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Sur les rails

Publié le 15 mars 2009 par Vance @Great_Wenceslas

Le Mécano de la General

Un film de Buster Keaton & Clyde Bruckman (1927) avec Buster Keaton, Marion Mack & Glen Cavender

Un DVD zone 2 de la collection « les Chefs-d’œuvre du Burlesque », éditions Films sans frontières 2007.

Résumé : A l’approche de la guerre de Sécession, Johnnie Gray, conducteur de la locomotive the General, cherche sans succès à s’enrôler dans l’armée confédérée, notamment pour satisfaire sa bien-aimée Annabelle dont le frère et le père se sont portés volontaires. Quand des commandos de l’armée de l’Union s’emparent de son train, kidnappant du même coup sa fiancée, Johnnie les pourchasse en territoire ennemi avec une autre locomotive, la Texas. Il parvient non sans peine à retrouver Annabelle, mais le retour chez lui sera une autre paire de manches, poursuivi par toute l’armée nordiste dans une course folle sur les rails.

Un très impressionnant court métrage regardé tout récemment à Madrid m’avait enchanté : Keaton (Buster) était impressionnant de grâce et d’aisance dans une comédie échevelée sans aucun temps mort, multipliant les cascades tourneboulantes et des séquences hautement comiques tout en se ménageant ces petits temps d’arrêt où la poésie et la romance reprennent leurs droits. Le bonhomme avait aussi pour lui cette aura qui entoure ce genre de référence indiscutable du cinéma : il est de ceux qui ont contribué à installer le VIIe Art dans notre imaginaire collectif. Pourtant, si son nom est sur toutes les lèvres des personnes qui désirent se hausser du col lors de soirées mondaines, je dois avouer que ses réalisations me sont moins familières qu’un Chaplin ou que les Laurel et Hardy dont on retrouve également quelques perles dans la collection précitée, « les Chefs-d’œuvre du burlesque ». Pardi, j’ai même vu davantage d’Harold Lloyd que de Keaton à la télévision !

Pour quelqu’un qui cherche à constamment renouveler sa connaissance du cinématographe, l’oubli était d’importance, et sa réparation était depuis longtemps à l’ordre du jour.

C’est désormais chose faite avec le prêt de ce coffret que je ne connaissais pas et j’en profite pour remercier Rémy P. et ses parents qui n’ont pas hésité lorsque je lorgnais sur l’un des films de la collection.

D’abord, le choix de ce chef-d’œuvre incontestable répondait à plusieurs interrogations : je n’avais pas oublié le petit battage médiatique qui avait accompagné la sortie d’une réédition avec un nouveau master de ce film, avec une ressortie dans les salles. J’en avais vu quelques images et j’avais alors compris que la General n’était pas la femme d’un officier supérieur, mais bien une loco que Johnnie entretenait avec soin, la couvant des yeux au moins autant qu’il le faisait avec sa promise.

74 minutes de métrage étaient annoncés sur la jaquette : cela changeait du format des courts dont j’avais quelque expérience. D’autant que l’œuvre, inscrite en lettres d’or au panthéon du cinéma (dont il a été élu comme l’un des dix meilleurs films de tous les temps), avait bénéficié d’un budget pharamineux pour l’époque, le plus élevé de toute l’histoire du muet.

On comprend où est passé l’argent en regardant. Car, si le sieur Buster passe souvent son temps à pulvériser des tacots et quelques maisons en bois, ici, il se frotte à des trains entiers. Prétexte non seulement à quelques plans superbes sur les chromes et les cuivres de machines parfaitement entretenues, mais également à des cascades difficilement envisageables. On reste sidéré par l’aisance avec laquelle Keaton se déplace d’un bout à l’autre du convoi, sautant et glissant sans effort, mais aussi par la facilité de manœuvre de tels engins qui freinent, reculent et ré accélèrent sans difficulté. Le jeu avec les aiguillages permet aux comédiens cascadeurs de descendre d’un train en marche, de modifier l’orientation des rails et de reprendre la route sans pratiquement s’arrêter, demandant une coordination stupéfiante. En outre, les wagons souffrent particulièrement de l’imagination débordante des réalisateurs : transpercés, démontés, brûlés, écrasés, ils servent autant d’abri que de rempart ou même de projectile. Impressionnant. Tout autant que la course poursuite entre locomotives et la façon époustouflante avec laquelle Buster Keaton se débarrasse des poutres qui encombrent la voie.

Pour autant, si l’histoire se résume à un aller-retour semé d’embûches en territoire ennemi, avec un jeune homme naïf, éperdu et revanchard en quête de rachat et de sa belle, elle souffre aussi de sa durée : sur le papier, la description des péripéties paraît emplir le métrage. Au visionnage, on s’aperçoit tout de même de nombreux temps morts dont les courts-métrages se dispensaient : moins trépidant que prévu, moins enlevé, le rythme passe par des hauts et des bas, s’appuyant sur chaque séquence de confrontation (avec les éléments comme avec les ennemis) et meublant les transitions.

Je m’attendais à une sorte d’orgie ininterrompue de gags et de cascades improbables alors qu’il s’agit avant tout d’un film impressionnant et ambitieux où Buster imprègne l’écran de son incroyable charisme et de son talent comique dans une histoire naïve mais universelle, où le frêle jeune homme prouvera à sa dulcinée qu’il n’est pas nécessaire d’être vêtu d’un uniforme pour prouver sa valeur. Il aura su, armé de sa seule détermination, conduire un convoi derrière les lignes ennemies, ramener la prisonnière, échapper à une armée entière, seconder un général dans la contre-offensive sudiste et gagner le respect de ceux qui l’avaient naguère rejeté.

On ne pourra plus revoir Retour vers le futur III avec les mêmes yeux…

La copie que j’ai visionnée est plutôt satisfaisante bien que certaines images souffrent de scratches et de taches gênantes et que les premières séquences sont un peu trop sombres. A noter une musique insupportable sur des sons aigrelets et un tempo particulièrement inconvenants.


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