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:: Les avatars de la IVe Internationale après la mort de Trotsky

Publié le 28 mars 2009 par Prinkipo

Après la dissolution de la LCR, quelques rappels historiques (LO, 1988) :

Après la mort de Trotsky, le fil humain reliant les militants de la Quatrième Internationale avec la génération révolutionnaire des années 1920 fut en fait rompu.

En tous cas, les dirigeants de la Quatrième Internationale qui devinrent les exécuteurs testamentaires officiels de Trotsky n'étaient pas en situation de transmettre l'héritage organisationnel et la pratique révolutionnaire des meilleures années de la Troisième Internationale. A plus forte raison de les faire fleurir et fructifier.

Au mieux ceux qui restèrent fidèles jusqu'au bout au trotskysme maintinrent la filiation révolutionnaire théorique, la lettre du programme révolutionnaire. C'est déjà sans doute quelque chose alors que tant d'autres rejetèrent même cela après un temps plus ou moins long. C'est grâce à eux qu'aujourd'hui encore, il y a des militants et des groupes trotskystes, des gens qui se réclament du communisme révolutionnaire et de la révolution prolétarienne dans le monde entier. Mais c'est bien insuffisant pour créer un nouveau parti de la révolution mondiale prolétarienne, but déclaré et raison d'être de la Quatrième Internationale.

Bien sûr, dans les années qui suivirent immédiatement la mort de Trotsky il y eut pour les organisations, pour les militants de la Quatrième Internationale, les difficultés dramatiques dues à la guerre mondiale. Mais

cela n'explique pas tout, et surtout pas l'inefficacité de la Quatrième Internationale dans l'immédiate après-guerre. Car la Quatrième Internationale avait justement été créée en fonction de ces perspectives-là.

Après la mort de Trotsky, l'histoire de la Quatrième Internationale et du mouvement trotskyste est l'histoire d'un courant idéologique qui peut se vanter sans doute d'avoir des partisans sur toute la planète, mais toujours peu nombreux et pratiquement sans poids et sans impact sur la classe ouvrière et le mouvement ouvrier et même presque sans liens avec eux.

C'est ce fossé qui le sépare de la lutte de classe réelle, qui elle évidemment n'a pas cessé même si le courant marxiste révolutionnaire ne comptait pratiquement plus, qui a donné au mouvement trotskyste cette couleur particulière que ses adversaires se sont si souvent et tant plu à souligner pour tenter de démontrer qu'il est dépassé et ne peut plus subsister qu'à l'état de petite secte ridicule et impuissante.

Et c'est vrai que l'histoire de la Quatrième Internationale, que nous ne ferons pas ici dans les détails, pourrait être souvent réduite à une suite de querelles sur des définitions ou des slogans et à une successions de scissions qui réjouissent tant nos adversaires et désolent tout autant nos amis.

Mais c'est que pour des militants qui n'ont ni impact sur la lutte de classe réelle, ni lien avec le mouvement ouvrier réel, la tentation est grande de se payer de mots puisqu'ils sont sevrés d'action. On peut tout dire quand on ne fait rien. Et on peut tout aussi bien se séparer quand on n'a pas plus d'impact ensemble que chacun de son côté.

Mais le pire c'est que, dès que Trotsky eut disparu, les politiques suivies par la IVe Internationale, la plupart de ses groupes nationaux, puis les différentes scissions qui se réclamaient d'elle, n'ont plus été qu'une suite d'errements à la remorque des courants dominants sous prétexte d'efficacité. Ils ont été justifiés de diverses façons, quelquefois présentés comme de simples tactiques, d'autres fois théorisés politiquement.

Mais toutes aboutirent d'une manière ou d'une autre, à abandonner en partie ou en totalité, le principe de la politique communiste révolutionnaire : la nécessité de préserver et de défendre ou même de construire l'indépendance politique et organisationnelle du prolétariat. Et cela quelles que soient par ailleurs les situations politiques diverses et quelles que soient les alliances possibles à court ou à long terme; et, découlant de cela, la nécessité de préserver et de défendre l'indépendance politique et organisationnelle du parti ouvrier révolutionnaire, du parti des communistes prolétariens.

Ce fut au contraire une suite de politiques suivistes vis-à-vis de forces politiques qui ne représentaient pas ou plus la classe ouvrière et qui aboutissaient à aligner non seulement les militants trotskystes derrière ces forces mais aussi à contribuer à imposer la politique anti-prolétarienne de celles-ci à la classe ouvrière.

Ainsi, par exemple, dès la guerre et l'occupation, différents groupes trotskystes français se rangèrent-ils derrière la Résistance, c'est-à-dire derrière les nationalistes staliniens ou gaullistes.

Et quand, vers 1950, Michel Pablo proposait à la IVe Internationale de s'intégrer dans les organisations staliniennes ou social-démocrates, sous prétexte que ce seraient celles-ci qui pouvaient seules jouer un rôle révolutionnaire, même malgré elles, dans les années, dans “les siècles” même qui allaient suivre, écrivait-il, ce n'était pas seulement dû à une brusque panique devant la situation, bien difficile il est vrai, créée aux révolutionnaires par la guerre froide. C'était aussi tout simplement un développement poussé certes vraiment très loin, dans le droit fil des politiques suivistes menées depuis dix ans.

