligne (GESTE), l’Association des Services Internet Communautaires (ASIC). Selon la Fédération française des télécoms, “la riposte graduée ne sera pas applicable techniquement”. Les chercheurs en informatique, les ingénieurs chargés de la mettre en place, mettent en doute son efficacité. A commencer par le directeur-adjoint de l’INRIA. Même les jeunes de l’UMP sont vent debout. Sans parler de Jacques Attali. C’est la société qui se rebelle. Au delà de l’Hadopi…

Une politique inspirée par la Culture Libre

La Culture Libre est un mouvement de pensée qui prone la dépénalisation du partage de la connaissance et la décriminalisation des entraves à ce partage. Il part du prinicipe que l’information n’est pas une propriété privée. Le mouvement Open Source, applique cette notion à la création logicielle. L’économie du logiciel libre a prouvé qu’en pratique cela était compatible avec la création de valeurs (intellectuelle et économique). Cela a démontré une réelle efficacité dans la mise en oeuvre de produits compétitifs, efficaces et de qualité. L’Open Source base son modèle économique sur le travail et non sur le capital. C’est le travail des créateurs ou des utilisateurs de logiciels qui est rémunéré dans l’industrie du libre. Le capital, à savoir “le droit d’usage” est “libre”, “gratuit” et sa “distribution” encouragée. Nous vivions l’émergence d’un nouveau courant politique, comportant de nouvelles règles d’organisation (en réseau et non centralisé), une idéologie nouvelle (alliant liberté et partage sans que ces deux valeurs ne se contredisent), de nouveaux clivages balayant nos anciens modèles droite-gauche… Cette approche, qui consiste à privilégier le travail au capital, la circulation plutôt que l’accumulation d’énergie, le “muscle” plutôt que “gras” est au cœur de la Culture Libre.

La Culture Libre au pouvoir avec Obama ?

Lawrence Lessig, important contributeur du courant libre, fondateur et président du conseil d’administration de l’organisation Creative Commons, a fait parti du comité de soutien du nouveau président américain pendant sa campagne et a conseillé le nouveau président . Barack Obama a mis Internet et son développement au coeur de sa stratégie pour la relance de l’économie. Pendant sa campagne il s’est largement inspiré de la vision décrite dans le classique “La cathédrale et le bazar” écrit par Eric S. Raymond : http://blip.tv/file/1563667

Il considére par exemple prioritaires les questions de la neutralité d’Internet et les questions de droits d’auteur. Il s’est entouré de personnalités comme le même Lessig (un temps pressenti à la tête de la FCC, l’autorité de régulation des communications américaines), Jimmy Wales (fondateur de Wikipedia), Tim O’Reilly, Cory Doctorow ou encore Mitch Kapor. Toutes ces personnalités sont des acteurs majeures du “courant libre”. [lire à ce propos : Culture Libre ]

Et concrètement?

La première décision concrète qui pourrait changer la donne serait une modification du code de la propriété. Cela commencerait à inverser l’équilibre capital / travail. Cette modification ne consiste pas à abolir la notion de propriété privée sur les biens matériels mais de remanier les lois sur les droits d’utilisation et de reproduction des biens immatériels, et refondre ainsi le système de brevets. En s’inspirant de ce qui a été fait dans le monde du logiciel libre et des travaux de l’organisation Creative Commons, on pourrait mettre en place des réglementations qui accéléreraient l’innovation et la création dans d’autres domaines que ceux des technologies de l’information. On pense naturellement à la recherche médicale, à la culture, à l’agriculture, aux médias, à la protection de la vie privée, à l’éducation etc…

Pour le moment, l’Europe n’a pas pris au sérieux cette possibilité d’une application politique des idées émanant du “courant libre”. Un parti politique suédois a sucité l’hilarité générale lorsqu’il a été créé sous le nom du “parti pirate”. A l’approche des élections européennes, cette année, il fait la surprise dans les sondages car plus de 20% des suédois se disent prêts à voter pour ce même parti !

Pour ceux qui veulent signer le pacte du réseau des pirates, c’est ici. Ou encore le groupe Facebook là.

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