Le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale, et Pablo lui-même d'ailleurs, devaient dans les années suivantes revenir peu à peu sur leur politique et leur théorie outrancières des années 50, mais pas sur la recherche systématique des forces politiques susceptibles de remplacer et le prolétariat révolutionnaire, et le parti communiste révolutionnaire qu'ils renonçaient à créer dans les faits, sinon toujours dans les paroles.

C'est ainsi que les trotskystes ont essayé de prendre le sillage tout à tour, de Tito, de Mao, du - FLN algérien, de Castro, d'HoChiMinh, d'Arafat, de l'ANC sud-africaine ou de Tjibaou. Et nous en passons bien d'autres et qui n'étaient pas des meilleures.

Chacun de ces choix fut en général, reconnaissons-le, combattu par une partie du mouvement trotskyste. Ce sera, hélas, le plus souvent au nom d'un autre choix, pas meilleur et tout aussi opportuniste. A l'exemple des deux fractions du Parti Communiste Internationaliste d'alors, les ancêtres respectifs de la LCR et du PCI d'aujourd'hui, qui, dans les années 50 s'opposaient résolument parce qu'elles avaient choisi d'appuyer, la première le FLN algérien, la seconde son concurrent, le MNA, c'est-à-dire deux mouvements nationalistes qui n'avaient rien, ni l'un, ni l'autre, de socialiste ou de prolétarien.

Le résultat, c'est que cinquante ans après la fondation de la IVe Internationale, son bilan est mince : pas plus d'audience dans la classe ouvrière, pas plus d'impact dans la lutte de classe, des forces pas plus nombreuses, simplement sans doute un peu plus divisées.

Pour ne pas être injuste cependant, et surtout à l'intention de tous ceux qui ricanent au seul mot de trotskysme, il faut quand même rappeler que celui-ci est le seul courant qui se soit maintenu à la gauche du stalinisme.

C'est sans doute une preuve de la validité du programme trotskyste.C'est aussi certainement dû aux qualités de militants qui, malgré des politiques grossièrement erronées et en contradiction avec ces politiques, ont défendu le programme dans des conditions difficiles.

Pour pouvoir mener et défendre librement une politique qui refusait tout compromis sur la question fondamentale de l'indépendance politique et organisationnelle du prolétariat révolutionnaire, Lutte Ouvrière s'est construite indépendamment des diverses organisations se réclamant de la IVe Internationale.

Mais elle s'est construite sur le programme trotskyste. Et elle s'est construite aussi en relation avec le mouvement trotskyste, malgré des divergences profondes avec celui-ci. C'est-à-dire que l'existence de militants et de groupes, en France et dans le monde, qui continuaient à défendre le programme trotskyste, même s'ils menaient par ailleurs une politique en contradiction avec celui-ci, a compté et nous a aidés. Nous le savons et le reconnaissons. C'est pour ces raisons que nous nous rangeons dans le mouvement trotskyste, que nous nous en sentons pleinement solidaires malgré ce que nous considérons comme ses faiblesses.

C'est pour ces raisons que nous sommes trotskystes, pleinement et sans réserve.

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[ Extrait du CLT 27, “50 ans après la fondation de la IVe Internationale. Quelle perspective pour les militants révolutionnaires internationalistes ?” (septembre 1988)]


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LES COMMENTAIRES (1)

Par andré du bois briclet
posté le 15 août à 08:07
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c'est très bien d'écrire l'histoire et encore mieux de la faire. C'est ce que pensaient à Charleroi une majorité de militants qui ont assisté à la dérobade puis à la désertion de "germain" (le brillant économiste mais piteux révolutionnaire)au cours de la grève générale de l'hiver 60/61.

Cet épisode honteux ne devrait pas être caché et c'est cependant ce que vous faites. C'est cette fuite de Mandel et la déconfiture de son équipe "entriste" qui en incitèrent quelques autres, appuyés par une partie (posadistes) de la Direction Internationale à fonder au grand jour un nouveau parti qui s'appela "PARTI OUVRIER REVOLUTIONNAIRE TROTSKYSTE". La séance de fondation qui dura 2 jours eut lieu pendant l'été de 1962, dans un lieu agréable et aéré : une clairière du Bois Briclet (presque totalement disparu)à Monceau=sur=Sambre, en bordure de l'ancienne voie de chemin de fer qui allait de Fontaine l'Evèque à Marchienne au Pont (disparue)... et à quelques mètres de l'ancienne gare (disparue itou).

Assistèrent à cette séance de fondation : (sauf défaillance de ma mémoire) : Posadas, Arroyo, Georges (un espagnol), Ortiz, Emile Constenoble, Jean Carpin, Albert Englebienne, Robert Baras, Gilles, Pierre, Claudine P., Manuel (un autre espagnol) Adolfo G. 2 ou 3 Italiens, 4 ou 5 Français.

Je pourrais en prenant un peu de temps vous en dire beaucoup plus.

Bien à vous, Tovaritch

ANDRE

christian erwin andersen qui était à cette réunion de fondation... en 1962

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